Fraternité Matin (Abidjan)
Correspondant Régional (koffi Kouame)
13 Décembre 2003
Abidjan — Le jeune Kacou Edmond a emprunté un taxi-ville au quartier habitat, pour kpangbassou près des 100 logements garçons. A la descente, il remet un billet de 1000 F scotché au chauffeur, qui le refuse. Et tout furieux, celui-ci ramène le pauvre client à son point de départ. Autre fait! Mme Akissi Nadège est revenue, un bon moment après, du marché avec le panier vide, parce que le billet que lui avait donné papa pour l'achat des vivres était barré de scotch. Et ce phénomène est devenu monnaie courante à Yamoussou-kro. Plus personne n'accepte les billets scotchés, déchirés froissés ou sales. Ce qui pourtant n'était pas le cas les mois derniers.
Aussi, nul ne pourra vous donner une réponse plus ou moins convaincante à ce sujet.
En fait, c'est depuis le pillage de la BCEAO de Bouaké que les Yamsois ont eu de la phobie pour les billets " fatigués" ou " surchargés". Tous les commerçants comme les transporteurs, acheteurs, pompistes, fonctionnaires... refusent désormais les billets mal conservés.
D'aucun racontent que cette nouvelle attitude résulte du comportement des banquiers.
En effet, disent-ils "ceux-ci n'acceptent plus ce genre de billets". Ainsi, M. Ouattara Abdoulaye déclare avoir enregistré une perte de 25.000 F sur son fonds de roulement, parce que ses fournisseurs ont refusé de prendre certains de ses billets à cause de leur état. Le jeune Yao Kouassi quant à lui se balade depuis près de deux semaines sans pouvoir monnayer son unique billet scotché de 2.500 F.
D'autres langues rapportent que ce sont des mesures prises pour ne pas que l'argent pillé à Bouaké ne se confondent avec les autres devises, afin de traquer les pilleurs. Nous avons à cet effet essayé de rencontrer des responsables de banque, pour avoir une idée précise de cette affaire. Mais malheureusement, nous ne pourrons être situés, car tous unanimes indiqueront qu'ils n'ont pas la compétence de s'adresser à la presse. Elle est du ressort de la Direction Générale. Dommage !
Cependant, le débat sur les billets scotchés suscite des réactions diverses. " Est-ce notre faute, si les argentiers eux-mêmes ont laissé l'argent dans les zones rebelles, alors qu'ils avaient la possibilité d'évacuer ces fonds, avec l'aide des forces impartiales, " s'indigne M. Kouassi Rodrigue. Dame Adjo Hortense propose quant à elle le retrait de tous les billets de la circulation. " Il est mieux que les argentiers fixent un délai pour le retrait ou le remplacement de tous les billets fatigués. Cela permettra d'identifier les pilleurs", dit-elle.
En attendant la solution idoine, les billets fatigués sont toutefois censurés.
Une attitude malheureuse qui éduquera désormais la population à la bonne conservation des billets pourvu qu'elle en tire les leçons.
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