Arsène Flavien Bationo (stagiaire)
15 Décembre 2003
La famille littéraire africaine et mondiale est en deuil depuis le décès jeudi 11 décembre 2003 à Lyon (France) d'Ahmadou Kourouma. A travers sa plume, cet écrivain de 76 ans s'est imposé comme l'un des dénonciateurs les plus lucides des souffrances de l'Afrique. Les quatre (04) oeuvres à son actif stigmatisent sans complaisance les pires errements sociopolitiques du continent noir. La petite histoire....
Ahmadou Kourouma est né le 24 novembre 1927 dans la petite ville de Boundiali en Côte d'Ivoire. Après des études supérieures à Bamako d'où il est expulsé pour fait de grève, il revient faire son service militaire dans son pays. A l'issue de ce service, refusant de réprimer une émeute, il est envoyé en Indochine au plus fort de la guerre. A la fin de la guerre, il revient à Paris poursuivre ses études. A priori, rien ne le destinait à la littérature. En effet, mathématicien de formation, les lettres n'enchantaient pas beaucoup Ahmadou Kourouma. Toutefois, il sentit que le roman était le support approprié pour traduire ce qu'il savait de l'Afrique. Désormais, il détenait une arme: la plume! Et il s'en est très souvent servi comme une épée de Damocles.
Un auteur foncièrement engagé
Les soleils des indépendances (1970), Monné, outrages et défis (1990); En attendant le vote des bêtes sauvages (1999); Allah n'est pas obligé (2000) sont les quatre romans où Ahmadou Kourouma taille les croupières (critique sévèrement) d'individus, de systèmes ou de régimes. Il y remue le couteau dans la plaie quand il le juge bon. Cette attitude lui a valu d'être considéré comme " serpent" par les colonisateurs ou comme "rat" par les nouveaux pères des indépendances africaines. Mais au délà de toutes ces considérations, Ahmadou Kourouma était épris de paix, de justice et de réelle indépendance pour l'Afrique. Ainsi, Les soleils des indépendances est une véritable satire politique contre la politique machiavélique de la colonisation et une dénonciation des travers du parti unique. Monné, outrages et défis sous l'épopée tragique d'un peuple colonisé critique les Etats africains modernes face à leurs turpitudes. En attendant le vote des bêtes sauvages fait le portrait d'un certain président Koyaga. En ploutocrate et trop imbu de sa personne celui-ci se fait chanter des louanges par son griot tous les soirs. Enfin, Allah n'est pas obligé évoque la problématique des enfants soldats. Dans le roman, le jeune Birahima est terrorisé par les massacres du Liberia et de la Sierra Leone avec les fameuses" manches longues," manches courtes" Cette oeuvre a obtenu le prix Renaudot en 2000. Ahmadou Kourouma, nous l'avons dit est originaire de la Côte d'Ivoire craignant d'être une victime des "escadrons de la mort" pour ses idées anti-ivoirité, il ira s'installer à Lyon aux premières heures de la crise ivoirienne. Mais la mort l'y a rejoint ce 11 décembre et le soleil s'est couché pour lui. Cependant, la lutte pour la liberté continue. Du reste, comme il le disait: " la mort d'un seul combattant ne suffit pas à arrêter le combat ".
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