Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Ramatoulaye Diagne, présidente de l'ordre des architectes du Sénégal : «Prêts à revoir nos tarifs à la baisse»

Par : Propos recueillis par Ndakhté M. GAYE.

15 Décembre 2003


interview

Sur une opération de construction qui coûte 10 millions de francs Cfa, l'architecte gagne 10 %, c'est-à-dire à peu près un million. Peut-être une raison qui explique qu'on ne court pas trop les cabinets. Du côté de l'ordre, on n'est pas fermé à l'idée de revoir les honoraires à la baisse.

Au regard de la floraison des constructions à Dakar, on se dit que les architectes sont hyper riches...

Loin de là (Sourire). Au contraire. Je crois que maintenant nous sommes toute une génération de ce que j'appelle des architectes aux pieds nus.

Et pourquoi ?

Parce qu'on est dans une profession justement qui est "redoutée" par les populations. Car dès qu'on dit architecte, les gens se disent que c'est quelqu'un qui demande très cher et qui peut facilement être remplacé par son dessinateur ou un géomètre, ou encore par n'importe quel autre intervenant.

Quel est le montant de vos honoraires ?

C'est inversement proportionnel aux montants des travaux. Çà varie entre 10 et 6,5 %, selon le type d'opération que vous faites. Par exemple, si c'est une opération de construction classique qui coûte en dessous de 10 millions de francs, le montant des honoraires d'architecte sont de 10%. Si vous prenez une villa qui tourne autour de 45 à 50 millions de francs Cfa, les honoraires de 8,5 % à peu près, si mes souvenirs sont bons. Donc, plus le montant est élevé, moins le pourcentage l'est.

Etes-vous êtes prêts à revoir à la baisse vos honoraires pour que les populations puissent avoir le courage de venir vers vous ?

Les honoraires n'ont pas été revisités depuis trente ans. Ceci dit, il y a contexte conjoncturel tel qu'il est difficile de les faire appliquer. Mais en dessous de 30 millions de coûts, les gens n'ont pas obligation d'avoir recours à un architecte. Et nous sommes prêts à revoir nos honoraires à la baisse. Il faut reconnaître que nous avons aussi un certain nombre de charges à affronter. Nous avons du personnel, du matériel à acheter, des déplacements à assurer sur les chantiers pour vérifier que les travaux sont conformes et tout.

Quel est votre part du marché de la construction ?

On conçoit à peine 20 % à l'heure actuelle. Les gens dépassent les 30 millions, mais ils n'ont pas eu recours à un architecte et nous n'avons aucun moyen de les contrôler. C'est pourquoi nous suggérons à notre ministre de tutelle de nous aider à imposer le recours systématique à l'architecte. Si les gens faisaient appel à nous, il y aurait du travail pour tout le monde. Nous ne sommes que 178 architectes. Ce n'est rien quand on compare à certains pays de la même dimension que le Sénégal. En Tunisie rien que les femmes architectes font 200.

On parle d'un vide réglementaire au niveau du quartier des Almadies. Qu'est-ce à dire par là ?

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C'est-à-dire que la situation a évolué par rapport à ce qui se trouve dans les textes. Parce que, du jour au lendemain, les terrains aux Almadies, en dessous d'une certaine superficie, on ne pouvait pas les avoir. C'est la même chose à Fann résidence où les villas étaient au minimum de 1 000 mètres carrés. Et puis d'année en année, ils ont accepté le morcellement de certains terrains pour avoir des parcelles de 500 mètres carrés. Il y a même une zone aux Almadies où on trouve des parcelles de 250 à 300 mètres carrés. Mais ça ne s'est pas traduit par une mise à jour des textes réglementant les reculs à respecter par rapport aux différents murs de clôture. Ce n'est pas réaliste. Il faudrait procéder à une mise en conformité de nos textes.

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