Synthèse de Christophe Bobiokono
15 Décembre 2003
" La croissance camerounaise donne des signes d'essoufflement, bien que l'économie ait bénéficié d'une évolution globalement favorable des termes de l'échange à la lumière de l'évolution des prix internationaux de [certains produits].
" La croissance camerounaise donne des signes d'essoufflement, bien que l'économie ait bénéficié d'une évolution globalement favorable des termes de l'échange à la lumière de l'évolution des prix internationaux de [certains produits]. Cet essoufflement résulte en partie de l'affaiblissement déjà perceptible en 2002 de l'engagement des réformes structurelles, d'un faible taux de réalisation des projets d'investissement financés sur ressources extérieurs, du déficit d'offre d'énergie, etc. [ ] Les performances des entreprises [ ] sont restées globalement mitigées sur le premier semestre 2003 : évolutions favorables pour l'agriculture d'exportation et l'industrie, mais difficultés pour les services et la distribution [ ]. L'investissement direct se révèle toujours insuffisant, illustrant du coup les hésitations récurrentes des investisseurs potentiels [ ]. Les perspectives pour 2004 sont tout aussi mitigées ".
Voilà l'état de l'économie nationale dressé par André Siaka le 10 décembre dernier. C'était à l'occasion de la 96ème Assemblée générale du Groupement inter patronal du Cameroun (Gicam) dont le thème était centré sur la relance de la croissance des activités du secteur privé. A cette occasion, et comme à son habitude, le président du bureau du groupement s'est laissé aller à un exercice d'analyse de la santé de l'économie du pays au regard des indicateurs puisés au sein de certaines entreprises qui font partie de ses membres. Cette analyse ne révèle point des résultats brillants : d'une manière générale, la " qualité et la quantité des infrastructures ainsi que des facteurs essentiels de production, qu'il s'agisse des routes, de l'électricité et du téléphone " sont accusés d'avoir " contribué au tassement de la courbe déjà basse des investissements ". Autant dire que le rôle de l'Etat, en tant qu'acteur économique important, est encore apparu peu satisfaisant.
La croissance de l'économie est estimée à 4% contre 4,2% l'année précédente et 4,8% en 2001. L'inflation est en baisse et son taux ne devrait guère dépasser 2%, selon les patrons. Qui indiquent néanmoins " qu'en dehors des dépenses de maison avec la hausse du prix du gaz domestique et de l'électricité, toutes les fonctions de consommation ont connu l'effritement de leur prix." Pour inverser la tendance et assurer la relance du secteur privé, le Gicam fait de nombreuses propositions au gouvernement et entend se doter d'un code éthique. Voici, point par point, l'analyse du Gicam et ses propositions.
1/- Infrastructures insuffisantes
La situation économique paraît d'autant plus préoccupante à la veille de 2004 pour les entreprises que certains maux, déjà soulevés les années précédentes, ont persisté, voire empiré en 2003, sans que n'apparaissent toujours des solutions adaptées pour le futur. Il en est ainsi, par exemple, de la disponibilité insuffisante, de la qualité et du coût des services de télécommunication ou de l'insuffisance des infrastructures de communication.
Certes le patron des patrons s'est réjoui de l'importante baisse des tarifs de téléphone décidée par Camtel, du démarrage effectif des travaux de réhabilitation du pont sur le Wouri, et des engagements pris par le Premier ministre, dans le programme économique présenté à l'Assemblée nationale à " étendre le réseau routier [et] à désenclaver plus particulièrement les zones frontalières ". André Siaka s'est néanmoins empressé de suggérer que l'Etat s'engage dans la mobilisation des financements requis dans le cadre du plan d'investissement de Camtel.
L'impact de la baisse des tarifs ne devrait être significatif, dit le président du Gicam, " que des mesures seront rapidement prises pour étendre les capacités des centraux téléphoniques de Yaoundé et de Douala, réhabiliter et moderniser les centraux des villes secondaires ". Les patrons espèrent par ailleurs " que l'offre de fourniture de services aux entreprises bénéficiera des bienfaits d'une amélioration rapide et maîtrisée du réseau Vsat ".
Concernant les infrastructures, le Gicam souhaite que le gouvernement ne perde pas de vue " l'urgence d'un deuxième pont sur le Wouri, seule mesure capable, selon lui, de résoudre la sursaturation du pont actuel, et cela avant les travaux en cours ". Et " qu'un accent particulier soit mis sur la réalisation de projets (routiers) structurants comme l'axe Nord-Sud, et, d'une manière générale, que le rythme d'exécution des travaux puisse être accéléré ", compte tenu du faible programme de bitumage réalisé en 2003.
2/- Fraude et contrebande galopantes
Au cours de l'année qui s'achève, les industries du secteur du tabac, des textiles, des piles, du sucre, des produits pétroliers et des produits pharmaceutiques ont encore (suffisamment) souffert de fraude et de contrebande. Ces fléaux, a dit André Siaka, " ont atteint un niveau fortement préjudiciable à la santé de l'économie " au point, a-t-il poursuivi, que " le risque de désorganisation et de fragilisation de notre économie est bien réel ". Le président du Gicam a averti : " En détruisant nos jeunes industries, la fraude et la contrebande finiront, à un moment donné, par priver ces consommateurs du peu dont ils disposent encore aujourd'hui, à travers des salaires versés par des entreprises en vie, pour acquérir des produits de fraude et de contrebande. Bien plus, a-t-il ajouté, les enjeux s'analysent aujourd'hui en termes de manque à gagner en recettes fiscales estimées à plusieurs milliards de F Cfa pour l'Etat, des pertes de chiffre d'affaires se chiffrant en milliards de F Cfa pour les entreprises citoyennes, des chômages techniques à répétition, des pertes d'emplois et des menaces de nouvelles pertes d'emplois à la suite de plans sociaux ".
Au cours du traditionnel tour d'horizon de l'activité économique dressé par les chefs d'entreprises ou représentants de certains secteurs d'activité, pendant l'Assemblée générale de mercredi dernier, les craintes du patron du Gicam ont été confirmées : la British American Tobacco (Bat) a en effet fait savoir sa décision de se séparer (par la procédure des départs volontaires) de 40 de ses 210 employés au cours de la prochaine année, du fait de l'impact de la fraude et de la contrebande dans ses résultats et des conditions d'exportations difficiles de ses marchandises vers les pays voisins de la Cemac. Pour cette entreprise, la loi réprimant les deux fléaux existe au Cameroun, mais n'est pas appliquée.
Le Gicam sollicite par conséquent, d'urgence, l'appui du gouvernement pour la mise en place d'un important programme de lutte contre ces fléaux.
3/- Coût insupportable de l'électricité
Depuis le 21 octobre 2003, date de l'entrée en vigueur d'une nouvelle grille tarifaire de l'électricité au Cameroun, le Gicam ne s'était pas encore prononcé sur cette mesure. Il n'a pas loupé l'occasion au cours de son assemblée générale. Ainsi, le groupement constate-t-il que ce réaménagement tarifaire consacre " les hausses les plus importantes jamais opérées dans notre pays pour les clients moyenne tension ", qui sont pour leur grande majorité les entreprises industrielles. L'ampleur de cette hausse se voit dans " la multiplication par cinq de la prime fixe ", constate André Siaka. Le Gicam déplore " une telle augmentation des coûts de l'énergie électrique qui se traduira par un alourdissement tant insupportable qu'inopportun des comptes d'exploitation des entreprises [porteurs] de nouveaux facteurs d'affaiblissement d'un tissu industriel déjà fragilisé et le risque de voir d'éventuels futurs investisseurs se détourner de la destination Cameroun ". Pour les patrons, il est " urgent de procéder à une relecture de ce réaménagement avec, entre autres mesures, une baisse des tarifs à des niveaux compatibles avec les exigences de compétitivité de notre économie ".
4/- Code éthique et facilitation des affaires
Le Gicam veut renforcer son image " d'organisation responsable ", image qui s'est considérablement améliorée avec la construction et l'exploitation de son immeuble-siège. Pour cela, le groupement dit avoir développé, depuis 2002, " des réflexions sur la problématique de l'éthique dans l'entreprise ". Les résultats de cette réflexion ont été présentés aux membres du groupement au cours de leur 96ème assemblée générale sous la forme d'un projet de Code d'éthique. Le premier draft dudit code, soumis à l'étude des chefs d'entreprises jusqu'à la fin du mois de mars 2001, s'appuie sur six principes qui vont du respect des droits fondamentaux des personnes à la responsabilité sociale des entreprises en passant par le respect des engagements pris vis-à-vis des partenaires, la lutte contre la corruption, le respect des obligations légales (législation) et la protection de l'environnement.
L'adoption du Code définitif sera précédée par l'organisation des " Etats généraux de l'entreprise ". " Ce forum, espère le président du Gicam, sera l'occasion [pour le secteur privé et les pouvoirs publics] de jeter ensemble les bases d'un nouveau départ de l'entreprise camerounaise appelée à jouer un rôle de premier plan dans le développement économique et social de notre pays ". Il ne fait aucun doute que les lenteurs multiformes de l'administration dans son rôle de régulateur de l'économie, lenteurs qui plombent le développement des affaires au Cameroun, seront à l'occasion au centre des préoccupations des patrons. Ces derniers espèrent en tout cas parvenir à la facilitation de l'environnement des affaires au Cameroun.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Le Quotidien Mutations. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.