Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Fima : Du rêve à la réalité

Dossier réalisé par Dorine Ekwè à Niamey

15 Décembre 2003


.Dix ans de réflexion et d'échanges donnent naissance à un projet ambitieux.

Le Festival International de la Mode africaine (Fima) a lieu tous les deux ans, et Alphadi en est l'initiateur. Un événement qui met en évidence le continent Africain à travers ses nombreux créateurs, stylistes, mannequins, de même qu'il donne l'occasion d'un retour aux sources pour tous ceux qui le vivent. Le 3ème Fima (celui de 2002 à Libreville ayant avorté), s'est tenu du 1er au 07 décembre dernier à Boubon. Petit village situé à environ 25 Km de la capitale du Niger, Niamey, où un flot de festivaliers a débarqué, modifiant, pendant quelques jours, les habitudes de vie des habitants de cette ville de sable et de cola. Rendez-vous de la mode, de la culture et du développement orchestré par Alphadi, ce grand créateur africain, le Fima 2003, malgré quelques dysfonctionnements, a tenu ses promesses. Rassemblant sur un même site les plus grands créateurs du monde et d'autres plus jeunes arrivés dans cette profession encore considérée avec un certain dédain sur le continent, le Fima a réussi, comme depuis 1998, le pari de présenter l'évolution de la mode africaine.

Une fête de la mode africaine en plein désert! Alors qu'il annonçait la nouvelle de la réalisation de ce rêve qu'il entretenait depuis une décennie déjà (1989), à la presse internationale, une vague d'afro-sceptiques a laissé croire à un moment que c'était pure folie. Au mois de novembre 1998, sur le site de Tiguidit, à la porte du désert du Ténéré, à 80 Km d'Agadez, Alphadi, le président de Fédération africaine des créateurs de mode, y a créé une oasis de la mode africaine. La conjonction de multiples facteurs tant économiques que sociopolitiques a contribué à la matérialisation du " fantasme ". L'aide allouée par le gouvernement nigérien fut déterminante. Le choix du site ne devait rien au hasard puisque le nord du Niger fut pendant longtemps le théâtre d'une rébellion entre l'autorité centrale et les Touaregs. Le Fima, organisé à cet endroit, apparaissait alors comme l'illustration de la paix retrouvée, comme un sceau de la réconciliation nationale. Avec un budget d'environ 2,5 milliards de francs Cfa, cette première rencontre proposait du rêve en plein désert pour la trentaine de créateurs de mode et mannequins internationaux venus prendre part à cette "Edition du défi".

Comme sorties de nulle part, environ deux mille tentes ont été construites pour abriter les festivaliers, leur permettre de vivre des moments exceptionnels au nom de la mode, célébrer la création. C'était également l'occasion choisie par le styliste pour démontrer que, "malgré son austérité, on peut également se servir du désert comme instrument de développement. Ce n'est pas qu'une fatalité". Fort de la "merveilleuse aventure" de 1998 à Tiguidit, le comité d'organisation décide de remettre ça. En 2000, c'est sur les bords du fleuve Niger qu'en novembre, a lieu "l'Edition de vérité". Celle-là qui décidera Alphadi et le gouvernement nigérien (principal partenaire de l'événement) de se lancer définitivement dans l'aventure, tous les deux ans. Malgré les protestations des intégristes musulmans, qui souhaitent que le festival soit annulé parce que drainant un "grand nombre de choses impropres".

Gabon

Réconforté par le succès des deux premières éditions, et "choqué par le comportement des intégristes", Alphadi décide de rendre son festival itinérant à travers les capitales africaines. Le Gabon est désigné comme étant la première étape de ce projet. Des accords sont passés avec le gouvernement dudit pays, les choses semblent aller bon train. Malheureusement, quelque temps après l'affaire est reportée, puis annulée. L'initiateur du Fima explique: "Le site proposé n'était pas prêt quelques temps avant la date prévue pour le déroulement du festival. Nous ne pouvions plus revenir au Niger pour rattraper les choses. C'est pour cette raison que nous avons choisie de laisser tomber et de renvoyer les choses à Boubon en 2003". Après cette édition 2003 , le Fima restera nigérien et il devrait-être ce qu'est le Fespaco pour le Burkina-Faso dit-on. C'est ainsi que, du 1er au 07 décembre dernier, une soixantaine de créateurs et une centaine de mannequins venus des quatre coins du monde se sont réunis, tous les soirs à Boubon. Petite bourgade de potiers située à 25 Km au Nord-Ouest de Niamey, sur la route de Tillabéry. Et qui doit son nom à cette île, située à quelques kilomètres de là, et sur laquelle, il a été construit un campement touristique fait de cases rondes au toit de chaume.

Une localité pittoresque où on accède en empruntant des cars de fortune, à moins d'embarquer dans des pirogues. Lieu où, chaque soir, pendant une semaine, le beau monde présent se retrouvait pour célébrer la mode africaine. Abandonnant ainsi, quelques heures, la capitale Niamey où tout le monde était logé, qui dans des hôtels, qui dans des villas personnelles. Niamey n'offrant pas une grande palette d'hôtels susceptibles d'héberger ce flot de personnes qui, le temps du festival, a envahi les rues de la capitale nigérienne.

Liens Pertinents

Pendant une semaine, Boubon, plus connu pour ses poteries peintes à la main par des femmes, est sorti du quotidien en devenant, avec Niamey, la capitale de la mode africaine. Alors que Niamey offrait son site aux activités dites mineures, et ouvrait les portes de ses hôtels et ses restaurants aux invités, Boubon, quant à lui, offrait son cadre pittoresque aux défilés et autres spectacles. Spectacles qui se déroulaient également sur la scène du Centre culturel franco-nigérien de Niamey (Ccfn). Ainsi, alors que des filles maquillées avec soin par Softsheen.carson, présentaient les modèles des créateurs, certains avaient le choix entre aller s'offrir un gigot de viande de boeuf ou de mouton auprès des vendeurs qui s'éclairaient à la lumière d'une bougie placée dans un vase transparent, ou admirer les poteries sous diverses formes. De s'offrir quelques breloques. Car, c'est aussi cela l'une des ambitions du Fima: être une activité génératrice de revenus, et permettre la valorisation la culture et le commerce local.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 Le Quotidien Mutations. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Cameroun

Rubriques