Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Participation : kaléïdoscope de couleurs et de styles

15 Décembre 2003


Les défilés ont dévoilé des collections différentes mais qui se complètent.

Sur ce podium gaiement éclairé par une vingtaine de projecteurs, une jeune fille apparaît, grande et somptueuse dans une robe du soir gris et noir, estampillée Alphadi. Le "grand défilé" de vendredi est lancé, honneur à l'hôte. Assis sur des nattes ou sur d'énormes coussins, le public regarde et s'émerveille devant ces modèles coupés dans différents tissus que les stylistes, un peu plus d'une quarantaine, venus des quatre coins du monde, présentent au public hétérogène qui a tenu à être de la fête dans cet univers à mi-parcours entre le désert et la forêt. Chacun y va de sa touche, et laisse parler son imagination. Le collectif "On aura tout vu", composé de stylistes portugais et bulgares en a montré de toutes les couleurs et de tous les genres au public présent: robes dignes d'être portées à un carnaval, fortement coloriées et sur lesquelles, plumes, boutons et autres babioles, trouvent toujours leur place.

Surpris par ce déferlement de tons et de formes, c'est avec délectation que le public a accueilli la collection essentiellement coupée dans du blanc, de la styliste guadeloupéenne Clarisse Hieraix. S'inspirant de la pureté de cette couleur et du passés de son île, la jeune femme a présenté des vêtements qui ont très souvent fait penser à ceux que portaient les femmes des îles au moment de l'esclavage. Pour Kenzo (qui s'est fait représenter), c'est une collection fleurie, tant pour les hommes que pour les femmes, qui a été présentée. Patricia Levallois de Wallis et Futuna est venue servir de pont entre ces collections européennes fortement coloriées et coupées dans des tissus tels la soie, le lin, le lycra ou le tweed, en présentant des vêtements entièrement faits dans l'obom (Tapa comme on l'appelle là-bas, sur son île).

Diversité

Cette différence de matériaux vient ainsi mettre à jour cette option forte prise, sciemment ou pas, par les stylistes africains. Euxqui ont présenté des collections pourla plupart faites à partir de pagnes, et où il était alors difficile de ne pas trouver un brin de paille, d'écorce, de peaux d'animaux... On a pu s'en rendre compte avec la collection du styliste camerounais Jemann, qui alliait avec perfection une touche européenne et les matériaux africains. Parfait Behen, et Ludovic Kamgué, eux aussi présents sur le podium, ont également fait de l'effet. Alors que l'on admirait la découpe des costumes de Stradel's avec leurs revers de couleur en soie, d'autre par contre n'ont pas manqué de s'extasier devant les collections de Jemann et de Parfait Behen, qui a fait tâche d'huile avec sa tenue "Christ en croix", qui lui a été inspirée, dit-il, par une fresque du peintre congolais Georges Botembé. Un mélange de peinture et de mode qui est né d'un projet initié il y a quelques temps par Nicolas Bisseck au Cameroun. C'est sur un modèle entièrement fait de bois des créations gabonaises Léa Mono dirigées par Patience Dabany, ex-madame Bongo, que se terminera la rencontre la plus importante de ce festival.

Un style qui exprime la préférence des créateurs Africains pour les matériaux issus de leur milieu de vie. " Il est difficile de voir les stylistes africains présenter une collection sans que l'on ne voit une référence à l'Obom, au raphia ou à la paille", reconnaît la styliste sénégalaise d'origine française Claire Kane. Pour certains, c'est cela qui fait l'exotisme de la mode africaine, et "suscite à chaque fois cette volonté de rencontre et d'échange. C'est de là que l'on comprend l'importance d'un festival comme le Fima qui permet aux uns et aux autres, d'être au courant de ce qui se passe ailleurs ", commente le styliste burkinabé Pathé'o.

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Sur ces vêtements, les accessoiristes Cafrinede de l'île de la Réunion et Michael Kra de Côte d'ivoire sont venus, chacun, avec un style différent, donner plus de tonus et de visibilité aux modèles présentés. Chez l'Ivoirien, le noir semblait être la couleur grâce à laquelle ses créations faites à base d'oeufs d'autruche et d'autres matériaux comme la terre cuite ressortent davantage. Ce n'est pas l'option qu'a prise par la Réunionnaise Cafrine, dont la plupart des créations, faites à base de graines d'arbre et de pierres précieuses semblaient aller à tout type de vêtements.

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