Le Journal de l'Economie (Dakar)
Ismaïla D.
15 Décembre 2003
Dakar — Les petites et moyennes entreprises ont été jusqu'ici les grandes oubliées des politiques publiques. Le gouvernement a décidé de réparer cette injustice. Une charte des PME vient d'être signée avec le monde de l'entreprise. Elle accorde une série d'avantages aux entrepreneurs locaux.
Les petites et moyennes entreprises sénégalaises disposent désormais d'un cadre institutionnel. Le gouvernement a fini d'élaborer une Charte des PME. Elle a été signée ce 2 décembre par la Coordination patronale du Sénégal, le Conseil national du Patronat et l'Union nationale des Chambres de commerce.
La signature de ce document traduit l'intérêt accru que les autorités portent à ce type d'entreprise. Jusqu'ici, la priorité a été donnée à l'investissement direct étranger. C'est dans cette optique que l'Agence nationale chargée de la Promotion de l'Investissement et le Conseil présidentiel de l'investissement ont été mis en place.
Si l'importance de l'investissement direct étranger n'est plus à démontrer, il n'en demeure pas moins que le décollage économique repose très souvent sur un tissu de petites et moyennes entreprises dynamiques. Au Sénégal, les petites et moyennes entreprises jouent un rôle de premier plan dans l'économie. Le pays compte environ 85.000 petites et moyennes entreprises. Selon les statistiques de la Direction de la Prévision et de la Statistique du ministère de l'Economie et des Finances, les petites et moyennes entreprises ont réalisé un chiffre d'affaires de 1 755 milliards de francs CFA et distribué une masse salariale de 126 milliards pour une valeur ajoutée de 345 milliards en 2002.
Il est vrai que le gouvernement a créé un ministère des PME et une Agence de développement et d'encadrement des petites et moyennes entreprises (ADEPME). Cette agence créée au mois de novembre 2001 est chargée de fournir des conseils et d'apporter une assistance stratégique aux entrepreneurs.
La politique de promotion des petites et moyennes entreprises va recevoir un coup de fouet. La Charte des petites et moyennes entreprises validée par le secteur privé, les partenaires au développement et le gouvernement définit un cadre juridique approprié pour ce type d'entreprises et leur offre une série d'avantages. Elle devrait d'ailleurs être rapidement transformée en loi d'orientation.
Le potentiel de création de richesse de ce type d'entreprises est loin d'être épuisé. " Malgré leur importance numérique dans le tissu des entreprises de notre pays, les petites et moyennes entreprises ne contribuent que pour 30 % des emplois, 25 % du chiffre d'affaires et 20 % de la valeur ajoutée " a souligné le Premier ministre Idrissa Seck, lors de l'atelier de validation. " Les PME joueront un rôle de plus en plus important en contribuant à une plus grande compétitivité des produits et services sénégalais dans les marchés régionaux et mondiaux " a souligné pour sa part l'ambassadeur des Etats-Unis au Sénégal.
Un Etat très généreux
Dans ce dessein, le gouvernement se montre très généreux. D'abord, les petites et moyennes entreprises se voient désormais accorder 30 % des marchés publics. Il est prévu de créer dans chaque administration un Comité chargé de définir les marchés devant être octroyés aux PME. Pour régler la question foncière, la Charte dispose qu'un nombre précis de terrain sera prioritairement réservé aux PME reconnues. Sans compter que l'Etat s'engage à créer des pépinières d'entreprises et des incubateurs par secteur.
Afin d'alléger les difficultés financières, l'Etat va accélérer les procédures de paiement des sommes dues par le Trésor public. La Cellule de suivi peut être saisie pour diligenter les paiements en cas de retard. Mieux, les entreprises ayant souscrit au capital d'une PME en difficulté pourront bénéficier de déductions d'impôts.
Le gouvernement veut régler la question du financement. Un Fonds de garantie pouvant assurer jusqu'à 75 % des prêts accordés par les banques aux petites et moyennes entreprises sera mis en place. Ce Fonds est alimenté de commissions, mais aussi de dotations budgétaires. Le gouvernement s'engage à créer des organismes de capital-risque et de nouveaux produits comme les organismes de placement collectifs en valeurs mobilières qui bénéficieront d'avantages fiscaux. Les organismes de capital-risque vont bénéficier d'une exonération d'impôt sur les sociétés pour les plus-values réalisées dans la gestion des titres et de l'impôt sur le revenu des valeurs mobilières pour les dividendes distribués par les OPCVM. Des prêts à des jeunes entrepreneurs ou à des entreprises innovantes sont aussi envisagés.
En outre, pour encourager les délocalisations dans les régions, des fonds d'aménagement régionaux seront créés. Une prime d'aménagement et d'installation financée par l'Etat et la collectivité locale sera instituée. La Charte prévoit aussi des fonds d'aide à l'exportation pour les entreprises exportatrices.
Le dispositif est assez incitatif pour susciter des vocations d'entrepreneur. Quand on sait que l'Agence de développement des petites et moyennes entreprises, dont les débuts ont été assez lents, a finalement démarré son programme, on peut dire que les petites entreprises ne pourront plus se plaindre d'être laissées pour compte.
Enfin une définition (encadré)
Qu'est ce qu'une PME ? Difficile de répondre à cette question au Sénégal à cause de la multiplicité des définitions. La Charte règle ce problème une bonne fois pour toutes. La qualité de PME est dorénavant attribuée par la Cellule de suivi de la Charte sur la demande écrite de l'entreprise. La petite entreprise a une comptabilité certifiée par une structure de gestion agréé. Elle a un effectif compris entre 1 et 20 personne et un chiffre d'affaires inférieur à 50 millions pour celles qui effectuent des livraisons de bien et 25 millions pour les prestations de services. Par contre, les moyenne entreprise a une comptabilité tenue selon le système normal, un effectif inférieur à 250 personnes et un chiffre d'affaires inférieur à 15 milliards de francs CFA.
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