Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Le secrétaire général de l'Udps, Rémy Massamba : "Belligérants d'hier et victimes de toujours, nous avons le devoir de rebâtir un Congo nouveau

15 Décembre 2003


Kinshasa — NOTRE DEVOIR DE GRATITUDE

La présentation officielle de la nouvelle équipe du Secrétariat National de notre Parti m'offre l'occasion, en ma qualité de Secrétaire Général de l'UDPS, de m'acquitter d'un agréable devoir. C'est celui de remercier les instances supérieures de notre Parti pour leur confiance en ma modeste personne. Ce devoir est également celui de dire publiquement toute ma gratitude et d'adresser mon salut combattant à l'ensemble de mes compagnons de lutte à l'UDPS, pour leur soutien et pour leurs innombrables marques de confiance.

Je joins ma modeste voix à celle du Président National de l'UDPS, le combattant Etienne Tshisekedi wa Mulumba, pour souhaiter la bienvenue et présenter nos remerciements à l'ensemble de nos distingués invités, pour avoir accepté de nous honorer de leur présence à cette cérémonie.

L'occasion est toute trouvée pour renouveler nos sincères remerciements à l'ensemble des institutions et personnalités qui, du Congo et des quatre coins du monde, ont contribué, avec détermination et efficacité, au combat de notre peuple pour la cessation des hostilités, la réunification du pays, un dialogue sans exclusive et un Accord Global et Inclusif, une constitution et des institutions consensuelles, la paix et la réconciliation nationales, une transition pacifique devant déboucher sur des élections démocratiques,libres et transparentes. Le courage et les efforts de ces institutions et personnalités ont fait aboutir le combat du peuple congolais. Le matin du 17 décembre 2002 a été signé à Prétoria un Accord Global et Inclusif mettant fin à la guerre et ouvrant une période de transition pacifique. Nous cheminons donc vers l'établissement au Congo des institutions issues du suffrage universel, animées et gérées par des mandataires librement élus par le peuple souverain.

LA GUERRE ET LA PAIX

A l'UDPS, nous ne dérogeons pas à notre devoir de modestie en rappelant notre fierté légitime, la fierté d'avoir été de ce bon combat du peuple congolais. En effet, nos combattants de tous les coins du Congo, sous la direction ferme et lucide de Monsieur Etienne Tshisekedi wa Mulumba, ont pris l'option de lutter avec l'ensemble de notre peuple pour le triomphe des valeurs de paix et de démocratie. Au premier front de ce combat, l'UDPS n'a reculé devant aucun sacrifice, elle n'a capitulé devant aucune difficulté, elle ne s'est laissée distraire par aucune sirène, elle ne s'est prêtée à aucune compromission. Au contraire, dans ce combat loyal en faveur d'une transition pacifique vers un Etat de Droit démocratique et prospère, des millions et des millions de nos combattants et sympathisants ont réussi à ériger une barrière infranchissable contre les dérives totalitaires.

Tout en comprenant le sentiment légitime de révolte contre les dictatures et la barbarie, l'UDPS n'a jamais cautionné la stratégie de combattre la corruption des gouvernants par la mise à sac des populations. Elle n'a jamais soutenu la stratégie de décourager l'arbitraire par l'arbitraire. Notre Parti n'a jamais accepté de lutter contre les assassinats politiques et le bâillonnement des libertés en recourant aux assassinats politiques et au bâillonnement des libertés.

Avec lucidité et détermination, mais également avec nos poitrines exposées aux armes meurtrières, nous avons, n'écoutant que notre foi, pris nos armes de combat pacifiques pour prêcher, au Congo et à travers le monde, que la paix et la démocratie au Congo sont les seules bases solides pour la prospérité des congolais, que la paix et la démocratie au Congo sont un facteur incontournable pour la stabilité en Afrique, que la paix et la démocratie au Congo constituent une chance non négligeable pour la paix et le progrès de l'humanité.

Combattantes et combattants de l'UDPS,

Aujourd'hui, la dynamique de la paix et de la réunification est à l'ouvre. Nous avons le devoir de nous souvenir, non pas de nos souffrances librement acceptées, mais plutôt des tournants difficiles de notre combat où nous avons courageusement puisé dans la foi qui nous anime pour l'avenir de notre pays.

C'est le moment de nous souvenir de l'appel pressant de notre leader, Etienne Tshisekedi wa Mulumba, en décembre 1996, à l'occasion de son retour de Cap Martin en France. C'est également l'occasion d'évoquer le message écrit de notre Président National aux dirigeants de la rébellion de l'Est encore à Goma en janvier 1997. Nous nous souviendrons également du message que notre Président National a adressé au Président Mobutu et aux dirigeants de la rébellion de l'Est, le 10 avril 1997, dans une tentative ultime d'épargner à notre peuple les affres d'une guerre totale. Nous n'oublierons pas la mise en garde responsable d'Etienne Tshisekedi wa Mulumba lancée aux dirigeants de l' AFDL le 23 mai 1997, lors d'une conférence de presse à sa résidence de Limete. Plus proche de nous, rappelons-nous, combattantes et combattants, le long périple euro-américain de notre Président National, à la recherche des solidarités en faveur de la paix et de la démocratie au Congo. Souvenons-nous du rôle que notre Parti a joué, en alliance avec d'autres formations politiques et organisations de la société civile, notamment le Rassemblement Congolais pour la Démocratie, RCD, le MLP, la DPTN, pour sauver le principe d'un accord global et inclusif à Sun City et à Pretoria, depuis avril 2002, Si aujourd'hui nous évoquons notre foi et notre détermination communes dans le combat, si nous rappelons le courage et la constance de notre leader, ce n'est pas pour ignorer l'espoir immense qui a mobilisé l'ensemble du peuple congolais. En effet, ce peuple meurtri est resté constant dans sa quête de paix et de démocratie. Il est resté inébranlable dans son refus des aventures et solutions à courte vue. Il est resté déterminé dans son rejet unanime de l'horreur, quelle que soit sa justification, quels que soient ses auteurs. Enfin, le peuple congolais a gardé intacte sa détermination à vivre libre, indépendant, prospère et hospitalier dans un monde qui s'unifie chaque jour.

La logique de l'histoire veut que les peuples profitent des moments cruels de leur longue existence pour forger les valeurs de paix et de solidarité. Prédateurs et assassins d'hier, rebelles de toutes les guerres, anciennes et nouvelles, veuves, mutilés, orphelins, déplacés et exilés, belligérants d'hier et victimes de toujours, nous avons le devoir de rebâtir un Congo nouveau conforme aux aspirations légitimes de l'ensemble de notre peuple.

A l'UDPS, notre solidarité militante n'a jamais fait défaut à ce peuple courageux et stoïque. Notre solidarité va spécialement en direction de nos compatriotes de ces provinces et territoires où les horreurs et l'incurie, les bombes et les carnages, les pillages et les assassinats ciblés ont mêlé, dans une même culpabilité de crimes contre l'humanité, une douzaine d'armées étrangères et de milices locales, des marchands d'armes et des entreprises prédatrices venues de tous les coins du globe.

Je demande à tous les combattants de garder une courte minute de silence, à la mémoire des martyrs de notre lutte sublime pour la liberté. ... Je vous remercie.

Les blessures ouvertes dans notre chair et dans nos cours sont profondes. Nous avons cependant le devoir de nous rassembler aujourd'hui, plus que jamais, dans une union contre le totalitarisme, la corruption, l'injustice, l'intolérance, l'exclusion, l'impunité, la médiocrité. Nous avons le devoir d'ériger un rempart solide contre ces maux qui nous ont précipités dans l'indignité collective et la barbarie. Ensemble, nous avons la responsabilité historique de nous donner la main autour des valeurs républicaines et démocratiques, pour nous éviter à l'avenir des souffrances atroces de ce genre. Ensemble avec les pays voisins et dans le cadre de la solidarité africaine, nous avons le devoir d'inventer les mécanismes de règlement pacifique de nos différends.

L'UDPS rend, en ce jour, un hommage appuyé à tous les combattants de la paix et de la démocratie et, par dessus tout, à l'ensemble du peuple congolais héroïque. Plus que jamais, l'UDPS combat pour une démocratie où, non seulement il existe sur papier la séparation des trois pouvoirs classiques, mais où il y a une indépendance réelle du pouvoir judiciaire et du pouvoir législatif vis-à-vis du pouvoir exécutif.

NOS TACHES PENDANT LA TRANSITION

Quelles sont, dès lors, nos tâches principales pendant la Transition? A cette question, chaque formation politique doit avoir une réponse propre, conforme à sa sensibilité et à sa stratégie politique. De la pluralité des réponses en compétition résultera sans nul doute la justesse du compromis qui finira par s'imposer à l'issue d'un débat démocratique. L'UDPS ne peut que se réjouir d'un tel processus, dans un pays aussi diversifié que le Congo. ' Ainsi donc, le multipartisme pour l'avènement duquel nous avons combattu, constitue à ce jour un acquis de taille pour la renaissance du Congo. En qualité de fille aînée de l'opposition démocratique, l'UDPS, sous la haute direction d'Etienne Tshisekedi wa Mulumba, ressent en ce jour une fierté légitime.

Cette fierté est celle d'avoir parié avec lucidité sur la démocratie. Elle est surtout celle d'être, avec l'ensemble du peuple congolais, en passe de gagner le pari de la modernisation de la vie politique.

A l'UDPS, qu'allons-nous donc faire pendant la Transition ?

La réponse est simple et limpide. Nous avons un engagement loyal envers une Transition concertée et consensuelle pour laquelle nous avons versé nos sueurs et notre sang. Dans son bref message écrit du 15 septembre, comme plus tard dans sa brève adresse populaire du 28 septembre 2003, le Président National de l'UDPS a renouvelé le gage de cette loyauté. Il convient cependant de préciser que, ce faisant, l'UDPS n'a pas signé un chèque en blanc à ceux qui gouvernent. Bien au contraire, notre Patti a rappelé aux combattants et à tous les démocrates leur devoir sacré de vigilance et de critique constructive. Ceux-ci le feront en prenant comme repères les dispositions de l'Accord Global et Inclusif ainsi que les prescrits de la constitution.

Plus concrètement,

. il sera vigoureusement dénoncé et combattu toutes velléités d'enfoncer de nouveau la direction du pays dans les anti-valeurs ayant fait le lit de notre misère et de notre déchéance collective (comme l'arbitraire, les détournements, les exclusions, la corruption, la concussion, la tricherie et l'impunité); . il sera vigoureusement dénoncé et combattu toutes velléités et manouvres destinées à détourner' les institutions de leur mission historique, à savoir: l'application stricte et rigoureuse de l'Accord Global et Inclusif avec, pour tout couronner, l'organisation à l'échéance prévue des élections libres, démocratiques et transparentes; . il sera vigoureusement dénoncé et combattu toutes les tentatives visant à trafiquer la loi ou les listes électorales, à bourrer les urnes ou à pervertir le suffrage des électeurs.

Toutes ces dérives seront évitées grâce à notre vigilance de tous les instants, grâce au courage et à la détermination propres aux consciences libérées et au peuple souverain. La liberté et la démocratie ne sont nulle part des mannes qui tombent du ciel. Elles sont, au contraire, une pratique consciente et un effort sur soi d'un peuple mûr et solidaire.

Toutefois, aucun citoyen ne se contentera seulement de voir éradiquées les anti-valeurs et se satisfaire de voir ses gouvernants s'abstenir de torturer, de piller ou de tricher impunément. Il a aussi et surtout le devoir d'amener ses dirigeants à gérer consciencieusement, et avec un art consommé de l'efficience, En clair, c'est par la vigilance de tous les instants et par des pressions constantes que chaque démocrate congolais contribuera à : . consolider la paix et réunifier le pays dans l'union des Congolais et la neutralité républicaine des institutions de la Transition; . consolider l'Etat de droit, notamment en se battant pour la séparation et l'indépendance effectives des trois pouvoirs classiques (le législatif: l'exécutif et le judiciaire); . assurer, par des lois appropriées et des pratiques conséquentes, le respect des libertés et des droits fondamentaux de la personne humaine (liberté de mouvement, de pensée, d'association et d'expression ; droit à la vie, à la dignité et à l'égalité de traitement devant la loi; droits à l'emploi, à un revenu décent, à la nourriture, au logement, à l'éducation, aux soins de santé, à l'information droits à se choisir librement les institutions et les personnes destinées à les gérer; etc.).

Combattantes et combattants de l'UDPS, Distingués invités,

Qui ignore que le Congo a toujours été géré comme une « zone de non-droit », un pays où le peuple écrasé n'a que des obligations ?

Il est temps que tout cela cesse!

Un des résultats attendus de cette Transition est, de par la volonté unanime des délégués au Dialogue Inter-Congolais, d'inscrire résolument notre pays dans une perspective de sortie d'une telle dérive. Si l'on ne peut faire à personne le procès de vouloir perpétuer dans la Transition cet ordre inhumain et dégradant, on ne peut non plus avoir la naïveté de croire qu'une fois au pouvoir, des criminels et autres inciviques d'hier et d'aujourd'hui craindraient, sans vigilance ni pressions de notre part, de confisquer les libertés et de dévaliser la république.

La démocratie est partout une machine qui marche en équilibre sur quatre roues: la liberté des citoyens, la souveraineté des peuples, la responsabilité des gouvernants, et la sanction de la gestion. En l'occurrence, les Congolais ne peuvent rêver de sortir de leur misère matérielle et morale sans l'exercice de la liberté, sans l'effectivité de la souveraineté du peuple, sans des pressions appropriées sur les dirigeants, ni sans la possibilité de sanctionner la façon dont le pays est géré.

C'est ici le lieu de relever quelques ratés dans les rouages de la Transition en cours.

Il y a, en effet, lieu de déplorer des lenteurs au démarrage du train de la Transition: l'installation des institutions; le processus de désarmement-démobilisation-réinsertion : la constitution d'une armée républicaine et des services de sécurité: la réunification des services fiscaux et douaniers; la mise en place dans la territoriale, diplomatie et le portefeuille public; l'installation des institutions d'appui à la démocratie, etc. Tous ces processus sont en retard! Trois indices doivent interpeller le peuple: des querelles de clocher pour faire diversion sur l'insouciance généralisée des gouvernants; une confusion sur les responsabilités des uns et des autres au gouvernement, confusion que les deux chambres doivent se presser de dissiper; et une inertie généralisée faisant encore de la Transition le prolongement naturel de l'ordre ancien.

L'on peut également relever, pour s'en inquiéter, la paralysie d'un des trois pouvoirs traditionnels. En effet, les cours et tribunaux sont à l'arrêt depuis des mois. Il ne s'agit pas d'un conflit de travail entre un employeur (qui serait le gouvernement) et ses employés (qui seraient les magistrats). Mais, au-delà des conditions intenables de vie des magistrats et de fonctionnement de la justice, c'est le statut constitutionnel du pouvoir judiciaire qui est en cause! L'équilibre des pouvoirs n'est plus garanti. Le gouvernement semble ne compter qu'avec la reddition à terme du pouvoir judiciaire. En attendant il se livre à la diversion, tantôt en réhabilitant des magistrats jadis arbitrairement révoqués, tantôt en lançant des appels condescendants à la négociation.

L'avenir de la démocratie congolaise est ici gravement hypothéqué. Nous ne pouvons rester indifférents! Notre premier réflexe à l'UDPS est d'exiger que, dans l'intérêt supérieur de la nation et dans un esprit républicain, il soit envisagé sans délai de garantir au pouvoir judiciaire les conditions minimales de fonctionnement. C'est, en effet, une obligation constitutionnelle pressante à laquelle aucune institution ne peut se soustraire.

De même pour permettre à la Police Nationale de jouer pleinement son rôle pendant cette transition, conformément aux articles 173 et 174 de la Constitution, des moyens conséquents doivent impérativement lui être alloués, afin d'asseoir sa vocation d'Institution républicaine.

Enfin, un projet de loi tarde à être déposé devant le Parlement sur le financement des partis politiques au Congo conformément à l'article 12 de la Constitution de la transition. Et pourtant, les enjeux sont importants à ce sujet et le temps presse. On ne peut rêver à des élections pluralistes, justes et transparentes sans garantir, par une loi, la sécurisation et l'indépendance des formations politiques, ainsi que l'équité entre les différents partis, et d'une manière générale aussi, la sécurisation de la Presse, entendue comme chaînon de la formation de la conscience nationale et de l'éducation civique. Bien plus, l'assainissement des mours politique est à ce prix.

NOS TÂCHES ACTUELLES AU SEIN DE L'UDPS

Combattantes et combattants, Distingués invités.

Nous devons porter la fierté d'appartenir à l'UDPS. Non seulement parce que ce Parti a, depuis sa création le 15 février 1982, bravé les dictatures et éprouvé leur commune barbarie. Mais également parce que de l'intérieur, notre Parti se veut une véritable école de la démocratie.

On convient que la démocratie est le système de pouvoir le moins imparfait de tous. Mais il est nécessaire d'ajouter immédiatement que la démocratie est le système le plus complexe nécessitant des qualités humaines élevées et un effort spécial d'organisation de la part de tous ceux et toutes celles qui s'en réclament.

A cet égard, nous avons à l'UDPS des problèmes urgents dont la solution ne peut être renvoyée au Congrès. Il s'agit notamment des questions liées au dédoublement des comités dans quelques unes de nos structures de base (fédérations, sections, cellules et sous-cellules), à la discipline et à l'organisation, aux finances et à nos structures de représentation à l'extérieur.

J'en appelle solennellement aux efforts de tous les combattants et de toutes les combattantes pour résoudre ces questions dans un esprit de solidarité. .J'invite donc les responsables du Parti. à tous les échelons et sur toute l'étendue de notre pays, à s'impliquer dans ce vaste chantier du renouveau de notre cher Parti.

Nous gagnerons à sauvegarder cette solidarité de combat sans laquelle rien n'aurait résisté sous les pressions diverses, les infiltrations, les intimidations et les débauchages qu'a subis notre Parti au cours d'une longue et pénible clandestinité.

APPEL FINAL

Je termine cette adresse en appelant l'ensemble des combattantes et des combattants de notre Parti à se pénétrer de l'idée que la nécessité de la démocratie est indiscutable, qu'elle résulte des exigences de notre survie collective dans le monde actuel. Je vous invite donc à renouveler votre foi dans l'avenir démocratique de cette nation, ainsi que votre détermination à travailler sans relâche à l'avènement au Congo d'une véritable démocratie.

Les défis sont innombrables. L'espoir n'est pas encore totalement au rendez-vous devant une Transition qui tarde à s'affirmer comme un changement décisif.

Nous devons avoir une pensée pour la jeunesse congolaise. Il ne lui est reconnu de droit ni à naître comme un être cher, ni à être élevée dans des conditions décentes, ni à accéder plus tard à un emploi rémunéré... La condition de la femme est encore plus à déplorer. La ménagère congolaise cumule l'intenable charge de nourrir la famille à la campagne comme en ville, d'assurer la garde et la protection des enfants, de veiller aux conditions de viabilité du foyer, ... sans que la communauté, par l'Etat interposé, ne l'assiste de quelque manière que ce soit. La jeune fille est, à chaque tournant de sa vie, lourdement sous la menace de déperdition: scolarisation précaire et vite abandonnée, sexualité irresponsable débouchant souvent sur des maladies sexuellement transmissibles autant que sur des grossesses précoces, adolescence vite confisquée par des charges de ménage ou une vie de fille-mère, analphabétisme, etc.

L'homme congolais a un sort qui ne cesse d'interpeller nos esprits: ni de quoi supporter les lourdes charges financières de son éducation, ni de quoi fonder son propre foyer, ni un emploi à la mesure de la formation reçue, ni un salaire à la hauteur de l'effort productif exigé, ni un revenu susceptible de mettre le foyer à l'abri des besoins fondamentaux... Nos vieillards et nos handicapés partagent largement le sort commun des marginaux sociaux: de moins en moins de chaleur humaine et de compréhension indigence garantie, existence précaire et mendicité sans limites etc.

Le travail productif est, partout ailleurs, d'un concours précieux pour endiguer la misère. Au Congo, le travail est une damnation qui plutôt élargit la misère. Le paysan peine des saisons entières, sans outillages ni semences qui garantissent des rendements à la hauteur des efforts investis. Bien plus, au-delà de la partie consommée sur place par lui-même, le surplus est soit commercialisé à perte, soit abandonné faute d'infrastructures de conservation ou d'évacuation vers un débouché. L'ouvrier est au Congo ce travailleur dont il est encore plus difficile à dire s'il possède encore sa faculté à peser et soupeser l'effort qu'il offre, en face du salaire qu'il retire. Souvent, sa rémunération mensuelle - quand il a la chance d'être payé! - ne représente que six ou sept repas sur une centaine à garantir à sa famille. Le fonctionnaire est aujourd'hui l'indicateur le plus parfait de notre déchéance collective.

Liens Pertinents

Le commerçant et l'industrie congolais doivent partager chaque jour avec les administrations et le fisc, une proportion non négligeable du capital investi. Par ailleurs, l'accès au crédit, à la technologie, au marché et à l'information est très difficile. Notre voie congolaise vers la modernisation de l'économie a donc perdu, dès les années 1960, ce puissant levier qu'est partout la classe d'affaires locale. Le Congo constitue cette brillante exception au monde où l'on rêve de développer sans système financier propre.

En tous ces domaines variés de la vie économique et sociale, il manque cruellement des institutions appropriées, des moyens adaptés, des infrastructures dignes de ce nom.

C'est à la fondation d'un Etat capable de remplir ces mandats que l'UDPS vous invite, combattantes, combattants, à renouveler parmi vous le vieux réflexe de solidarité de combat pour mettre à profit la Transition en cours.

Je vous remercie.

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