Charles Sanga
16 Décembre 2003
Le ministre de la Défense, M. René Amani était, hier lundi 15 décembre, face aux journalistes dans le cadre d'une conférence de presse consacrée aux derniers événements sanglants qui se sont déroulés à Abidjan dans la nuit du 11 au 12 décembre. C'est un exercice périlleux et laborieux auquel s'est adonné le patron des forces de défense. Donnant sa version de ces événements alors que l'enquête ouverte à cet effet n'est pas encore bouclée, le ministre de la Défense a dit qu'il s'agissait d'une «tentative d'atteinte à la sûreté de l'Etat», orchestrée par des personnes qui n'ont pas encore compris que «nous allons vers la sortie de crise» et que «la tendance enclenchée est irréversible».
Pour le ministre de la défense, il est incompréhensible qu'au moment où le Président Laurent Gbagbo s'est engagé à appliquer «en totalité» les accords de paix de Marcoussis, des personnes tentent d'attenter à la sûreté nationale. Ces gens, soutient le ministre, n'acceptent pas que nous puissions aller à la paix.
Mais, qui sont-ils ?
Pour le ministre de la Défense, il n'y a pas un responsable bien défini. Bien plus, René Amani a absout de son faisceau d'accusations les militaires des Forces Nouvelles. «J'ai mon opinion personnelle qui est due à ce que je sens. J'aurai dû vous donner une réponse politiquement correcte. Mais, je prends le risque. Je ne crois pas à l'implication des militaires au niveau des Forces Nouvelles». Toutefois, le ministre de la Défense a semblé pointer un doigt accusateur sur la branche civile de l'ex-rébellion. Pour lui, des personnes abusent de la pauvreté ambiante en Côte d'Ivoire dans les zones criminogènes tels les quartiers précaires, «viviers du banditisme». Il a assuré que chacun des «assaillants» devait s'en tirer avec 2,5 millions de francs CFA si le coup d'Etat avait réussi.
Pour revenir sur la fusillade aux environs des locaux de la RTI, le ministre Amani René a fait savoir qu'elle était l'oeuvre des «jeunes ivoiriens». «Les documents retrouvés sur sept d'entre eux indiquent qu'ils sont de nationalité ivoirienne âgés de 20 à 23 ans», a-t-il fait savoir sans donner davantage des précisions ni sur leur identité ni sur les aveux de ceux qui auraient été mis aux arrêts.
Interrogé sur une éventuelle implication de la milice proche de Gbagbo, les «Nindja», le ministre de la Défense n'a pas donné de réponse précise. Pour lui, «cette éventualité peut être considérée comme une piste. Ce n'est pas exclu». Etait-ce alors une oeuvre de professionnels ? «La nature et la façon dont l'attaque a été organisée, comparée à ce qui était en train de s'accomplir, ils ont envoyé les gens se donner en holocauste. Cela n'avait aucune chance d'aboutir», a indiqué M. Amani. De plus il nie l'existence des milices : «Il faut sortir de ces concepts de milices. Vous avez vu ces milices ? Moi, je ne les ai pas vues. Où sont-elles les milices dont vous parlez ?»
En ce qui concerne le mystérieux commando «d'assaillants» qui aurait voulu attaquer la RTI, le ministre de la Défense a reconnu qu'il s'agissait d'un groupe de «jeunes non armés». Ces derniers, pourtant, voulaient attaquer des soldats armés. «Leurs responsables ont braqué un taxi et ils ont avoué aller à l'école de police y chercher des armes», a argumenté le ministre de la Défense sans toutefois reconnaître les complicités au niveau de la police nationale. Pour M. Amani, «la tendance à aller à la paix par un processus pacifique est beaucoup plus forte que les quelques velléités que les uns et les autres vont avoir à vouloir remettre en cause».
Au cours de cette rencontre avec la presse, le ministre de la Défense a souligné que le bilan de l'attaque du 11 décembre s'est alourdi avec la mort d'un soldat loyaliste portant à un total de vingt le nombre de personnes tuées.
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