Le Patriote (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Poursuite des exactions - Yamoussoukro : Des gendarmes tirent sur un ressortissant malien

Jacquelin Mintoh (à Yamoussoukro)

16 Décembre 2003


On l'a dit et écrit, la ville de Yamoussoukro, dix ans après Houphouët Boigny, est devenue une ville sans lois où règnent la criminalité, le vol, les rackets .

Des gendarmes venus en renfort à Yamoussoukro, sous le commandement du Capitaine Bassanté, ont ouvert le feu, le week-end dernier sur un groupe de personnes qui vaquaient à leurs occupations à la cocoteraie située à la sortie de Yamoussoukro sur l'axe Sinfra. Le bilan fait état d'une victime atteinte par balle sur le tibia, un ressortissant malien du nom de Souleymane Konaté. Agé de 36 ans, charetier de son état, il ravitaille depuis six ans, les boeufs et autres bêtes en aliments, au marché de la cocoteraie. C'est sur le lieu de son travail, selon lui, que ce samedi 13 décembre, il a été victime d'une balle des gendarmes. Ce jour-là,raconte-t-il, il chargeait dans un sac les noix de coco d'une cliente venue de Sinfra. Subitement, il est surpris par des coups de feu tirés en l'air par trois gendarmes Bérets rouges qui sont descendus d'un taxi communal. C'était la débandade générale. Ne se reprochant rien, il a pris son courage de continuer à charger le sac de sa cliente. C'est alors que les gendarmes en question ont ouvert, par deux fois, le feu sur lui. Malheureusement, le troisième coup de feu l'a atteint et la balle a traversé son tibia gauche. Dans sa douleur, un gendarme est venu le fouiller et a pris son porte-monnaie contenant de l'argent.

Une autre victime des tracasseries des forces de l'ordre, un menuisier domicilié à Yrikro, Aboubacar Cissé, raconte son calvaire :«Le vendredi matin, vers 8h 30mn, j'avais pris mes outils de travail dont un marteau pour aller faire des achats en ville. A la hauteur de la poste en face de la brigade de ville de la gendarmerie, j'ai été interpellé par sept commandos, Bérets rouges. J'ai rejoint un groupe de personnes entassées dans leur cargo et nous avons pris la direction de la gare routière où nous avons été exposés au soleil. Ceux qui payaient 10 000 F ou 5 000 F CFA, étaient rapidement libérés. A mon tour, je n'avais pas voulu donner un centime. J'ai donc été tabassé et piétiné. Sous la menace de leurs armes, j'ai fait sortir ma carte nationale d'identité verte qu'ils ont prise et déchirée parce que, selon eux, mon nom a une connotation étrangère. Ils m'ont donc reproché d'avoir usurpé cette carte avant de m'exiger de l'argent. Je n'avais que 3000 F CFA et quelques monnaies que je leur ai remises avant de recouvrer la liberté».

Dans la nuit du dimanche, un des témoins oculaires, le vieux Samba nous a déclaré que tous les jours, des hommes en treillis, tous corps confondus, viennent intimider et racketter non seulement au quartier Yrikro, mais surtout à la cocoteraie où se trouve le marché à bétail. C'est dans ce marché que, à ses dires, policiers, gendarmes, militaires, eaux et forêts viennent pour racketter. Selon des victimes, le Colonel Mangou, tous les matins, envoie ses éléments pour charger des boeufs et les amener.

Les bouviers maliens, racontent-ils, sont victimes de rackets à leur retour par les envoyés du Colonel qui leur exigent 5 000 F par personne avant de franchir les barrages. Et il en est de même, chaque fois, aux barrages des autres corps habillés.

Le lundi, vers 9h 30mn, le Commandant Kabran de la compagnie nationale de la gendarmerie, interrogé en présence du Commandant de la brigade de ville, dans son bureau, a demandé aux journalistes de taire l'affaire, parce que, estime-t-il, nous sommes en période de réconciliation. Car une telle situation viendrait rallumer le feu de la haine et de la méfiance en mettant en cause tout le processus, surtout qu'il s'agit d'un ressortissant étranger (la victime). Il a également affirmé que les éléments en question ne sont pas de sa compagnie, mais relèvent du commandement du Capitaine Bassanté, information qui nous avait été donnée par la victime et les témoins. Le Commandant a promis rencontrer le Capitaine Bassanté et ses éléments pour leur prodiguer des conseils. Les démarches entreprises par nous pour rencontrer le Capitaine ont été vaines.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 Le Patriote. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Côte d'Ivoire

Rubriques