Raphaël Mvogo
16 Décembre 2003
L'écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma décédé jeudi militait contre les injustices.
A 76 ans, Ahmadou Kourouma a été surpris jeudi dernier, peut-on ainsi dire, par la grande " faux ", alors que dans sa tête fourmillaient de multiples idées et projets auxquels il accordait beaucoup d'importance. Il avait une mission, disait-il, et jugeait qu'elle n'était pas accomplie. " La littérature est pour moi un métier, une mission, nous confiait-il dans un entretien exclusif, lors d'un séjour au Cameroun en avril 2001. C'est faire connaître l'Afrique, répondre aux défis que l'Occident, la France, nous lancent chaque fois. Pendant la dernière Guerre, les Français ont connu des souffrances. Ça, c'est très bien. Mais nous, nous avons eu cent cinquante ans de colonisation. Ça, c'est nécessaire. C'est pour ça que j'ai écrit " Monnè, outrages et défis ". Chantre des causes nobles, l'écrivain ivoirien militait, d'une manière générale, contre " les injustices, les égoïsmes, les haines et autres tares ".
Ces derniers temps, Ahmadou Kourouma occupait son imagination avec des projets de textes nouveaux. " Je voudrais faire quelque chose sur les conférences nationales. Ça a été un travail de génie que les Africains ont trouvé eux-mêmes ", nous annonçait-il en 2001. A la question de savoir si à cette époque-là le repos du guerrier était envisagé, le célèbre romancier, prix Renaudot 2000, répondait : " Ah, non, non, non. On ne se repose jamais, on écrit toujours. L'imaginaire qui marche là, je suis toujours prêt ". Il se proposait également d'écrire un livre d'histoire sur Samory Touré, grande figure de la résistance à la colonisation qui avait infligé des défaites mémorables aux conquérants français dans les années 1870 et 1890. Il a dû y renoncer, à cause de sa vue qui avait décliné. Ça aurait pu être un récit fascinant. Surtout que Kourouma avait l'art de jouer avec les mots, de leur donner un sens et une cadence assez singuliers.
En effet, l'auteur de " Les soleils des indépendances " , " En attendant le vote des bêtes sauvages ", " Allah n'est pas obligé " et " Monnè, outrages et défis " s'est distingué par une verve d'une admirable sagacité. Il se saisissait des vocables de la langue du colonisateur, pour les renverser et les enduire de la sève de l'Africain jaloux de son identité. Il aimait bien ça, décalquer le malinké en français, en adoptant des tournures particulières et archaïques. C'était sa façon à lui de mieux traduire l'agir et le penser de son peuple. Et c'est ce qui lui a valu la notoriété. Kourouma n'était pas un écrivain prolifique, seulement quatre romans publiés ; mais, il a su s'imposer, comme un cas d'école. L'Afrique francophone saluait en lui l'un de ses plus grands romanciers.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Cameroon Tribune. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.