Joseph Sene
16 Décembre 2003
L'aube d'un jour nouveau est en train de poindre à l'horizon pour des retraités de l'Ipres.
Deux cent cinquante d'entre eux qui souffraient de troubles de la vue ont subi, du vendredi au dimanche dernier, gratuitement l'opération de la cataracte au centre médico-social de l'Ipres. Acte de haute portée sociale, cette opération porte l'empreinte de la fondation anglaise « Sight savers international » et s'inscrit dans le cadre du Programme national de lutte contre la cécité (PNLC) et de l' « Initiative santé pour la paix ». C'est une aubaine pour ces retraités, couche sociale démunie, qui n'aspirent à rien d'autre qu'à un « mieux vieillir ».
Centre médico-social de l'IPRES sur le boulevard du Centenaire. Assis sur des chaises et des bancs, des personnes âgées attendent sagement leur tour pour entrer dans le bloc opératoire en ophtalmologie. Ils font partie des 250 personnes sélectionnées pour subir une opération gratuite de la cataracte. Une maladie due à l'opacification du cristallin de l'oeil et qui entraîne des troubles de la vue. Les patients et leurs accompagnateurs ont l'air préoccupés car, dans l'imaginaire populaire, une opération de l'oeil n'est pas une mince affaire. On peut en ressortir guéri ou avec des complications. Dans le couloir du bloc opératoire, les agents s'activent pour mettre au point les derniers réglages. Certains parmi eux aident les patients à enfiler leurs blouses vertes avant la séance d'anesthésie. L'odeur des produits pharmaceutiques flotte dans la salle. Les malades ayant déjà franchie cette étape préliminaire sont installés sur des fauteuils munis d'un appareil qui leur bouche carrément l'oeil anesthésié. Ils sont couchés et n'esquissent pas le plus petit geste.
L'opération en tant que telle se déroule dans une autre salle. A travers la baie vitrée, on aperçoit les médecins s'affairer autour de leurs patients. Un patient sort de la salle avec un oeil bandé. L'opération est finie. En plus de la vue qui est ainsi réduite, les malades opérés se déplacent difficilement. Ils sont tous du 3e âge. Mais ils sont aidés par les agents du centre ou leurs parents venus les accompagner. Une vieille femme manque de s'affaler sur les escaliers du bâtiment, un vieil homme bute sur le matelas posé sous des tentes. C'est sous ces tentes que les malades opérés sont acheminés. « Après l'opération, explique un agent, nous demandons aux malades de rester ici pendant 24 h. Nous avons estimé que c'est plus sûr que de les laisser rentrer à la maison, car, en cours de route, ils peuvent trébucher et tomber. Chez eux aussi, ils peuvent subir des dommages de la part des enfants et se retrouver ainsi avec des complications. Pour plus de sécurité donc, on les a maintenus sur place pour, éventuellement, les libérer le lendemain».
Ouf de soulagement Sous les tentes, les patients opérés sont couchés sur des matelas disposés en rangs et posés à même le sol. Ils offrent une scène émouvante. Quelques accompagnateurs leur servent le petit-déjeuner ou leur apportent soutien et réconfort. Etalé sur le dos, le vieux El Hadji Ndiaye, 75 ans, ouvre et referme son oeil gauche. « J'avais des problèmes de vision. Mais les troubles étaient beaucoup plus manifestes au niveau de mon oeil droit. J'avais effectué plusieurs visites et l'on m'a dit qu'il fallait d'abord qu'on m'opère sur cet organe-là et puis on verrait après », nous confie cet habitant du quartier des HLM.. A première vue, on a comme l'impression qu'il souffre terriblement. Mais El Hadji Ndiaye, retraité depuis 1984, explique que l'opération a été réussie, qu'elle a été menée sans problème, avec douceur et rigueur. « Du début à la fin, il n'y a pas eu de difficultés. La seule douleur que j'ai ressentie, c'est quand on m'a administré la piqûre de l'anesthésie. A part cela, tout le reste a été effectué avec douceur », confie-t-il. Au passage, il a loué le professionnalisme des médecins traitants. Le vieux Ndiaye salue également l'opération cataracte qui leur permet de bénéficier de ce traitement sans bourse délier. Il faut noter que cette opération est une action de haute portée sociale.
En effet, les personnes âgées font partie des couches démunies avec de maigres pensions pour ceux qui en ont. Selon le Dr Mamadou Coumé, le chef du centre médico-social de l'Ipres, le montant de ces pensions vont de 10.000 à 30.000 FCFA. Avec de tels revenus, il leur est difficile de se faire opérer de la cataracte à leurs frais. « Dans les cabinets privés, il faut débourser au moins 300.000 FCFA et environ 80.000 FCFA dans les structures publiques pour subir cette opération », précise le Dr Coumé. C'est dire donc que El Hadji Ndiaye et les autres heureux bénéficiaires de ce camp d'opérations gratuites de la cataracte peuvent pousser un grand ouf de soulagement. Pourtant, on a noté des absences, car, sur les quatre-vingts personnes qui ont été convoquées à l'ouverture de la campagne, seuls 75 ont répondu à l'appel des médecins. Samedi dernier, quatre-vingts patients devraient passer entre les mains des ophtalmologues, mais, jusqu'à onze heures, ils étaient seulement une cinquantaine à venir se soigner. Le Dr Marcel Faye, adjoint au coordonnateur du programme, souligne que la cause de ces absences n'est pas le manque d'informations. Pour lui, les intéressés ont dû avoir un empêchement.
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