La Presse (Tunis)

Tunisie: Lutte contre le financement du terrorisme et le blanchiment d'argent

16 Décembre 2003


Pour un arsenal juridique harmonisé - Tunis abrite un atelier africain

Les travaux de l'atelier de travail régional sur la lutte contre le financement du terrorisme ont démarré, hier matin, à Tunis, avec la participation des pays d'Afrique du Nord et du Sahel en l'occurrence l'Algérie, le Burkina Faso, la Libye, le Mali, le Maroc, la Mauritanie,, le Niger, le Sénégal et la Tunisie outre des experts égyptiens, français et allemands.

L'atelier, dont les travaux se poursuivront jusqu'au 18 décembre, est organisé par le département juridique du Fonds monétaire international (FMI), l'Office pour le contrôle des drogues et la prévention du crime des Nations unies et l'Institut de la Banque Centrale de Tunisie (BCT).

Des thèmes portant notamment sur le régime juridique international de lutte contre le terrorisme, les stratégies internationales de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme et le gel, la saisie et la confiscation des actifs des terroristes dans les résolutions de l'ONU, seront débattus au cours de l'atelier.

Selon les organisateurs, l'atelier a pour objectifs de favoriser l'adoption et l'harmonisation des textes juridiques relatifs à la lutte contre le terrorisme et le blanchiment d'argent et de mettre à la disposition des pays participants l'assistance des instances internationales opérant dans ce domaine.

M. Mohamed Daouas, gouverneur de la BCT, a affirmé l'engagement de la Tunisie dans la lutte contre la grande criminalité sous toutes ses formes précisant qu'il s'agit d'une démarche naturelle pour un pays qui «n'a cessé d'oeuvrer à préserver la réputation et l'intégrité de sa place financière et à réussir son intégration dans la sphère économique.»

Il a ajouté que le terrorisme et le blanchiment des capitaux se révèlent aujourd'hui comme l'expression la plus évoluée de la criminalité transfrontalière, indiquant que par-delà les dimensions sécuritaires, l'économie criminelle véhicule de grands dangers pour la croissance économique mondiale et les échanges entre les pays.

Le gouverneur de la BCT a déclaré à cet égard : transcendant les patries et les identités, le terrorisme et le blanchiment se sont étendus par leurs ramifications structurelles et financières à de nombreux pays pour s'ériger en menace réelle aux droits de l'humanité à la paix,à la sécurité et à la croissance, réveillant du coup la conscience universelle sur l'urgence de la recherche d'une solution qui soit tout à la fois globale, efficace et durable.

Il a précisé que selon les dernières statistiques, le montant total des sommes blanchies à travers le monde représenterait 2 à 5% du PIB mondial alors qu'une estimation récente situe le montant global des fonds blanchis dans les pays industrialisés quelque part entre 300 et 500 milliards de dollars et pour le monde entier entre 700 milliards de dollars et un trillion de dollars.

Elle prive de ce fait, a dit M. Daouas, la communauté internationale de sommes considérables qui devaient être investies dans des activités productives, perturbe le jeu normal de l'économie, fausse les mécanismes de prise de décisions et de la concurrence et affecte le fonctionnement des marchés d'actifs par l'importance des sommes qui peuvent y être injectées.

Il a ajouté qu'au plan macroéconomique, les flux d'argent illicites peuvent induire une instabilité réelle dans les pays en développement rendant plus complexe le pilotage des politiques macroéconomiques, autant d'enjeux, selon M. Daouas, qui réclament au plus urgent d'institutionnaliser à l'échelle de chaque pays la contribution de tous les acteurs au combat contre l'économie criminelle.

Pour M. Jean-François Thony, représentant du FMI, la tenue de l'atelier de Tunis montre la détermination et l'engagement des pays du Maghreb et du Sahel à assécher les sources de financement du terrorisme. Les travaux de l'atelier, a-t-il dit, doivent avoir un prolongement dans chacun des pays participant, en vue de mettre en oeuvre des textes de loi dans ce domaine.

De son côté, M. Walter Gehr, coordinateur de projets à l'Office pour le contrôle des drogues et la prévention des crimes des Nations unies a fait remarquer que l'atelier intervient un an après le lancement du programme international de lutte contre le terrorisme qui vise l'adoption par tous les pays des 12 conventions et protocoles internationaux mis en place à cet effet, l'ultime objectif étant de doter les pays d'instruments juridiques et moyens matériels leur permettant de contrôler les systèmes financiers les transports terrestre, maritime et aérien.

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