Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Place au tourisme culturel : finies les vacances Sea, sex and sun ?

A. Bonavita

16 Décembre 2003


En choisissant la ville de Saint-Louis pour le lancement de la saison touristique 2003-2004, Ousmane Masseck Ndiaye a voulu porter l'attention sur un tourisme culturel et durable. Mais quid des stations balnéaires qui gardent, malgré tout, le succès qu'on leur connaît ?

Soleil, plages de sable fin, huiles aux parfums sucrés, cocktails de fruits, jolies filles, odeurs de noix de coco, siestes à l'ombre d'un palmier..., tout cela serait-il has been ? Difficile de le croire. Et pourtant, le ministère du Tourisme semble miser sur de nouveaux produits. Ainsi, les mosquées omariennes ont remplacé les casinos et autres hôtels luxueux dans les circuits touristiques proposés. D'aucuns y verront une volonté politique explicite, qui viserait à redorer le blason des sites traditionnels au détriment de ces villes rongées par le tourisme dont la réputation nuit à l'ensemble du pays. D'autres, au contraire, préféreront penser que les politiques ne font que répondre à la demande d'un public en mal d'authenticité et que les artifices de Saly Portugal ou de Mbour ne suffisent plus à faire rêver. C'est en tout cas ce que laisse entendre Bernard Klein, chargé du projet de développement du tourisme dans la région de Saint-Louis. Il explique "que le balnéaire n'est plus aussi prisé qu'avant. Nous avons un mauvais retour de ce genre de zones". Selon lui, "les gens sont demandeurs de ce type de tourisme plus culturel", et c'est ce qu'il faut encourager. Les problèmes de vol, de prostitution, de travail des mineurs ne sont sans doute pas étrangers à la baisse de fréquentation des cités balnéaires.

Pourtant, le luxe et le confort proposés par ces hôtels qui ont poussé comme des champignons le long des côtes maritimes continuent d'attirer la clientèle. Mais les espaces créés ressemblent fort à toute métropole européenne, avec son lot de restaurants et de boîtes de nuit "branchées". Et la population n'est pas plus dépaysante. Reste à savoir ce que le touriste entend par découverte d'un pays. S'il s'agit de partir à la rencontre des coutumes et traditions, des populations locales, alors ce genre de site est à éviter.

On retrouve toute la controverse portant sur deux types diamétralement opposés de tourisme. Un premier public se vantera d'avoir découvert le monde, parce qu'il a fait le tour des hôtels d'une même grande chaîne. Un second préférera dire qu'il connaît un pays pour avoir côtoyé sa population et adopté ses habitudes de vie. Ainsi, l'impulsion donnée par le ministère du Tourisme et l'ensemble de ses partenaires portera ses fruits si ces derniers savent mettre en avant les bienfaits d'une cure d'authenticité. C'est la rencontre des cultures qui fait avancer le monde, disait Lévi Strauss, et pas l'importation d'une culture unique et stéréotypée à travers ce même monde.

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