Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Paris-Dakar : « La feuille de route» de Sindiély Wade

Limamoulaye Ndiongue

17 Décembre 2003


interview

Le 1er janvier prochain, Sindiély Wade sera encore une fois au départ du Dakar. La deuxième fois après l'épreuve de l'année dernière. En pure amatrice des compétitions automobiles, surtout fascinée par l'aventure humaine et poussée par la volonté d'aller au bout d'elle-même.

Pour la deuxième fois consécutive, vous répondez à l'appel du Dakar. Qu'est-ce qui vous fascine dans cette compétition ?

Pour moi, le Dakar, c'est surtout une aventure humaine. Une aventure, car on découvre l'intérieur du continent africain, on voit des endroits dans lesquels on n'oserait peut-être pas s'aventurer autrement. C'est aussi une aventure humaine, parce qu'on y vit la solidarité. L'année dernière, par exemple, Didier (Ndlr : son coéquipier Didier Lavergne) et moi, on s'arrêtait quand on voyait quelqu'un en difficulté, pour l'aider, et vice-versa.

Wal Fadjri : Au-delà de cette dimension humaine, y a-t-il une ambition sportive ?

Tout ce que j'espère, c'est arriver à Dakar. Je n'espère pas me classer, car ce serait prétentieux de ma part, je ne suis pas pilote, je suis amatrice, ce serait même dangereux. Non j'espère juste arriver à Dakar.

Quelles images gardez-vous de cette compétition depuis vos débuts ?

J'ai une sorte de fascination pour les pays traversés. A chaque étape, tu as une foule de choses à voir et à apprendre. L'an dernier, nous avons traversé le Tunisie, la Libye, l'Egypte, des endroits magnifiques. Il y a une sorte de paix quand on traverse le désert. C'est vraiment magnifique, il faut aller le voir.

Connaissez-vous les particularités et les difficultés du parcours de cette année ?

Sindiély Wade : (Silence...) Je n'ai pas tellement d'éléments de référence. C'est un parcours que je ne connais pas du tout. Je n'ai jamais traversé la Mauritanie, je ne connais pas le sud du Maroc non plus. C'est une occasion pour moi de découvre cette partie que certains qualifient de difficile. D'après ce que j'ai pu entendre, pour avoir discuté avec des gens qui ont fait ce parcours, il va être plus difficile que l'année dernière, pour plusieurs raisons. La première, c'est qu'il est plus long. L'année dernière, le Dakar faisait 8 500 kilomètres ; cette année, il en fait un peu plus de 11 000. La deuxième chose, c'est que la Mauritanie est difficile à traverser avec ses dunes de sable. Il paraît que le désert mauritanien est plus difficile que le désert de Tunisie, de Libye et d'Egypte. La troisième raison est qu'il a beaucoup plu cet hivernage et les pistes sont défoncées. Cela va sans doute rendre le parcours plus difficile.

Sans bien connaître le parcours, avez-vous tout de même établi une stratégie de course ?

L'an dernier, j'ai fait certaines erreurs de «jeune premier», que je ne vais pas commettre cette année. J'ai fait des ensablements stupides, dus à un manque d'expérience. Cette année, j'éviterais de m'arrêter. Si vous vous ensablez, vous en avez pour 40 minutes pour sortir à chaque fois.

Qui pensez-vous être vos concurrents directs ?

Je pense que c'est moi-même. Parce que quand on est bien, on peut se sentir pousser des ailes. Et c'est là que ça peut devenir dangereux. Plus le temps avance, plus on veut aller plus vite que ses capacités ne le permettent. J'essaierai de garder la raison. En ayant la tête sur les épaules pour ne pas m'enflammer.

Quelle est la part du mental dans une telle compétition ?

Pendant le rallye, vous oubliez tout, vous êtes complètement dans la course. L'année dernière, je l'ai assez bien vécu, je n'ai pas trop souffert de la fatigue. En fait, c'est essayer de gérer le temps qui est à mon avis précieux. Parce que l'ordre du départ dépend de votre classement de l'an dernier. Si vous êtes en bas de classement, vous partez quatre heures après les autres. Comme il faut roulez le moins possible la nuit, il faut gérer le temps.

Quel est le sentiment dominant quand vous arrivez au bout ?

Quand tout s'arrête, on a un petit peu de mal à revenir à la réalité. L'an dernier, ça m'a pris une semaine. Vous êtes loin de beaucoup de problèmes. Quand tout s'arrête, il y a une grosse fatigue qui tombe d'un coup. Et il faut se remettre dans la vie ! On ne peut pas vous expliquer cela, tant que vous ne le vivez pas.

Les hommes acceptent-ils réellement les femmes dans cette épreuve ?

L'année dernière, quand j'ai fait le Dakar, je me disais que je suis tombée dans un milieu masculin, un peu macho. Mais j'ai trouvé parmi les concurrents professionnels beaucoup d'humilité. Qui qu'on puisse être, le désert, c'est autre chose. Ce milieu vous est toujours supérieur.

Existe-t-il des relations particulières entre les participants ?

Bien sûr. Dans ce genre de compétition, il nous faut être solidaire, sinon ça ne marche pas. A chaque fois qu'on peut aider, on s'arrête pour le faire. La preuve, lors du précédent rallye, il nous est arrivé d'apporter notre modeste assistance à certains motards, en les aidant à retrouver leur chemin. Ensuite, il nous arrivait aussi d'allumer une lampe balise pour éviter les accidents.

Comment vous préparez-vous pour le Dakar ?

Je fais beaucoup de sport, des abdominaux, du vélo, de l'endurance. J'ai repris le sport depuis un mois et demi pour pouvoir mieux préparer le Dakar. Ensuite, quand je suis en salle, il y a un travail à faire pour muscler le coeur afin de pouvoir bien résister. Avec une aventure comme le Dakar, si tu n'as pas une bonne préparation physique, tu ne tiens pas longtemps. Ce n'est même seulement pour le Dakar, c'est valable pour toutes les compétitions de haut niveau. C'est la raison pour laquelle tous ceux qui font le Dakar ont un planning d'entraînement pour affronter le désert et les dunes.

A quoi ressemble votre emploi du temps quelques jours avant le départ ?

Il y a beaucoup de choses à préparer. Il ne faut rien oublier. Surtout avec les sponsors. Récemment, j'étais en France, pour faire des conférences de presse avec Amaury Sport Organisation (Aso) et Team Nissan. Et puis on achète tout ce qu'il nous faut comme équipement : tente, duvet, vêtements... Mais dans ce genre de compétition, on n'emporte pas beaucoup de vêtements !

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