17 Décembre 2003
Les compagnies aériennes font la cour aux travailleurs d'Air Afrique, réputés très expérimentés. L'emploi semble garanti pour beaucoup d'entre eux, mais les avantages et les salaires ne sont plus tout à fait les mêmes.
Debout sur le tarmac de l'aéroport international Félix Houphouët Boigny d'Abidjan, Francis Aguey scrute l'horizon, un talkie-walkie à la main. Vêtu d'une combinaison bleue, le directeur technique du personnel au sol d'Air France, attentif, donne et reçoit des instructions tandis que l'Airbus 301 de la compagnie française descend, puis s'immobilise doucement sur la piste. «J'ai été licencié d'Air Afrique au moment du dépôt de bilan en février 2002, raconte cet homme d'une quarantaine d'années. La même année, suite à un test, je suis entré à Air France comme mécanicien. J'ai été ensuite nommé directeur technique adjoint, puis directeur technique en remplacement de mes supérieurs partis en France».
La faillite d'Air Afrique n'a pas non plus été synonyme de fin de carrière pour le commandant N'goran. «Après mon licenciement, j'ai déposé des dossiers de demande d'emploi dans beaucoup de compagnies, confie-t-il. Et un jour, Air Mauritanie m'a appelé à la maison».
A en croire Francis Akindès, responsable du plan social de réinsertion des anciens travailleurs d'Air Afrique à Abidjan, «plus de la moitié des 4 200 employés de la compagnie, surtout le personnel navigant, à savoir les pilotes, les mécaniciens et les hôtesses, sont aujourd'hui réinsérés dans d'autres sociétés de transport». Dans son bureau installé dans la métropole ivoirienne, ce consultant, proposé par les syndicats et pris en charge par l'Etat ivoirien, reçoit les anciens travailleurs de la multinationale, les assiste pour le payement de leurs droits de licenciement et les oriente vers de nouveaux secteurs d'activité. «Parfois, ajoute-t-il, ils sont partiellement actionnaires quand ils ne possèdent pas tout le capital des compagnies nouvellement créées».
Au Togo, au Bénin, en Côte d'Ivoire comme au Sénégal, ces anciens d'Air Afrique assurent le fret et l'assistance en escale pour bon nombre d'entreprises. «Une bonne partie de notre personnel vient d'Air Afrique, déclare Sylva Sagbo, de la West African Airlines. C'est une expertise assez recherchée que nous avons récupérée». Elle-même ancienne employée de la multinationale africaine, elle occupe actuellement le poste de chargée à la communication dans cette compagnie privée née fin 2002 à Cotonou et qui dessert plus de douze capitales du continent. Au Sénégal, les Lignes africaines de l'intégration, une société privée nouvellement créée, recrutent en priorité d'anciens travailleurs d'Air Afrique. «Au moins quinze de mes anciens collègues sont partis récemment à Dakar pour le test de recrutement», confirme Francis Agueh pour qui «le fait de dire qu'on est d'Air Afrique ouvre toutes les portes!».
L'expertise de ces anciens employés permet aux compagnies d'offrir à leurs clients des services de qualité (meilleur accueil au sol et à bord, sécurité des vols) et d'être plus compétitives dans un environnement hautement concurrentiel. A cela s'ajouterait un atout psychologique de poids: le fait de se retrouver entre anciens collègues créerait une bonne ambiance de travail et renforcerait l'esprit d'équipe. Les conditions d'emploi dans ces nouvelles sociétés sont, du reste, fort différentes de celles d'Air Afrique. Plus d'avantages inconsidérés! L'administration supprime (ou réduit au strict minimum) la distribution gratuite de billets au personnel; elle en interdit rigoureusement la revente parallèle et veille scrupuleusement à la facturation des surplus de bagages. «Plus rien n'est comme avant. Pour faire voyager ma propre mère en France, j'ai dû acheter le billet à la compagnie qui m'emploie actuellement. Air Afrique ne m'aurait jamais fait cela !», s'indigne un ancien travailleur.
L'irrégularité des salaires, parfois très bas, et la précarité de l'emploi dans certaines entreprises peu performantes amènent en outre les «vétérans» de la multinationale africaine à envisager d'autres carrières: formateur dans les écoles privées d'aviation ou agent commercial dans des entreprises de presse. «J'étais steward chez Air Afrique. Je suis partie dès que j'ai senti les difficultés qui venaient», révèle Pierrette Adams, la grande vedette de la chanson africaine, pour qui, curieusement, «des lignes aériennes à la chanson, il n'y avait qu'un pas!».
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