Hamidou Sagna
17 Décembre 2003
Une centaine de jeunes de la Casamance naturelle, de la Gambie et de la Guinée-Bissau ont engagé, depuis hier à Kolda, une vaste réflexion sur la paix dans la région Sud et le développement.
Le conflit de vingt ans qui sévit dans le sud du pays est au centre des secondes assises du Comité d'appui et de soutien aux activités de développement économique et social (Casades) à Kolda. Une centaine de jeunes de la Casamance naturelle, mais aussi de la Gambie et de la Guinée-Bissau ont engagé une vaste réflexion sur la paix et le développement. La rencontre, présidée par l'adjoint au préfet de Kolda qui avait, à ses côtés, le président du conseil régional, a vu la participation d'un représentant de l'ambassade des Etats-Unis.
Ces assises, deuxième du genre après celle de Ziguinchor en mai 2002, ont laissé exploser, comme on s'y attendait, le langage du coeur. «On parle de paix, mais on ne parle pas de déminage», s'est écriée Mme Fatoumata Kinté. «A Goudomp, à Adéane, à Sindone ou à Niaguis, les enfants qui reviennent de l'école, les femmes des rizières et les hommes qui vont à la cueillette sont sous la menace des mines enfouies sous terre», explique-t-elle. L'école, on le savait, paie un lourd tribut au conflit. Les enfants qui sont nés dans la guerre ne vont pas à l'école. Mais nombreux sont ceux qui ignorent la parade trouvée par l'Etat pour faire face à l'absence de maîtres dans les villages de Bignona. «Ce sont des jeunes du niveau du Cem qui sont envoyés en formation pour tenir des classes du Cp ou du Ce1», révèle M. Amadou Sané. Un silence d'église accueille le propos. Beaucoup de jeunes Casamançais l'ignoraient. «C'est extraordinaire», lâche un confrère pour marquer sa surprise face à cette réalité du conflit au sud du pays.
L'Etat est conscient de l'ampleur catastrophique du conflit. «Des familles entières sont écartelées. Les uns sont en Gambie, les autres à Bissau ou à Dakar», témoigne M. Latif Aïdara, chargé de mission du président de la République. «Plus de quinze personnes réfugiées passent la nuit dans une chambre en Gambie», témoigne M. Aïdara. De l'avis de M. Aïdara, «nous sommes dans une région meurtrie par vingt ans de guerre sans nom, souvent épisodique, épique. Il va sans dire que ce climat n'est pas propice au travail et au développement», argumente-t-il. Le réconfort, c'est que la Casamance n'est pas esseulée dans le drame qu'elle vit. «Le conflit a détruit le tissu économique de la région, mais pour l'ambassade des Usa, la paix en Casamance est importante», annonce le représentant de l'ambassade des Usa, principal appui financier du Casades. La générosité des jeunes de cette organisation ne suffira pas pour restaurer la paix, a semblé dire M. Nouha Cissé, professeur d'histoire et proviseur du lycée Djignabo de Ziguinchor. A l'en croire, à l'optimisme et à la force de l'âge des jeunes du Casades, il faudra ajouter des moyens. «Un sac vide ne peut pas tenir debout», a martelé M. Cissé. Le plus important, c'est que la paix s'inscrive dans la longue durée, «elle se bâtit patiemment, progressivement, comme le termite construit sa termitière», avertit M. Nouha Cissé.
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