L'intention était certainement bonne. Mais l'objectif n'a jamais été atteint.
Et pour cause ! L'Observatoire national de surveillance et de prévention de la corruption (ONSPC) n'aura pas vécu longtemps. Créé par décret présidentiel en juillet 1996, il avait pour principale mission de concourir à la transparence de la vie économique et des procédures publiques ainsi qu'à la prévention et à la lutte contre la corruption. Une mission somme toute impossible, ce qui a d'ailleurs fait sourire beaucoup de monde au moment de la création de cet organisme. Car, estimait-on, la corruption ne s'observe ni se surveille. La corruption se combat et se réprime à coups de textes de loi et de preuves irréfutables. Or, d'aucuns savent que la corruption ne peut être prouvée sans flagrant délit ni dénonciation. D'où la réprobation de la société de l'initiative. D'aucuns, en effet, considéraient qu'à l'instar des organismes créés à partir de 1994, l'ONSPC ne pouvait être qu'une institution de plus grevant le budget de l'Etat, sans efficacité aucune. En effet, si l'on se référait au bilan de cette institution, on remarquerait qu'il est sans substance. Censé remettre un rapport annuel sur la corruption aussi bie l'on remarquerait qu'il est sans substance aucune.s créés à partir dn au président de la République qu'au chef du gouvernement, l'ONSPC n'a jamais rendu publique ne serait-ce qu'une partie du bilan pour que l'opinion sache si réellement la chose publique est bien gérée.
La communication n'était pas le fort de cette institution. Ni conférence de presse ni séminaire et encore moins des communiqués n'étaient dans le programme de l'observatoire. Personne ne savait comment il opérait pour lutter contre la corruption ou encore comment il s'y prenait pour l'observer et la prévenir et encore moins si les administrations auxquelles il s'adressait, si tant est qu'il le faisait, coopéraient sans sourciller. Les passations de marchés douteux, la corruption, notamment au niveau des collectivités locales, étaient beaucoup plus le fait d'enquêtes journalistiques ou encore de dénonciations de citoyens ayant remarqué les pratiques non conformes à la loi. En fait, la corruption est observée beaucoup plus par ce qu'on appelle communément la société civile que par l'institution créée spécialement à cet effet.Dans bien des cas, la faiblesse psychologique, la décadence morale, l'absence de contrôle et l'impunité sont à l'origine du phénomène. Avec des revenus modestes qui ne les protègent pas, les agents n'hésitent généralement pas à monnayer leurs compétences ou les pièces. Procédures qu'ils détiennent contre espèces sonnantes et trébuchantes.
L'argent roi a investi les consciences et tout se fonde sur la richesse matérielle. Car, faut-il le signaler, ce fléau qui ronge la société n'existe pas seulement dans les APC, mais dans les différents secteurs d'activité. La justice est souvent montrée du doigt.Placés dans un contexte délétère, les magistrats sont enclins à tirer avantage de leurs charges en accédant au cercle vicieux de la corruption. Cette situation est favorisée par l'absence de contrôle qui conduit souvent les acteurs de la justice à agir au mépris des dispositions législatives et réglementaires. Quel a été le rôle de l'ONSPC dans tout cela ? Aucun, à notre connaissance. Pourtant, il faudrait peut-être s'interroger sur la limite des prérogatives de cette institution. Car partout ailleurs dans le monde où un observatoire sur la corruption a été institué, de larges prérogatives lui ont été octroyées. Comme par exemple celle d'être capable d'enquêter en toute indépendance, de recevoir des plaintes de victimes et d'enclencher des actions publiques. Cela n'a pas été le cas pour l'ONSPC, dont les missions ont été restrictives. Pourtant, la corruption a atteint un niveau suicidaire dans notre société.
Pis, elle est acceptée aujourd'hui comme un mode de vie normale, à telle enseigne que l'on n'éprouve plus aucun sentiment de culpabilité en la pratiquant. Dès lors, il est clair que ce n'est pas en instituant des organismes budgétivores, dont les missions prêtent elles-mêmes à confusion, que l'on arrivera à bout de ce phénomène ou à l'atténuer. C'est peut-être pour toutes ces raisons qu'une année après son investiture, Abdelaziz Bouteflika a décidé de dissoudre l'observatoire par un décret présidentiel pris le 11 mai 2000.

Comments Post a comment