Abdou B.
18 Décembre 2003
On a beaucoup écrit sur l'Année de l'Algérie en France, et c'est tant mieux, tant la diversité des points de vue, des critiques et des éloges ont de quoi garnir des étagères.
Le premier constat irréfutable est l'envergure de l'accueil populaire qui a été réservé en France par toutes les couches de la population, toutes les communautés, pour toutes les disciplines qui ont sillonné l'ensemble du territoire français. Au-delà des institutions étatiques, publiques et parapubliques, le mouvement associatif, les régions et les communes de France ont demandé jusqu'à la mi-2004 de la culture algérienne. Comme Paris (qui a eu de gros morceaux) n'est pas la France, le pays profond a suscité une demande qui a souvent débordé les organisateurs des deux côtés de la Méditerranée.L'un des gros et premiers bénéficiaires de Djazaïr 2003 a été sans conteste le cinéma algérien. Après la dissolution des entreprises cinématographiques publiques, disqualifiées par les mutations nationales et internationales, l'ensemble des professionnels du cinéma algérien, n'ayant pas su s'organiser et anticiper sur des transformations économiques, technologiques et financières inexorables, se sont retrouvés «orphelins». Faute d'alternative, ils continuaient à espérer une solution vouée à l'échec et qui consisterait à revoir l'Etat gérer la production et l'exploitation, à travers les APC ou d'autres démembrements étatiques.
Des velléités qui sont toujours présentes.Avec Djazaïr 2003, à travers une clause contractuelle qui faisait obligation aux films aidés d'avoir un producteur en Algérie, des maisons de production locales ont pu mettre le pied à l'étrier pour exercer le dur et compliqué métier de producteur. Avec des entreprises françaises, elles ont appris à négocier, à pratiquer un montage mixe algéro-français pour l'essentiel, et à parachever avec leurs partenaires une oeuvre dont certaines sont de qualité, comme le Soleil assassiné, déjà vu à Venise et premier lauréat au festival de Bastia et celui de J.-P. Liedo qui a trouvé une sortie dans des salles françaises. Ce qui ne s'était pas vu depuis Machaho, la Montagne de Baya et la Colline oubliée.Les frémissements d'une renaissance, dans le travail et surtout le financement, se sont fait sentir. Avec l'apport de l'Année de l'Algérie en France, la télévision algérienne, qui a coproduit tous les films, et le FDATIC qui a contribué pour que naissent tous les films retenus, des films sont terminés et certains ont déjà été vus en Algérie comme la Voisine de G. Bendeddouche, Mon amie, ma soeur de M. Lebcir et les Suspects de K. Dehane. Les autres seront montrés dans les semaines à venir.Les premières leçons sont faciles à retenir car les produits sont imprimés sur la pellicule.
Les producteurs privés algériens ont démontré qu'ils peuvent assumer leur rôle. Les réalisateurs savent faire des films et le FDATIC doit voir son volume multiplier par cent pour que d'autres oeuvres voient le jour grâce aux créateurs algériens qui habitent les deux rives de la Méditerranée. Quant à l'ENTV, elle assume parfaitement son rôle de producteur ou de coproducteur. Les rentes et les rentiers en seront pour leurs frais dans la mesure où les professionnels sauront s'organiser en un puissant groupe de pression qui fera entendre la voix de ceux qui produisent.
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