United States Department of State (Washington, DC)
Par Charles W. Corey, rédacteur du "Washington File"
17 Décembre 2003
Washington, DC — De l'avis de M. Erastus J.O. Mwencha, secrétaire général du Marché commun de l'Afrique orientale et australe (Common Market for Eastern and Southern Africa, COMESA), tant les Africains que les Américains s'accordent à penser que l'application de la Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA) a réussi lorsqu'il s'agit de faire valoir les bienfaits d'un accroissement des échanges bilatéraux, mais ils appréhendent de façon différente le système sur lequel repose le libre-échange.
Prenant la parole le 8 décembre à l'occasion d'une réunion de représentants du secteur privé, organisée dans le cadre du troisième forum de l'AGOA, M. Mwencha a souligné : "Nous sommes tous d'accord sur la mission de l'AGOA (de parvenir à un régime mondial de libre-échange équitable.) Nous sommes aussi d'accord sur le fait que la mondialisation est un fait et que l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est la meilleure institution pour libéraliser le commerce mondial et encourager le développement", a-t-il déclaré, ajoutant : "C'est sur la façon d'y parvenir que nous pourrions ne pas être d'accord."
Il a expliqué qu'il s'était intéressé à l'AGOA dès 1997, s'étant rendu aux Etats-Unis afin de militer en faveur de l'adoption de la version originale de l'AGOA, qui ne manquait pas de détracteurs à l'époque.
(Durant les trois premiers trimestres de 2003, les échanges entre les Etats-Unis et l'Afrique, dans le cadre de l'AGOA, ont augmenté de 59 % par rapport à l'année précédente et se chiffrent à 10,2 milliards de dollars. L'AGOA permet aujourd'hui au Lesotho d'exporter pour plus de 300 millions de dollars de marchandises par an ; elle a permis la création de plus de 21.000 emplois au Kenya et l'Afrique du Sud, par exemple, fabrique des Mercedes-Benz qui sont exportées vers les Etats-Unis.)
Il est important, a-t-il dit, de reconnaître que les pays en développement sont désavantagés du fait de leur infrastructure inadéquate, du manque de capitaux pour financer le crédit et de nombreux autres facteurs.
Et c'est pour ces raisons, a-t-il expliqué, que les pays africains et les autres pays en développement demandent d'être traités différemment.
Il est révélateur, selon lui, de constater les résultats de l'Afrique depuis la création du système d'échanges dans le cadre du GATT et ensuite de l'OMC.
"Dans les années 1950, la part de l'Afrique dans le commerce mondial se situait autour de 6 %. Aujourd'hui, elle atteint à peine 2 %, bien qu'il y ait eu sept ou huit séries de négociations dans le cadre du GATT, et maintenant de l'OMC. Par contre, on constate que les pays industriels s'en sont très bien tirés", a-t-il souligné, donnant ensuite des chiffres montrant qu'une plus grande libéralisation des échanges, dans le cadre de l'OMC, pourrait rapporter jusqu'à 30 milliards de dollars aux Etats-Unis et bénéficier grandement à l'Afrique si les marchandises produites par les pays africains se chiffraient seulement à 25 % de cette somme.
Les échanges s'intensifient entre les vingt pays membres du COMESA, lesquels ont enregistré une importante croissance l'année dernière.
Les échanges entre les pays du COMESA et d'autres pays ont eux aussi fortement augmenté et, a précisé M. Mwencha, c'est à la stabilité, à la prévisibilité, et à la conjugaison d'éléments appuyant le libre-échange que peuvent être imputées ces améliorations.
(Les membres du COMESA sont l'Angola, le Burundi, les Comores, la République démocratique du Congo, Djibouti, l'Egypte, l'Erythrée, l'Ethiopie, Madagascar, le Malawi, Maurice, la Namibie, le Rwanda, les Seychelles, le Soudan, le Swaziland, l'Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe.)
"Nous l'avons constaté nous-mêmes : des échanges passant de moins d'un milliard à plus de quatre milliards de dollars en très peu de temps à cause de ces éléments", a-t-il déclaré, rappelant cependant : "Les échanges, ce n'est pas simplement une question de droits de douane, et bien d'autres éléments et conditions se conjuguent pour leur donner de l'élan."
Faisant allusion à l'échec des récentes négociations de l'OMC qui se sont tenues à Cancun en septembre 2003, M. Mwencha a précisé : "En ce qui concerne les demandes de l'Afrique, le message n'a pas été compris. L'Afrique demande tout simplement d'être en mesure de participer au commerce mondial, et en particulier dans les domaines où les Africains ont un avantage comparatif (...), notamment l'agriculture."
C'est pour cette raison, a-t-il ajouté, que les pays africains suivent le plan de développement adopté à Doha. Ces pays souhaitent en effet accroître leurs moyens et participer au commerce international mais, a affirmé M. Mwencha, "c'est à l'Afrique que le maintien du statu quo, dans le cadre de l'OMC, nuit le plus".
"Il ne faudrait pas se figurer que l'Afrique se soit réjouie de ce qui s'est passé à Cancun. D'ailleurs, l'Afrique demande que ces négociations reprennent et prie pour qu'elles s'accompagnent de la souplesse qui permettra aux Africains de trouver des solutions à ces problèmes ardus", a-t-il indiqué.
L'Afrique, a-t-il dit en conclusion, a besoin d'une meilleure formation de sa main-d'oeuvre et de se familiariser avec les normes américaines de sécurité sanitaire des produits de façon que les exploitants africains puissent exporter leurs produits aux Etats-Unis.
Il a recommandé en outre une expansion de l'AGOA afin de promouvoir les échanges régionaux en Afrique. "Ce n'est que par le biais de l'intégration régionale que nous pourrons réussir un développement durable", a-t-il fait remarquer.
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