Le Patriote (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Me Kignima K. Charles (avocat de Séry Dago) : "Ce procès est une honte pour la Côte d'Ivoire"

Propos Recueillis Par Charles Sanga

18 Décembre 2003


interview

L'avocat du sergent Dago Séry s'élève contre les déclarations du procureur militaire, Ange Kessy et fustige le caractère politique du dossier.

Votre client sera jugé par un tribunal de droit commun. Quelles réactions de votre part ?

Charles : Un Tribunal de droit commun ? Ah bon.

Vous ne le savez pas, même pas la date du procès qui est fixée au 22 décembre ?

Je ne suis pas informé de ce que mon client sera traduit devant un tribunal de droit commun. C'est vous qui me l'apprenez. Ceci, pour dire que ce léger Commissaire du gouvernement ne fait pas bien son travail. En tant qu'avocat du mis en cause, jusqu'à ce jour, je n'ai reçu aucune notification de l'ordonnance de clôture de l'information.

Pourtant, le Commissaire du gouvernement dit que tout est bouclé.

Je dis que moi, je n'ai pas reçu de notification. La loi lui fait obligation et quand cela est fait, j'ai trois jours pour prendre connaissance du dossier. Que voulez-vous que je fasse ? Ce n'est pas à la presse qu'on parle. Il y a des règles dans le travail. S'il ne le sait pas, qu'il démissionne.

Allez-vous boycotter l

le procès ?

Pourquoi ? Que serait mon intérêt ? Même si on m'informe dix minutes avant le procès, j'y serai, dans l'intérêt de mon client qu'ils veulent briser.

Avez-vous à ce jour réuni d'autres preuves ?

Si vous venez à l'audience, vous allez entendre.

Mais, le Procureur dit qu'il a sept témoins à charge. En avez-vous à décharge ?

Je répète, venez à l'audience et vous entendrez. Ces témoins à charge, il les sort d'un chapeau de magicien.

Il parle des policiers et de l'avocat des 11 militants du RDR.

Je dis qu'il les sort de son chapeau, puisque moi, je ne les ai pas vus au cours de l'instruction. Comment peut-il faire intervenir au procès des gens qui n'étaient pas à l'instruction ? Qu'il le fasse et nous verrons.

Une expertise et une contre-expertise balistiques menées par un expert mandaté par le Tribunal de grande instance de Paris ont prouvé que la balle était bien celle de l'arme de votre client. Etes-vous d'avis avec cette accusation ?

Avant d'évoquer la balle, il faut d'abord prouver que l'arme qu'on présente est celle de mon client. C'est cela la question. Il faut d'abord établir que l'arme appartient à mon client. Après cet entretien avec moi, allez-y demander à n'importe quel policier le numéro de son arme. Il ne le sait pas parce que les policiers n'ont pas d'arme de dotation. Voilà un individu qui se dit expert, qui est commis par le tribunal de Paris, qui est saisi par la famille d'une victime selon la loi française qui dit que chaque fois qu'ils ont un ressortissant qui est victime d'une infraction quelque part, pour préserver les intérêts de leur ressortissant, ils doivent ouvrir une procédure civile. Vous pensez que ce témoin va être objectif ?

Vous parlez du droit français ou ivoirien ?

Je parle du droit français. Pensez-vous que tous ceux qui interviennent dans ce droit sont objectifs ? Le Français qui est arrivé est venu pour démontrer par tous les moyens que c'est nous qui avons tué leur fils pour prendre un peu d'argent parce qu'ils ont besoin d'argent. Ils ont demandé 6,6 milliards de dommages et intérêts. Ils ont besoin d'argent. Ils n'ont pas honte. C'est nous qui allions demander l'argent là-bas. Maintenant, ce sont eux qui viennent nous le demander. Donc, ce que Ange Kessy raconte ne m'engage pas.

Avez-vous une remarque particulière sur la célérité avec laquelle l'enquête a été menée?

C'est une honte pour la Côte d'Ivoire. C'est une procédure qui a été bâclée.

Selon vous, ce procès est-il politique ?

Oui, c'est un procès politique. Une affaire dans laquelle le Président de la République intervient est forcément politique. C'est à cause de cela que Ange Kessy s'excite. Il pense qu'après cela, on va le nommer ministre alors qu'il sera mis aux archives.

Pourquoi ?

Parce qu'il est nul, il ne vaut rien. Il a bâclé l'affaire. Il se précipite et c'est à la presse qu'il parle. Est-ce que c'est la presse qui est le tribunal ? A-t-il besoin de vous rappeler pour vous dire qu'il a des preuves ? Quand on est sûr de son fait, on reste serein. Le jour du procès, on va dire que la presse en a déjà parlé. C'est une façon de corrompre les juges qui seront présents. En droit, on appelle cela la subordination de témoin. Il influence le témoin avec le battage médiatique.

Demanderez-vous la relaxe pure et simple de votre client ?

Oui, je demande sa relaxe pure et simple pour délit non établi. C'est déplorable, mais c'est par la presse que je suis informé du procès de mon client. Ange Kessy fait la honte de l'administration ivoirienne.

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