Dembagnick Diagne
18 Décembre 2003
La région de Diourbel dispose d'un patrimoine culturel très riche. Le visiteur qui débarque pour la première fois dans la Communauté Rurale de Patar, localité située à une dizaine de kilomètres de la capitale du Baol, est vite séduit et impressionné par la belle histoire du "Jam Sambé" (traduire la paix de Sambé).
C'est un tam-tam sacré qui battait tout seul pour prédire un évènement ou annoncer la mort imminente d'un chef de famille. Ce tam-tam a disparu, cédant la place aux commentaires et autres supputations. Même si elles sont restées profondément marquées par ce phénomène culturel, les populations de Patar sont résolument tournées vers leur avenir. Autant elles parlent de cet instrument mystique et autant elles se battent pour développer leur terroir...
Après avoir parcouru un trajet de 6 km, nous nous retrouvons dans la Communauté Rurale de Patar, juste au moment où les premiers rayons du soleil réchauffent les persiennes des villages de Sambé et de Tokossone. Certaines femmes sont encore autour de la marmite pour la préparation du déjeuner. A mesure que nos pas résonnent sur la piste latéritique, les cristaux de gravillon cliquettent et laissent ruisseler de petites pièces qui teintent. Nous nous enfonçons dans la perspective de la rue déclive qui mène vers Sambé-École. Ici, la nature charrie le bonheur, entretient certains bûcherons têtus qui ne pensent qu'à nourrir leur progéniture avec la mort des arbres. On constate cependant, dans cette localité qui regroupe 40 villages pour 16.000 habitants et une superficie de 113,52 km2, que les populations caressent des rêves d'espérance. Elles sont fières de raconter que Sambé fut la première capitale du Baol (les colonialistes français s'y étaient installés pendant une longue période). Ce village a été également à l'époque de Lat Dior Ngoné Latyr Diop, un grand champ de bataille. C'est pourquoi, jusqu'à présent, on parle des "grandes batailles de Sambé". Autant de raisons qui font que, de l'avis de cet homme, le poids du défi n'est pas si lourd à porter : "je suis un ouvrier boulanger domicilié à Hodjil. Je travaille à Diourbel. Tout ce que je peux vous dire, c'est que les populations de Patar (Ndoulo) sont fières de leur terre et de leur culture de tradition et de paix. Nous partageons tous ce sentiment d'appartenir à une même famille. Ceci nous oblige à nous retrouver autour de l'essentiel, qui consiste à aplanir ensemble nos difficultés en vue de développer notre terroir », souligne-t-il, faisant valser son regard entre l'air et notre chair.
Un regard narquois qui se perd et qui ne s'arrête sur rien. Avant de nous quitter, il visite la vaste poche de son tablier de mitron pour sortir un porte-monnaie blanc de farine, d'où il extrait un petit bout de papier sur lequel sont mentionnés le numéro de téléphone du président du conseil rural Ngor Sène et l'adresse du vieux Gana Faye, patriarche du village de Sambé-École. A quelques encablures du village de Djakaeldig, la chaleur devient torride, suffocante et nous faisant boire plus que d'habitude. Dans cet endroit paradisiaque de Patar, on voit tout de suite un petit volume d'eau usée dégouliner par une sorte de ravine. « Elle provient, certainement, nous dit notre accompagnateur, d'une chambre à air mal remplie ; si c'est le cas, les femmes éprouvent souvent des difficultés à transporter le contenant à bord d'une charrette. Avant d'arriver à destination, il arrive malheureusement que la chambre à air vide la moitié de son contenu.
C'est pour vous dire que le problème d'approvisionnement en eau demeure entier à Patar », précise-t-il, avec véhémence, le verbe haut, sur un ton revêche. Nous tenons à vous dire, renseigne un groupe de femmes, que nous avons des problèmes d'adduction d'eau. Patar ne dispose que de deux forages installés dans les villages de Thiobé et de Patar-Centre, construits par le gouvernement. De nombreux villages ne sont pas alimentés par ces ouvrages hydrauliques et sont obligés de se contenter de puits. Nous demandons au gouvernement de nous aider à disposer d'un grand poste de Santé dans le village-centre de Djakaeldig. Nous n'avons que deux postes de Santé, qui ne peuvent pas satisfaire 40 villages. Aussi, seuls les villages de Patar, Sambé-École, Tokossone 1 et Darou Sambé sont connectés au réseau électrique. Le téléphone n'existe qu'à Tiobé, Patar et Sambé-École où l'on compte des cabines téléphoniques et des branchements domiciliaires », nous balancent-elles vertement, en buvant leur jus de « bissap ». Une nature voluptueuse et une beauté touristique se cachent derrière Sambé. Ici la vue est remplie par une rangée de hêtres pourpres et d'acacias. Ces arbres sont étagés, adossés à une armée d'épineuses rabougries. Dans une concession du village, un vieil homme en soupirant, dans un hamac de fortune, gémit : « nous ne pouvons pas vendre notre arachide à 150 francs/kg. Cela ne nous arrange pas.
Il faut que le gouvernement revoie ce prix à la hausse. Chaque année, nous avons des problèmes de commercialisation agricole. Nous sommes traqués par les « bana-bana » qui sont à l'affût. En cette veille de Korité, nous risquons encore de brader nos récoltes à vil prix pour résoudre nos problèmes ponctuels. A Patar, nous dépendons exclusivement des cultures sous-pluies. Nous produisons le mil, l'arachide, le niébé, les pastèques et du « bissap ». Le maïs est une culture de subsistance. Le mil existe en abondance dans certains villages, pendant que d'autres localités de Patar en manquent sérieusement. Même cette année, nous n'avons pas eu beaucoup d'arachide, car le problème d'approvisionnement en semences se posait avec acuité en début de campagne. Le niébé nous procure des ressources additionnelles nous permettant d'acheter du riz et autres denrées de première nécessité ».
Un autre gaillard trapu et aussi affirmatif, renchérit, en confirmant ces propos. C'est un bûcheron qui s'exprime avec hargne, tout en se cramponnant à la cognée qu'il vient de ficher dans un tronc d'arbre : « nous envisageons de mettre en commun nos moyens en vue d'évacuer vers l'usine une grande quantité d'arachide. Mais nous persistons. Ce prix est à revoir », souligne-t-il en continuant d'agir au milieu des arbres embossés dans une pelouse attrayante, s'imbriquant ainsi comme des mâts enchevêtrés de navires. Nous quittons enfin ces branches de fromager que nous entendons craquer avec un bruit de bataille aérienne, ces hêtres hauts comme des piliers de cathédrale, cette belle unité de cultivateurs qui refusent d'être taillables et corvéables à merci, cette intuition phénoménale des ressortissants de Patar qui n'acceptent pas qu'on leur marche sur la langue, préfèrent plaider, à leur manière, pour leur cause.
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