Le Soleil (Dakar)

Sénégal: A batons rompus avec le président du conseil rural

18 Décembre 2003


A Patar, selon le président du conseil rural Ngor Sène, l'aménagement des terres de culture a obstrué les voies de passage du bétail. Ceci a entraîné un manque de pâturages et des conflits entre cultivateurs et éleveurs Ces derniers finissent toujours par transhumer vers le Djolof au mois de mai pour rentrer au bercail en décembre.

La viande nous coûte entre 1.200 et 1.400 francs, le vendredi au « louma » (marché hebdomadaire) de Thiobé. Les mêmes prix sont pratiqués le samedi au « louma » de Patar. Au mois de décembre, nous avons souvent beaucoup de produits laitiers. Quant à la volaille, elle a un bon effectif, mais elle est parfois ravagée par des maladies que nous ne maîtrisons pas. Le commerce est florissant. Nous avons beaucoup de boutiques achalandées en denrées de base. Le « louma » de Thiobé nous offre des opportunités de traiter des affaires. « Le problème de Patar, poursuit Ngor Sène, est celui des jeunes, les plus chanceux font de l'agriculture, pendant que les autres sont au chômage. C'est l'occasion pour nous de rendre un hommage soutenu à l'équipe du Colonel Moumar Guèye, qui nous aide sur tous les plans et à tous les niveaux. Grâce au projet agroforestier de Diourbel, nous disposons de forages nous permettant de résoudre nos problèmes d'approvisionnement en eau potable, d'abreuvement du cheptel et de maraîchage. Quant au poisson frais, nous arrivons à en disposer tous les jours par le biais de certains commerçants de Sambé, qui vont se ravitailler chaque matin à Diourbel pour nous revendre le « yaboye » (sardinelle) à 50 frs pièce.

Le poisson fumé (kéthiakh), le poisson sec et le salé-séché, sont également à notre portée », se réjouit le président du conseil rural. Parlant de l'éducation, Ngor Sène précise que Patar dispose de 13 écoles de 2 à 6 classes : « mais nous avons besoin d'un CEM, puisque nous avons un bon pourcentage de réussite, à l'issue de l'entrée en 6e. C'est regrettable de vous dire que les élèves de Patar, qu'on affecte à Diourbel pour y suivre les cycles moyen et secondaire, ont souvent tendance à abandonner les études si les conditions d'hébergement, de restauration et de transport sont défavorables. Nous souhaitons aussi un renforcement du personnel enseignant, du matériel scolaire » (fournitures et tables-bancs). « Les problèmes de santé publique inquiètent également. Le paludisme, les diarrhées et les dermatoses nous empêchent de dormir. Mais nous poursuivons la sensibilisation pour l'utilisation des moustiquaires imprégnées. Il serait nécessaire que Patar dispose de cases de Santé, davantage de médicaments, d'un poste de Santé à Djakaeldig, que les problèmes des évacuations sanitaires soient résolus. Il nous arrive très souvent de constater le décès d'une femme enceinte au cours d'une évacuation. Il nous faut donc une ambulance dans les plus brefs délais ». De Sambé à Thiobé, en passant par Patar, Tokossone 1 et 2, Sambé-Peulh 1 et 2, Sambé-Nguent, Niakhène, Gappo, Khodjil et plusieurs autres villages, il est très difficile de trouver quelqu'un qui accepte de parler de ce tam-tam qui battait tout seul.

La légende du tam-tam qui joue tout seul

On nous a raconté tout simplement que ce tam-tam sacré, dont l'origine est inconnue, a été découvert par un savant du nom de Thiollé. Jusqu'à une époque récente, précisant nos sources, ce tam-tam était suspendu dans une case aménagée spécialement, ne touchant terre que pour être utilisée pour des rassemblements mystiques. Selon la légende, l'homme ayant essayé de voir ce qu'il y avait à l'intérieur serait devenu aveugle avant même que sa curiosité ne soit satisfaite. Certains soutiennent aussi que cet instrument est un tama (tambour d'aisselle) et ne peut sortir des limites du terroir de Sambé. Si on le porte jusqu'aux limites et qu'on veut le dépasser, il s'alourdit au point qu'on ne puise supporter son poids. Selon certaines informations recoupées et vérifiées auprès du vieux Gana Faye, de Ngor Sène, de Latyr Sène, agent en poste à l'Inspection régionale du Travail, un chasseur du nom de Diéno Ndiass, originaire du Sine, aurait surpris un jour un charognard perché du haut d'un arbre, en train de communiquer avec un phacochère qui s'affairait en bas autour de cet instrument.

Pendant que l'on guettait les dangers en haut, l'autre supervisait ce qui se passait en bas. De ce langage ésotérique, Diéno comprit que cet instrument, que détenait le phacochère, devait être le symbole de la paix à Sambé. Autrement dit, le phacochère expliquait au charognard les raisons pour lesquelles les populations de Sambé devaient entretenir cet instrument. Du coup, Diéno tua le phacochère pour s'emparer de l'instrument. "Jam" veut dire la paix, Sambé vient de "Sam" qui veut dire le nid. A l'époque, souligne M. Sène, les circoncis avaient l'habitude de venir rôder autour de l'instrument pour sacrifier à la tradition. Les séances de lutte traditionnelles étaient les moments opportuns pour utiliser ce tam-tam qu'on n'arrivait pas à soulever si la manifestation ne durait pas. Cette légende vivante fait couler beaucoup de salive dans la Communauté Rurale de Patar, occupée par les Sérères (en majorité), les Wolofs et les Peulhs. Elle a toujours été le pôle de convergences des familles Sène, Faye, Diouf, Ngom, Pouye, Sarr, Tine, Ndiaye, Sow, Kâ, Ba, Diop, Fall, etc. Au passé glorieux et à la culture riche et variée, Diourbel est une terre de rencontre et de convergence. Chose exceptionnelle : les légendes sont les plus proches de la réalité quotidienne. Les rites se confondent de façon inextricable au vécu, tandis que la tradition se vit quotidiennement dans sa pure originalité. Un patrimoine culturel dont l'intensité est immense, Diourbel en regorge sur le plan historique... La mosaïque des valeurs qui composent le paysage culturel, son ouverture séculaire aux apports fécondants de l'extérieur, la dynamique harmonie qui a soutenu les relations inter-ethniques, sont des facteurs sûrs du patrimoine artistique régional. La conjonction de ces éléments à la fois humains, géographiques, historiques et religieux, oblige Diourbel à jouer un rôle de point de convergence à multiples facettes, vocation que ni le passé, ni le présent, ne peuvent effacer des esprits. Mieux encore, la culture y est perçue comme une source où les générations vont boire par le biais de l'éducation qui est le meilleur moyen pour la transmettre. Les sites historiques sont d'inspiration mystique, où se trouvent des fétiches et où le plus souvent l'autorité administrative ne se rendait jamais. Ndeuksi, dans l'arrondissement de Ndoulo, était le génie protecteur du village qui préservait les populations au recrutement pour le service militaire (pendant les grandes guerres) et du paiement des impôts, en jetant le mauvais sort sur l'autorité ou l'agent chargé d'exécuter cette tâche. Le génie est un serpent qui a droit à tous les sacrifices accompagnés de séances mystiques qui se déroulaient dans une atmosphère particulière.

Une vieille terre d'histoire

Pour le fromager-miracle de Ndoumbé Diop, dans une ville de Diourbel, la tradition orale fait état de l'emplacement miraculeux de l'arbre sur le prolongement de la vallée du Sine. Risquant d'être abattu par un bûcheron, qui y avait planté sa hache, la veille, l'arbre se serait déplacé le lendemain à la surprise du bûcheron et des populations, avant de s'installer à l'emplacement actuel du Centre artisanal de Diourbel. Bien que déraciné, il portait à son sommet, le mardi, un rameau de feuilles. Le baobab de Nghaye, dans l'arrondissement de Ndindy, fut un lieu de rassemblement des Sérères à l'approche de l'hivernage, pour l'organisation de séances de divination. Le gouye-ndigueul de Lambaye, c'est baobab historique à Lambaye, ancienne capitale du Baol, témoin et symbole de la très tumultueuse histoire dudit royaume dont il portait, sur son vieux tronc, les signes étrangers. Il a abrité les confrontations des glorieux « Teignes » du Baol et du Cayor. Le géant serait déraciné par le sabot du cheval d'un prince en mauvaise posture lors d'une bataille célèbre. Les champs, qui l'entourent, conservaient, jusqu'à une période récente, les traces des batailles.

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