Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: L'argent des émigrés retourne à l'étranger

Abdoulaye Agne

18 Décembre 2003


Les émigrés sénégalais dont le nombre exact est difficilement maîtrisé par une statistique fiable des ambassades et consulats, envoient des devises au Sénégal, qui pour régler la dépense journalière de sa famille, qui pour bâtir une maison, qui pour contribuer à la construction de la mosquée du village, d'un centre de santé, d'une école, d'un marché, d'un puits à travers des canaux divers comme Western Union, le biais d'un compatriote se rendant en vacances au pays, le système modou-modou qui consiste à remettre des francs Cfa par l'intermédiaire d'une correspondance locale alors que les devises ne sortent pas du pays émetteur où vit l'émigré.

Des centaines de milliards de francs Cfa sont injectés dans l'économie nationale tous les ans dans le secteur de la consommation plutôt que dans celui de la production. La majeure partie de cette manne financière va grossir la consommation de certains villages sénégalais au point où maintenant le numéraire de transaction avec les commerçants villageois est l'euro ou le dollar.

Il est reconnu que la majorité des émigrés sénégalais provient des villages ou des régions de l'intérieur plutôt que des grandes villes comme Dakar. D'ailleurs, aujourd'hui, un fait remarquable est que dans certains cas, la pauvreté est plus ressentie à la ville qu'au village où les hommes valides sont partis dans les pays du Nord en quête d'Eldorado.

En dépit des systèmes légaux de transactions à travers des institutions comme Western Union où l'Etat prélève des taxes, toutes les autres formes de rémittences, non seulement grossissent la consommation observée macro-économiquement, mais favorisent aussi un impact négatif sur l'économie nationale traduit par un manque à gagner en termes de taxes invisibles et un déficit accru de la balance commerciale.

Ce qu'il faut surtout relever, c'est que l'argent des émigrés va de plus en plus dans la consommation de produits importés. A l'analyse, l'on se rend compte que, hormis les produits alimentaires achetés dans le commerce pour la nourriture des familles, l'investissement est orienté plus vers le bâtiment qui utilise des matériaux importés. L'on est tenté de lancer cette boutade qui consiste à dire que «quand le bâtiment marche au Sénégal, l'économie ne marche pas».

Si les émigrés investissent dans la consommation constituée de produits manufacturés á l'étranger, de matériaux de construction et de consommation durable comme télévisions, vidéo, câbles, voitures, matériels agricoles etc., l'argent injecté au pays subit un effet boomerang, c'est-à-dire qu'il retourne dans les pays développés qui sont les pays d'émission de devises.

Dès lors, il est urgent d'implémenter les voies et moyens déjà identifiés afin de canaliser cette manne d'argent vers l'investissement productif pour que l'impact positif dans l'économie nationale soit ressenti á travers une création d'emplois pour résorber le chômage des jeunes.

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Le ministre des Sénégalais de l'extérieur devrait s'atteler à mettre en oeuvre les conclusions du Symposium des Sénégalais de l'extérieur qui a eu lieu à Dakar avec l'avènement de l'alternance et qui recommandait la création d'une banque des Sénégalais de l'extérieur, entre autres propositions.

Avec l'existence d'une institution financière par les émigrés en partenariat avec l'Etat au Sénégal dans une relation transparente publique - privée, avec des branches dans les pays á forte concentration d'émigrés sénégalais et, gérée par les compétences sénégalaises existantes, l'argent des émigrés pourra être retenu au pays et servir à la croissance de l'économie nationale au bénéfice du développement durable.

Vice-président de la Commission des affaires économiques, financières et des investissements du Conseil supérieur des Sénégalais de l'extérieur (Csse)

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