Par : Adramé DIAKHATE Professeur au lycée Abdoulaye Sadji, Rufisque
18 Décembre 2003
analyse
L'observation de deux faits me pousse à partager certaines réflexions qui peuvent aider sans doute à parvenir à des propositions constructives.
Dakar étouffe, cela est connu et, de plus en plus, on pense délocaliser certaines structures pour la décongestionner. C'est le cas de la nouvelle capitale prévue dans la zone de Mékhé-Pékesse-Lompoul, du nouvel aéroport de Ndiass et du carrefour stratégique de Diamniadio qui devrait, à terme, abriter les abattoirs, les dépôts de bois, de charbon et les poissonneries. Cela prouve donc que les autorités sont bien conscientes de la situation et cherchent à lui trouver des solutions durables. Alors comment peut-on comprendre que l'on continue à laisser certains promoteurs spéculateurs revendre au prix fort les moindres recoins dans des cités déjà livrées à des attributaires et cela au mépris des normes urbanistiques les plus élémentaires qui prévoient des espaces de jeux et de loisirs ?
Cet état de fait banalisé de nos jours dans bon nombre de nos quartiers est gros de danger et mériterait qu'on s'y penche plus résolument, mais aussi que les auteurs de pareils forfaits soient identifiés comme des criminels et punis comme tels. Aussi si certains promoteurs privés obnubilés par le gain et bénéficiant en toute impunité de la complicité de certains agents de l'Etat, mettent en danger la vie de nos populations, on ne comprend pas que les autorités puissent cautionner pareille entreprise d'engorgement et d'étouffement des sites d'habitation urbains et de mise en danger des Sénégalais.
Dans le même ordre d'idées, nous avons constaté, depuis un certain temps, le déboisement de certains espaces verts qui réduisent gravement la capacité de régénération de Dakar : la forêt de Petit-Mbao dont l'occupation par la Sicap nous fait redouter la suppression de la réserve de gauche qui va vers Keur Massar ; l'espace déboisé après Grand-Mbao qui doit, dit-on, accueillir je ne sais quel projet dans cet environnement dont la dégradation a commencé avec la mise en activité de l'usine de fer ; l'ancien jardin d'essai de l'Isra viabilisé et en instance de construction.
Je m'en tiens à ces exemples simplement parce qu'ils sont les plus visibles, étant sur la nationale 1. Le ministre de l'Environnement et son collègue de l'Urbanisme sont patriotiquement interpellés sur ces dérives car j'estime, pour ma part, qu'il faut par-delà la critique de la courte vue sauvegarder la volonté politique nécessaire pour combattre la cupidité dommageable à l'avenir des générations futures. La deuxième réflexion concerne les risques que l'on fait courir aux populations à travers le transport par route de produits dangereux comme l'acide sulfurique sous forme de granulés jaunes déversés régulièrement le long de la nationale 1. Dernièrement, un camion remorque échoué au croisement de Keur Massar a déversé tout son chargement de soufre que d'innocentes victimes mues par le simple désir de rendre service se sont mises à recharger dans leur ignorance et au mépris de leur santé. Et après cela, on va nous parler d'entreprises qui font des milliards de bénéfices ! Mais à quel prix ! Il est temps qu'on se penche sur ces grands problèmes d'environnement et de santé publique qui sont les maux de nos sociétés. L'inconscience d'une opinion incapable de réagir ne doit pas être une excuse. L'Europe est en train de payer ces négligences pour avoir fait la sourde oreille à de pareils comportements.
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