Johnson Mbengue
18 Décembre 2003
interview
Pour être désigné pays organisateur de la 16e session de l'Assemblée générale de l'Organisation mondiale du tourisme (Omt), le Sénégal a dû batailler ferme à Beijing. Et avec une candidature bien préparée et un intense lobbying, il a remporté cette bataille diplomatique, ainsi qu'en témoigne le représentant régional pour l'Afrique de l'Omt, M. Ousmane Ndiaye.
Le Sénégal est désigné pour abriter l'Assemblée générale de l'Omt en 2005. Qu'est-ce qui justifie ce choix ?
D'abord, parce que le Sénégal présentait tous les atouts. Cette question a été discutée dans un premier temps au niveau de la commission africaine à Beijing, en Chine. Tous les pays africains membres de la commission avaient appuyé la candidature du Sénégal. Evidemment, il y avait d'autres candidatures, mais celle du Sénégal était la mieux préparée parce qu'elle réunissait toutes les conditions. La proposition portée en plénière a été approuvée par l'ensemble des pays par applaudissements.
En tant que Sénégalais, vous avez dû contribuer à faire peser la balance du côté de votre pays...
Nous sommes neutres. Je précise qu'en tant que fonctionnaire international, je ne pouvais pas agir sur le choix du Sénégal dont le ministre du Tourisme a fait un excellent travail lors de la 15e Assemblée générale de l'Omt qui s'est tenue récemment à Beijing (Pékin). C'est grâce à ses capacités de dialogue et d'ouverture que le Sénégal a été choisi.
C'est donc une bataille diplomatique que le Sénégal a gagnée à Beijing?
Effectivement, c'est une bataille diplomatique que le Sénégal a gagnée haut la main grâce à une candidature fiable, soutenue par l'ensemble des pays. Je voudrais préciser que c'est vraiment un succès, dans la mesure où c'est la première fois dans l'histoire de l'Organisation mondiale du tourisme qu'une assemblée générale se tient dans un pays africain, surtout après sa transformation en une institution spécialisée du système des Nations-Unies. Et la rencontre de Dakar 2005 marquera un tournant important dans les annales de l'Omt.
Pourquoi Dakar 2005 constituera-t-elle un tournant dans la vie de votre institution?
La 16e session de l'Omt donnera plus de visibilité au secteur du tourisme. En devenant une agence spécialisée du système des Nations-Unies, l'Omt aura des retombées au niveau des pays membres. Comment? D'abord, le secteur du tourisme sera reconnu par les pays comme un secteur prioritaire pouvant contribuer réellement aux objectifs de lutte contre la pauvreté. L'Omt va diversifier ses sources de financement, surtout pour aider les pays en développement. C'est ainsi que nous allons mettre en place une agence qui va s'occuper du financement des projets. Nous aurons aussi à examiner, pendant cette assemblée générale, beaucoup de questions, dont le programme général de travail qui inclut des volets importants. Au niveau de la coopération pour le développement, l'Omt envisage de mettre en place un fonds dénommé en français Développement durable du tourisme pour la lutte contre la pauvreté. L'un des plus grands défis est comment concevoir la forme de tourisme la plus appropriée pour pouvoir aider les populations locales à mieux tirer des bénéfices de ce secteur, dans la perspective de la lutte contre la pauvreté. C'est une des questions que nous allons discuter à Dakar. Et cela est très important.
Quelle lecture faites-vous du tourisme au Sénégal?
Ousmane Ndiaye :Le Sénégal est un pays qui a un potentiel touristique très important et assez varié. Le pays a initié le développement du tourisme très tôt par rapport à certains autres pays africains. L'Etat avait consenti, dès le départ, des investissements énormes pour mettre en chantier le secteur du tourisme. De nos jours, je ne peux pas vous dire le chiffre exact que le Sénégal a, mais c'est de l'ordre de 500 000 arrivées de touristes qui ont été recensées. D'une manière générale, le secteur du tourisme est un secteur porteur de développement, qui crée des emplois et fait gagner aux pays en développement des recettes en devises dont ils ont besoin pour leur économie. Ce qui est surtout important, c'est que le tourisme présente des créneaux porteurs pour les populations locales. Et ceci à travers des projets à hauteur d'hommes et que les populations locales elles-mêmes peuvent gérer. Si on prend le cas du Sénégal, il y a une expérience qui a été tentée en Casamance, notamment sur le tourisme rural intégré. Cette approche avait permis aux populations locales de prendre elles-mêmes la destinée du secteur dans la région avec des projets pilotés à un niveau local. Et les revenus sont immédiatement utilisés pour le développement de ces terroirs.
La fiscalité ne constitue-t-elle pas un facteur pénalisant en ce qu'elle agit sur les prestations ?
Pour qu'une destination soit compétitive, il faudrait que, sur le plan international, elle puisse être au même niveau que les autres destinations concurrentes. Mais si les taxes sont nombreuses, il y aura des incidences sur les prix. Et l'on dit souvent que trop de taxes tuent le tourisme qui est en quelque sorte la poule aux oeufs d'or. Les gens ont toujours tendance à penser qu'il faut beaucoup taxer. Je crois que les Etats africains devraient également tenir compte de cet aspect. Il serait souhaitable que des mesures puissent être trouvées pour pouvoir alléger la taxe, parce que les retombées du tourisme sont plus importantes que la taxe elle-même. Un secteur comme le tourisme est un créateur d'emplois. Les emplois engendrés par le secteur et leur impact sur la société sont plus importants que les taxes directes qu'on peut y gagner. Le secteur du tourisme qui se développe de façon durable garantit au moins des emplois qui ont des implications plus importantes au niveau des populations. En plus, le tourisme a la faculté de contribuer à la redistribution de la richesse dans ce pays.
Les professionnels du secteur sont aussi confrontés au problème de l'accès au financement.
Si on interroge l'histoire, les pays qui ont réussi dans le domaine du tourisme sont ceux dont les gouvernements ont su tôt créer des fonds de développement, des institutions de financement destinées au tourisme. C'est le cas de la Tunisie, du Maroc, etc. Je crois qu'ici même au Sénégal, il existait une institution de financement qui s'appelait la Sofisedit et qui avait pour vocation de prêter aux gens qui sont intéressés par le secteur du tourisme. Il est important de tenir compte aussi de cela. Il faut faciliter l'accès au crédit aux résidents. On peut citer, par exemple, le crédit hôtelier pour ceux qui veulent investir dans le domaine de l'hôtellerie, faire la même chose pour les agences de voyages. Il faudrait des mesures pour faciliter l'investissement dans le secteur du tourisme. Propos recueillis par
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