Stéphane Tchakam
18 Décembre 2003
Dans le sillage du fan des Lions indomptables, de petits groupes se sont formés pour harceler les personnalités à Douala.
Ils sont de toutes les manifestations et cérémonies publiques à Douala. Ils raffolent des inaugurations, des meetings politiques et autres installations d'autorités dans leurs fonctions. C'est là qu'ils trouvent leurs cibles et traquent littéralement leurs proies : les grosses légumes de la politique, de l'administration, des affaires, de la culture ou du sport. C'est Ngando, le célèbre fan des Lions indomptables, qui a montré le chemin et fait des émules. Sur le modèle de son groupe de supporters, d'autres petits ensembles se sont formés, non pas pour crier leur passion pour les footballeurs, mais pour gagner leur pain. Le scénario est presque toujours le même. Cinq ou six et tous vêtus d'un uniforme, ils arrivent dans un ramdam du tonnerre avec leurs instruments de musique artisanaux : cymbales, timbales et autres. Bref, tout ce qu'il faut pour faire le plus de bruit possible et se faire remarquer. Ils chantent les mêmes rengaines et étalent également leurs talents de danseurs de " zingue ".
Le spectacle peut commencer. Avant la cérémonie, ils chauffent l'ambiance et ne se gênent pas pour servir quelques intermèdes entre les discours prononcés. Une fois la cérémonie terminée, c'est l'embarras pour les personnalités. Elles sont proprement encerclées lorsqu'elles s'apprêtent à se retirer. Le stratagème consiste à leur chanter quelques invariables louanges. " Olanguena, o boso é ! ", " Gounoko, o boso é ! ", " Yves Michel Fotso, o boso é ! " ou encore " Etonde Ekoto, o boso é ! ". Censées être flattées par la phrase qui leur demande d'aller de l'avant, les huiles doivent faire un geste et lâcher quelques billets de banque. Autrement, elles ne sortiront pas des griffes de ces gars-là. Poussant le " raffinement " et l'opportunisme plus loin, certains des groupes ne se séparent jamais du drapeau national. Dont ils n'hésitent pas à recouvrir le gibier. Tout est bon pour le persuader à " casquer ".
Harcelées, craignant de perdre la face, ou redoutant de se tailler une réputation de pingre, les personnalités ont joué le jeu. Seulement, c'en est sans doute trop puisque c'est chaque jour la même chose. Leur agacement est très visible et il arrive de plus en plus que les services d'ordre ou même les gardes du corps de certaines huiles aient maille à partir avec ces griots des temps modernes. Pour certains, il ne s'agit ni plus ni moins que d'une mendicité dépouillée de ces oripeaux habituels. Il est à parier que Ngando apprécie très peu que l'on marche ainsi sur ses plate-bandes. Une concurrence féroce s'est en effet installée entre les pionniers et leurs clones. Qui se rejoignent tous sur un point : il faut bien bouffer.
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