Thiéry Gervais Gango
18 Décembre 2003
Camerounaise, elle est très impliquée dans le développement des arts et de la culture au Sénégal.
Aux dernières Rencontres de la photographie africaine de Bamako, une jeune dame brille par la facilité avec laquelle elle manie, selon les interlocuteurs, le français, l'anglais et l'allemand. L'intonation, dans chacun des cas, est remarquable. Fluide. Dans l'ambiance joyeuse qui accompagne le train des événements, on la remarque forcément. L'argent de ses bijoux, le sourire éclatant qui fleurit sur ses lèvres, sa mise, sa tenue et son raffinement lui donne l'allure d'une princesse assise là, majestueuse et accessible. Elle fait la traductrice bénévole. Mange en prenant son temps. La pause de midi est terminée. Il faut courir pour assister à un vernissage. Elle range ses affaires et se lève avec nonchalance. Se déplace comme si elle pénétrait le sein d'un gala. Puis disparaît. Elle s'appelle Koyo Kouoh. Une Camerounaise qui conduit la délégation des photographes sénégalais à la biennale malienne. C'est le commissaire de l'exposition nationale du Sénégal. Le pays où elle réside depuis quelques années.
" Je suis, dit-elle, une jeune teen-ager qui part du Cameroun à l'âge de 13 ans pour retrouver mes parents en Occident. " Là-bas, en Allemagne puis en France, elle passe sa vie d'ado et suit un cursus scolaire et académique couronné par un diplôme d'administrateur bancaire. Le temps de l'emploi arrive. Koyo Kouoh ne postulera pas pour une banque. L'Afrique l'appelle. Son coeur bat pour le Sénégal. " Pour Senghor, la mer, la curiosité, tout ce que représente ce pays dans l'imaginaire de chaque africain. Notamment la promotion de la culture, le symbole Cheikh Anta Diop et la grande université qui porte son nom. Le Sénégal a toujours fait partie de mon imaginaire d'enfant. J'étais fascinée par ce pays qui avait choisi un artiste comme président. " Mais pourquoi, au-delà de ces considérations, le Sénégal plutôt que le Cameroun pour ce voyage qui ressemble à un retour aux sources ? " C'est trop classique, pose Koyo, de rentrer au Cameroun. C'est logique de rentrer là où on est né et où on a grandi. Le Cameroun m'intéresse et continue de m'intéresser. Seulement, je voulais vivre dans un nouvel environnement. Je voulais découvrir l'Afrique de l'Ouest. Et pour moi Dakar était un bon point d'ancrage. "
Le choix du Sénégal est entendu. Le choix de l'aventure. Le goût de la découverte. La tentation de cet inconnu que l'ambition rêve toujours de conquérir. De ce pays où elle décide d'aller à la manière de Christophe Colomb sur la route qui le mène vers le nouveau monde. Exploratrice en 1995 d'abord, dans le cadre d'un reportage qu'elle est amenée à faire à Dakar. Puis, par la suite, dans le cadre d'un projet collectif avec des artistes. " ça n'a pas marché ", confie-t-elle, avec cette bonne humeur qui l'habite. Guerrière, elle décide de continuer cependant. Au Sénégal, toujours. Des projets fleurissent. Littéraires notamment. Des ateliers d'écriture avec des jeunes du Sénégal et de la sous-région, l'enseignement de l'Allemand dans lycées et collèges de Dakar et, concept sur commande, du programme culturel d'une organisation panafricaine basée à Gorée. Le Gorée Institut dans le cadre duquel elle met en place le projet " Caravane de la poésie ". " A partir de cette position que j'ai occupée pendant quatre ans, confie-t-elle, je fais pas mal de choses, dont le séminaire initial qui a donné naissance sur le continent des ateliers de journalisme culturel de même que l'idée des journaux paraissant en marge des manifestations d'envergure. " De plus en plus sollicitée, elle trouve quand même du temps à consacrer à la réalisation des programmes d'art pour le compte du Goethe Institut de Dakar.
Passionnée d'art, elle s'implique dans l'organisation du Dakar'Art, avant de fonder, en 2001, Cacao, association africaine de culture contemporaine à laquelle elle donne une vocation de promotion de la créativité intellectuelle et artistique africaine. Avec le Cameroun, elle a un rapport affectif. Tendre. " C'est un pays magnifique, qui a ses qualités et ses travers. C'est un peuple, dit-elle avec langueur, qui me fascine tous les jours. " Amour sain qui l'appelle tous les jours, lui donne de l'énergie et doit expliquer cette humeur juvénile, ce sourire qui doit être nourri par un coeur que beaucoup disent sur la pomme des mains. Coeur tendre, énergie vivifiante, assurance, chic, disponibilité et passion mis au service du développement de la culture sur le continent. Et de projets sur lesquels elle réfléchit et déjà envisagé de travailler avec " mes amies " Juliette Ombang (Black Giraffe), Marilyne (Douala Bell de Doual'Art, ndlr) et Marème Malong (Galerie Mam, ndlr). Projets qu'elle sait réalisables. " Il suffit de croire ", conclut cette trentenaire que l'afro-pessimisme irrite. Puisque déjà sur la vague fraîche des Africains qui luttent au quotidien pour donner contenance, substance et relief à la culture.
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