Asma Drissi
18 Décembre 2003
Une sortie de secours s'impose
On n'avait jamais vu l'Institut supérieur des arts dramatiques aussi rayonnant que durant le week-end dernier. Entre artistes confirmés, nouveaux ressortissants, étudiants et professeurs, la place était exclusivement réservée à la fête du 11 au 15 décembre, où l'on célébrait la scène et le comédien, cheval de bataille et fierté de l'ISAD, depuis sa création en succession au Centre d'art dramatique.
De banc d'école, l'ISAD s'est ainsi transformé, pour quelques jours, en une plate-forme d'échange et de rencontre avec, pour objectif premier, de resserrer les liens entre l'institut et le milieu professionnel d'un côté et les nombreuses générations diplômées depuis près d'une vingtaine d'années de l'autre.
La meilleure manière choisie par le nouveau directeur de cet institut, Mohamed Médiouni (lui-même professeur de théâtre), pour opérer cette action de remise en état de cette structure de formation et la revalorisation de sa place et de son action dans le paysage artistique, était d'inviter toutes ces compétences et ces diverses créativités à présenter leurs créations sur les lieux mêmes de leur formation.
Témoignages
Et c'est durant ces cinq journées que des comédiens et metteurs en scène ont pu défiler devant nous, comme pour témoigner de leur passage par le studio de théâtre, et leur appartenance à cette institution. Lassaâd Ben Abdallah, avec «Kef El Hawa», a voulu montrer une expérience qui illustre le parcours d'un créateur fondateur de la troupe privée «Cith' Art», vers une conception décentralisée de l'oeuvre théâtrale elle-même, avec la rencontre opérée dans le milieu artistique du Kef et le Centre national des arts dramatiques.
Chédly Arfaoui, avec «El Wassia», a présenté, quant à lui, une lecture scénique du texte poétique de Essaghaïer Ouled Ahmed, et rejoint ainsi la proposition de Anouar Chaâfi, «Dans un instant», un travail sur l'expression corporelle et le pantomime.
Tous ont répondu présent : Nabil Mihoub, Mounir Argui, Sami Nasri, Baghdadi Oun et son spectacle de conteur, Ghazi Zoghbani et son projet exquis, «Absence», qui réunit Salha Nasraoui et Kaïs Aouididi. Et c'est durant les heures libres que ces festivités ont pu avoir lieu, afin de ne pas déranger le déroulement quotidien des cours.
La journée de dimanche, par contre, fut consacrée aux discussions portant sur l'avenir des diplômés de l'ISAD et leur insertion dans la vie active qu'ils soient professeurs d'éducation théâtrale ou professionnels de la scène.
La promotion de la production théâtrale tunisienne en six axes
Six axes ont été introduits lors de cette matinée ayant pour thème générique : «La promotion de la production théâtrale tunisienne». Etaient présents, les anciens de l'institut et le corps enseignant : Anne-Marie Sallami, Fethi Akkari, Mahmoud Mejri, Fethi Labbane, Hédi Abbas, Nébil Mihoub, Lassaâd Ben Abdallah, Lotfi Lamari.
Traiter de l'avenir du métier de comédien fut en réalité la question qui revenait à chaque intervention.
Depuis le début, l'objectif de l'institut en lui-même était défini. Défini, lors même de la création de cette institution en tant que formateur de professeurs d'éducation théâtrale. Sauf que la vocation des étudiants se définissait d'abord en tant qu'artistes de la scène et du 4e art. Entre ces deux aspects (la formation d'un côté et la demande du marché de l'emploi de l'autre), le ressortissant de l'ISAD se retrouve relégué au banc des accusés, n'étant pas absorbé par le marché et, de plus, se trouvant sans outil de travail. D'où ce sentiment de frustration.
L'ISAD, aujourd'hui, compte d'ailleurs entreprendre tout un programme de restructuration pour une meilleure gestion des compétences et une coordination entre les parties prenantes du jeu de la création.
La crise identitaire ressentie chez les diplômés de l'ISAD et l'hostilité du paysage théâtral professionnel (infrastructure de diffusion, de production et de création), ainsi que le retrécissement des espaces culturels et les encouragements qui se limitent, en fait, à une subvention de création et quelques représentations, accentuent donc ce rapport de tiraillement et de frustration.
Concernant la table ronde en question, il faut préciser que même si elle n'a pas réussi à répondre aux problématiques posées au départ, elle aura cependant réussi à établir un dialogue constructif, qui permettra probablement aux parties concernées de dépasser ce silence castrateur et d'entamer un réel débat. C'est là d'ailleurs la meilleure manière d'avancer
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