Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Pr Anongba Simplice président de la Sogoci : "Il faut impliquer les médecins dans la gestion des services de santé"

Elvis Kodjo (interview Réalisée Par)

19 Décembre 2003


interview

Abidjan — Quel lien y a-t-il entre "gestion des services de santé" et "cancers gynécologiques et mammaires", les deux thèmes à l'ordre du jour du premier congrès de la Société de gynécologie et d'obstétrique de Côte d'Ivoire (SOGOCI) dont vous êtes le président ?

La gestion des services de santé est un ensemble qui prend en compte plusieurs paramètres dont l'environnement, l'organisation du travail en y intégrant des facteurs sociaux, culturels et humains. Dans cet ensemble, il y a des paramètres médicaux qui constituent la qualité de la prise en charge des pathologies que nous avons et donc des malades. Pour nous, il y a donc un lien. Le médecin n'est pas seulement là pour appliquer sur le terrain la science médicale. Il doit aussi se mettre en aval pour avoir une vision de la gestion. Il doit décider, avec les décideurs, de la politique à mettre en place pour toute pathologie.

Quel est l'état actuel des lieux ?

Le constat qui justifie ces journées, c'est que la mortalité maternelle et la mortalité des nouveau-nés pendant le travail et pendant l'accouchement, demeure encore une préoccupation dans les services de gynécologie et d'obstétrique en Côte d'Ivoire. A titre d'exemple, rien que pour la mortalité maternelle, nous sommes à 596 décès de mères au cours de l'accouchement sur 100 000 naissances vivantes ; ce qui est énorme ! Les pays développés ont des taux qui avoisinent 0 ou 0,2%. Il est inconcevable qu'une dame meurt en donnant la vie. Nous estimons qu'il faut réduire ces taux de décès dont les trois grandes causes sont connues : les hémorragies, les infections et les hypertensions artérielles au cours de la grossesse et leurs complications.

Il y a des paramètres et des facteurs qui contribuent à installer ces causes. On peut ramener la réflexion à notre entité qui est la gynécologie, mais il faut l'ouvrir à tous les acteurs, qu'ils soient chirurgiens, pédiatres ou cancérologues.

Vous ne parlez donc pas que de gynécologie ?

Il y a des symposiums satellites qui se déroulent parallèlement au congrès. Entre ces symposiums, je retiendrai celui sur la prévention de la transmission mère-enfant du VIH/sida. Aujourd'hui, les chiffres en la matière en Afrique ne font qu'aller crescendo. Il faut que les acteurs que nous sommes (gynécologues-obstétriciens, sages-femmes, administrateurs de la santé), puissions réfléchir pour faire baisser la fréquence de cette transmission mère-enfant. Qui mieux que les gynécologues, les sages-femmes, peut en effet, être au centre de ce combat ? La femme et l'enfant sont la porte d'entrée du VIH. Et nous , nous sommes à côté de ce couple mère-enfant, nous sommes dans la famille. Bien entendu, il y a un effort considérable qui a été fait sur le terrain en Côte d'Ivoire sur le VIH, mais nous avons décidé au sein de la Société de gynécologie que tous les gynécologues doivent être mobilisés. Ce symposium est donc pour nous un premier contact avec les partenaires au développement qui s'occupent du VIH/sida (Retroci, ONUSIDA... ) pour qu'ils sachent avec qui composer s'ils veulent être efficaces sur le terrain.

Le cancer est-il alors relégué au second plan ?

Le cancer est une préoccupation pour nous tous et nous lui consacrons une journée dans nos sessions. Les cancers gynécologiques et mammaires sont une réalité en Côte d'Ivoire. Les plus fréquents sont celui du col de l'utérus et celui du sein. Au niveau du cancer du sein qui est le deuxième cancer après le cancer de l'utérus, nous avons au niveau du Registre du cancer d'Abidjan, 21,4 cancers de sein pour 100 000 femmes. Quand on extrapole dans la population générale féminine, on arrive à une proportion de 5000 nouveaux cas de cancer du sein par an en Côte d'Ivoire. Nous sommes largement en dessous de la réalité, car ce sont des chiffres hospitaliers. Il est sûr que nous ne recensons pas tous les cancers qu'il y a en Côte d'Ivoire. Le cancer du col de l'utérus est encore plus fréquent. On compte environ 24 cas pour 100 000 femmes. Et il y a d'autres cancers gynécologiques qui existent : le cancer de l'ovaire par exemple.

Quelles sont les causes principales du cancer ?

Le cancer est une maladie à hypothèses. Ce que nous maîtrisons sur le plan étymologique, à la lumière des dossiers, c'est les facteurs favorisant les cancers, les facteurs de risque. Chaque praticien doit, au sein de sa consultation, rechercher à faire un diagnostic précoce du cancer en identifiant dans sa population les patientes à risque sur lesquelles il mettra un accent particulier dans le dépistage. Et nous voulons y sensibiliser nos confères au cours de ces journées. Car, diagnostiqué très tôt, le cancer peut être guéri.

Quels sont ces facteurs de risque ?

es facteurs principaux ont été identifiés depuis très longtemps. Il s'agit essentiellement, d'abord d'un virus, le papiloma virus. Ce cancer fait partie des maladies sexuellement transmissibles. Quand une femme a de nombreux rapports, elle peut s'infecter par ce virus et entrer dans cette population à risques.

Qu'entendez-vous par nombreux rapports ? Est-ce avec des partenaires multiples ?

Il peut s'agir de nombreux rapports avec le même partenaire, mais surtout avec des partenaires multiples. Deuxièmement, il peut s'agir de femmes qui ont des rapports de façon précoce. Enfin, il s'agit de femmes grandes multipares. Les lésions qui vont s'installer sur le col au fil des accouchements vont fragiliser celui-ci et l'exposer à des lésions précancéreuses qui vont évoluer très rapidement vers un cancer du col.

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