Par : Alioune Badara WADE Cité Lobat Fall, N° 234 Dakar
19 Décembre 2003
opinion
Je fais partie de ceux qui ont été ulcérés en apprenant, dans Le Quotidien de ce jeudi 18 décembre 2003, que le chef de l'Etat octroie mensuellement, «off the record», des enveloppes de 500 mille francs aux gouverneurs, de 300 mille francs aux préfets et de 200 mille francs aux sous-préfets, en sus de leurs salaires officiels.
Dieu seul et Abdoulaye Wade savent ce que ce dernier a derrière la tête en se livrant à de telles largesses au profit de ces hauts responsables de l'exécutif local. Nous ne trouvons véritablement rien à redire si le président de la République, usant de ses prérogatives régaliennes, puise à volonté dans ses «fonds politiques» pour en gratifier qui il veut. Mais ce qui par contre est révoltant, c'est qu'il continue de s'y complaire nonobstant les «ardoises» que, de notoriété publique, il reste devoir à des tiers, pauvres «goorgoorlus» de surcroît. Qui ne se souvient de «l'affaire Saliou Dieng», du nom de ce pauvre quidam qui eu "amabilité" de prêter deux pneus au candidat à présidentielle de 2000, Me Abdoulaye Wade, alors que la 605 de ce dernier venait de claquer deux pneus à Tambacounda, pendant la campagne électorale ? L'odyssée que vécut par la suite Saliou Dieng a défrayé la chronique, en octobre dernier. Même de grandes agences de presse comme Reuters et Afp avaient trouvé un malin plaisir en relayant «ce fait insolite d'un opposant devenu chef d'Etat qui refusait de s'acquitter de sa dette (deux misérables pneus !), en dépit des quatorze lettres de relance à lui envoyées par son créancier, à qui il avait fermement promis, à Tamba, de lui rembourser son argent dés qu'il serait rentré à Dakar».
Il a fallu pas moins de trois années de démarches, ponctuées de cris de Sos dans les médias pour que le débiteur présidentiel daigne enfin rendre son dû au pauvre "goorgoorlu". Mais juste le montant correspondant au prix des deux pneus ! Qui n'a pas été peiné en apprenant le calvaire des de ces chauffeurs de ndiaga ndiaye, dont le même candidat de la Ca 2000 avait loué les services, et qui courent toujours derrière leur dû ? Le secrétaire général du syndicat des transporteurs inter-urbains, Moussa Dieng «Guerrier». sait parfaitement de quoi il parle, en rappelant dans les colonnes de Frasques, n° 632 du 16 décembre 2003, que «nous transporteurs avons beaucoup contribué à l'accession de Wade au pouvoir. Durant les campagnes électorales il a loué les services de plusieurs chauffeurs, qu'il n'a toujours pas payés. Je peux vous montrer les intéressés un à un. Ils sont tous à la gare routière de Pompiers».
Qui n'a pas été saisi de compassion en apprenant le sort injuste fait aux travailleurs de l'Organisation humanitaire l'Afrique aide l'Afrique (Aaa), que Wade a fait trimer (pour la gloriole ?) deux années durant, sans budget de fonctionnement, et qui courent toujours (eux aussi) derrière plusieurs mois d'arriérés de salaires ? Ces braves pères et mères de famille, qui ont sacrifié leurs carrières pour se dévouer corps et âme à ce (noble) projet panafricaniste - qui a du reste fait ses preuves - assistent aujourd'hui impuissants à la mutation de leur statut d'«assistants humanitaires» à celui de «sinistrés de l'humanitaire». Une totale et absurde inversion de rôles, qui fait que ces galériens tirent présentement le diable par la queue (si tant est qu'ils la voient cette queue !) Bref, c'est infiniment injuste, tout ça. C'est purement et simplement du «samba alaar» (de la charité mal ordonnée), voire du «diaye doolé» (la raison du plus fort), dans toute sa splendeur. Sous nos cieux, nos sages exégètes enseignent qu'il n'y a rien de plus pernicieux, d'un point de vue moral et social, que le «akh» (préjudice) qu'on se plaît, volontairement ou inconsciemment, à entretenir à l'endroit de son prochain. Car - et le Coran les Hadiths sont formels la dessus - «Dieu peut nous pardonner tous nos péchés, toutes les offenses que nous comptabilisons à son égard sauf les dommages que nous autres créatures sommes réciproquement redevables les uns des autres ». On ne peut indéfiniment (et impunément) persister â exploiter à son profit exclusif les «niakhs» (sueurs) de pauvres gens, qui n'ont que le tort d'être faible et de ne pas avoir la voix au chapitre, «Nous avons un président de la République au grand coeur, qui se plaît dans des gestes de grande générosité» ? Fort bien. Mais qu'il daigne payer ses dettes d'abord ! Surtout quand on se plaît par ailleurs à s'autoproclamer «réparateur d'injustices» !
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Wal Fadjri. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.