Patrick Hilbert
19 Décembre 2003
Port Louis — Les deux parties concernées se seront battues sur une question de principe. L'Église catholique envisage maintenant de nouvelles orientations pour son projet éducatif.
Les parents, qui ont inscrit leurs enfants lundi pour une place, seront fixés cet après-midi.
LES CHIFFRES parlent d'eux-mêmes. Les procédures légales autour du critère religieux pour l'admission dans les collèges catholiques auront été plus une guerre de principe qu'une bataille de nombre. Le verdict du Conseil privé à Londres, jeudi dernier, décrétant le critère religieux illégal, aura un impact direct sur "bien moins de 100 places dans les collèges catholiques", comme l'indique un responsable du Bureau de l'éducation catholique (BEC).
Des sources sûres du BEC révèlent que 50 à 70 places (selon les premières indications) sur un total de 746 places réservées sont directement concernées par le jugement du Conseil privé. En d'autres mots, le BEC aurait, si le jugement n'avait pas été rendu cette semaine, recruté moins de 100 élèves sur la base stricte de leur appartenance religieuse. Ce nombre, en définitif bien faible, relativise le bruit fait autour de l'affaire Suttyhudeo Tengur v/s le diocèse de Port-Louis. Il souligne aussi combien l'Eglise se battait pour un principe.
Le paysage scolaire mauricien ne sera pas bouleversé par ce verdict. La liste d'admissions, ne tenant pas compte du critère religieux, qui sera affichée au BEC aujourd'hui à partir de midi, n'est ainsi pas très différente de la première, qui tenait compte du critère religieux.
Dans un communiqué émis hier, l'autorité éducative catholique souligne que, pour cette année, l'allocation des places ne tiendra compte que des résultats de l'élève. Michaël Atchia, directeur du BEC, précise "qu'aucun ajustement n'est nécessaire pour le recrutement des enfants du personnel, des hardship cases et des low achievers, puisque l'appartenance religieuse n'était déjà pas pris en compte".
En ce qui concerne l'admission 2005 et la nouvelle politique de l'Eglise à la suite du jugement, plusieurs options sont examinées. Comme souligné par le vicaire général et porte-parole de l'évêché, Jean-Maurice Labour, depuis le début de la semaine, l'Eglise "ne se retirera pas du système éducatif". Faire des collèges catholiques des institutions payantes n'est également pas une option. "Si nous tombons là-dedans, nous commettons un acte de suicide", devait déclarer le vicaire général, mercredi soir, après le verdict des Law Lords.
Université catholique
En revanche, plusieurs pistes, dont l'option préférentielle pour les pauvres, devraient être approfondies. Ce serait alors un changement radical puisque, plutôt que de former l'élite comme c'est un peu le cas actuellement, ces établissements viseraient les enfants en difficulté scolaire.
La création de plus d'écoles vocationnelles est aussi une possibi-lité. Déjà, à la rentrée 2004, le Loreto Vocational de Port-Louis démarre ses opérations avec une trentaine de places dans un premier temps. Ciblant uniquement les filles, l'établissement offrira des cours en hôtellerie, pâtisserie et couture. Cette voie pourrait donc être explorée davantage à l'avenir.
La création d'une université catholique, à l'image de certaines institutions dans les pays développés, fait également son chemin. L'admission y serait totalement libre, peu importe la provenance.
PROCHAINE ÉTAPE
La fille de Tengur dans un collège catholique ?
- "Essayer de faire entrer Neha Devi dans un collège catholique." C'est la prochaine lutte de Suttyhudeo Tengur. Pour des raisons de stratégie par rapport à l'appel devant le Conseil privé, le syndicaliste dit n'avoir pu entamer les procédures en ce sens. Joint au téléphone à Londres, hier, il a confirmé qu'il essaiera de le faire dès son retour. "L'admission n'est pas définitive, les données ont changé depuis le verdict". Au niveau de l'Eglise, on semble peu favorable à répondre à la demande du syndicaliste. "Elle n'a pas fait de demande chez nous lors de l'inscription et ne pourra donc être admise dans un de nos collèges", devait déclarer Michaël Atchia, directeur du Bureau de l'éducation catholique. Jean-Maurice Labour a partagé ce point de vue. Valeur du jour, c'est donc un non. Mais l'avenir réserve toujours des surprises
PARTENARIAT
Quelle réforme pour l'Eglise
- Une grande question demeure après le verdict du Conseil privé : celle de la participation de l'Eglise dans la réforme de l'éducation. Pour mieux se positionner, l'Evêché souhaite "renégocier une autre forme de participa- tion à la réforme". La "Task Force" de l'éducation du diocèse se remettra fort probablement en marche pour un dialogue avec l'Etat sur ce nouveau partenariat. Le jugement décrétant le critère religieux illégal pourrait mener à un nouveau "Memorandum of Understanding", puisque la validité de celle signée entre les autorités éducatives catholiques et l'Etat le 11 juin dernier est incertain. L'Eglise s'y engageait à transformer quatre de ses meilleurs établissements en collèges de "Form VI" (St-Esprit, St Joseph, Lorettes de Port-Louis et de Quatre-Bornes) d'ici 2007. Cinq autres collèges devaient être transformés en établissements de "Form I-V". De nouveaux collèges, dont un à Pailles devaient aussi être construits avec l'assistance de la Banque de développement. Les consultations à l'intérieur de l'Eglise devraient redémarrer avec le retour de Mgr Piat au pays, ce matin. Il anime une conférence de presse aujourd'hui à 11 h 30.
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