Akilesh Roopun
19 Décembre 2003
Port Louis — Les statistiques du trimestre sont médiocres mais le vêtement mauricien est aidé par l'euro et la reprise mondiale. A condition d'avoir les moyens de produire
Le textile-habillement représente plus de 75 % des exportations globales de la zone franche.
LES DERNIERS chiffres publiés par le Central Statistics Office (CSO) sur la zone franche indiquent que les recettes d'exportation ont connu une contraction par rapport à l'année dernière : Rs23,54 milliards pour les neuf premiers mois contre Rs 23,91 milliards pour 2002. Cette baisse est tout naturellement répercutée sur l'industrie de l'habillement qui représente plus de 75 % des exportations globales de la zone franche. Les revenus de ce secteur ont ainsi chuté de Rs 150 millions durant le troisième trimestre.
Toutefois, les chiffres à l'exportation n'incluent pas les ventes effectuées par les entreprises de l'"Export Processing Zone" (EPZ) vers le port franc. Ils ne reflètent donc pas la réalité. Ainsi, depuis quelque temps, de gros acheteurs européens tels que Decathlon (sports et loisirs) ont ouvert des bureaux d'achat dans le port franc. Ils passent leurs commandes auprès des usines mauriciennes à partir de ces antennes et ensuite expédient les marchandises consolidées vers l'Europe.
Or, les ventes des entreprises de la zone franche vers le port franc sont en progression : Rs 1,5 milliard pour les neuf premiers mois de 2003. Cela représente une hausse de 27 % par rapport à l'année précédente.
Les achats compensent les chutes
"Les chiffres du CSO donnent une image nuancée de l'EPZ", estime Ali Parkar, directeur de Star Knitwear. "Les achats de ces bureaux dans le port franc compensent les chutes enregistrées dans les exportations comptabilisées selon la méthode actuelle."
Le textile-habillement profite actuellement des conditions favorables du marché de change. L'industrie paye sa note d'importation principalement en dollars américains, alors que le gros de ses recettes est libellé en euros. "Cette situation aide les firmes dans une grande mesure. Les revenus s'améliorent et les entreprises sont plus confiantes", constate Ali Parkar.
"La vente en euros est encore plus intéressante en ce moment, surtout si on n'a pas besoin de convertir les recettes en roupies immédiatement", observe Sunil Toolsee, manager de Beachwear Exports, un fabricant de maillots de bains.
Mais le jeu des devises ne dure pas longtemps. D'ailleurs la Banque centrale compte bien intervenir afin de corriger dans une certaine mesure la chute prolongée du dollar par rapport à la roupie. Elle soupçonne une partie du mouvement d'être attribuable à des effets spéculatifs locaux. Les importateurs spéculent sur la tendance à la baisse du billet vert et attendent la dernière minute pour en acheter. Les banques, elles, veulent se débarrasser au plus vite des dollars et acceptent donc de les vendre à la baisse. D'où une dépréciation accélérée.
Mais il n'y a pas que le marché de change qui joue en faveur des producteurs de vêtements. La reprise de l'économie mondiale permet de remplir les carnets de commandes. D'ailleurs, beaucoup d'entrepreneurs, en particulier ceux qui fabriquent des t-shirts, des chemises, des sous-vêtements et des maillots de bain, retrouvent le moral.
De son côté, le président de la Mauritius Export Processing Zone Association (MEPZA), Mookeshwarsing Gopal, brosse une image pessimiste de la situation. "Beaucoup d'entreprises reçoivent des commandes mais n'ont pas les fonds de roulement nécessaires pour financer la production. Il y a un urgent problème financier auquel il faut remédier "
FERMETURES
Plus de 6 500 emplois perdus
- Plus de 6 500 employés de la zone franche, dont 5 100 femmes, ont perdu leur emploi entre juin et septembre. Or seulement 920 embauches ont été notées durant cette période. Le textile-habillement est de loin le plus touché avec 6 073 emplois perdus : 2 235 dans le pull-over et 3 838 dans les autres types de vêtements. L'année a été très difficile pour ce secteur qui a connu la fermeture de plusieurs grosses unités. Plus de 9 500 pertes d'emplois ont été enregistrées pour les neuf premiers mois de l'année. "Malgré ces licenciements, je constate qu'il y a toujours un manque de main-d'oeuvre", souligne Ali Parkar, directeur de Star Knitwear. Selon lui, des usines éprouvent encore des difficultés pour recruter, d'où le recours continu à la main-d'oeuvre étrangère. Une des explications à ce paradoxe est que les licenciés ne veulent plus rester dans la même activité. Il ajoute que "Les licenciements sont réalisés principalement par les groupes hongkongais qui veulent s'installer ailleurs".
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