Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Minésup : les carillons du changement, on annonce une révolution dans les universités et grandes écoles

Jeanine Fankam

19 Décembre 2003


Quel enseignement supérieur au Cameroun à l'horizon 2005-2015? Maurice Tchuenté, ministre de l'Enseignement supérieur a réuni avant-hier au Palais des congrès de Yaoundé, l'expertise venue des secteurs divers pour réfléchir sur la question en vue de l'élaboration d'une nouvelle stratégie sectorielle de son département ministériel en remplacement d'une autre qui ne répond plus tout à fait aux exigences actuelles.

Au-delà du rappel de la piètre physionomie des grandes écoles et facultés du pays, la phase la plus intéressante de la concertation a été celle de la collecte des idées et des propositions. Les anciens chanceliers et recteurs d'université, les enseignants, les parents et autres partenaires de l'éducation ont pris la parole pour présenter les défaillances à corriger. Quelle importance y a-t-il à multiplier les universités à travers le pays avec les mêmes offres, a semblé s'interroger Ebénézer Njoh Moelle, philosophe de renom et ancien chancelier de l'université de Yaoundé. D'après lui, la nécessité s'impose de procéder à la spécialisation de ces universités. Cette spécialisation déboucherait sur la professionnalisation effective de la formation dans les facultés. La redéfinition du contenu des unités de valeur et des modules aiderait à répondre aux besoins du marché.

Compte tenu du ratio enseignant/étudiant qui se situe à environ un enseignant pour 433 étudiants au Cameroun, très loin de la norme acceptée par l'Unesco (un enseignant pour 30 étudiants), l'urgence doit être accordée à la formation des formateur. En attendant, il est impératif, ont estimé certains participants, de tout faire pour une meilleure utilisation de ceux qui sont là. Pour cela, suggèrent-ils, les pouvoirs publics devraient comprendre qu'il n'est pas nécessaire qu'une seule université soit dirigée par une cohorte d'enseignants à qui on confie des tâches administratives pour les détourner de l'enseignement et de la recherche. C'est un avis que partage l'ancien ministre Bipoum Wum, enseignant à l'université de YaoundéII. Qu'une institution soit dirigée par cinq professeurs (un recteur, deux vice-recteurs, un Sg) crée un préjudice quant à l'encadrement des étudiants, at-il souligné. Avant d'ajouter qu'on pourrait utiliser deux ou trois enseignants pour la promotion de la recherche tout en leur concédant des avantages convenables. Pour Pius Ondoua, il n'est pas question que l'enseignement supérieur continue de fonctionner en vase clos.

Il lui faut associer ceux qui utilisent les produits des universités afin de parvenir à une meilleure définition du contenu des enseignements et une bonne adéquation entre la formation et les profils définis par les entreprises. Comment les têtes pourraient-elles être bien pleines et bien faites dans les facultés quand on inflige aux étudiants une pléthore de disciplines par semestre, lesquelles sont, dans certains cas, n'ont rien à voir avec la spécialisation? L'exemple occidental qu'on aime bien copier dépasse rarement quatre modules par semestre. Le Pr. Ngwafor propose que cet aspect de la chose soit pris en compte. L'évaluation des enseignants par les étudiants pourraient aussi améliorer la qualité de la formation. Au Palais des congrès de Yaoundé mercredi dernier, beaucoup ont par ailleurs estimé que l'avenir de l'Enseignement supérieur au Cameroun ne pouvait pas se faire sans les acteurs privés. L'Etat n'a plus les moyens d'offrir seul la formation supérieure satisfaisante. Les opérateurs privés sont prêts à investir, à y mettre les moyens, à condition que cela se passe dans le respect des textes en vigueur et de l'éthique d'excellence.

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