Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Défi : l'Enset se met à la mode

Christophe Bobiokono

19 Décembre 2003


L'établissement veut sortir de son enclavement physique, infrastructurel et humain.

Située à Ndogbong, dans le voisinage de l'Institut universitaire de Technologie (Iut) de Douala, l'Ecole normale supérieure de l'Enseignement Technique (Enset) s'apprête à libérer certains de ses produits. Plus de 400 élèves enseignants de la 24ème promotion de l'institution arrivés en fin de formation vont en effet recevoir ce jour, vendredi 19 décembre 2003, leurs parchemins. Ce sera à l'occasion d'une cérémonie solennelle présidée par le ministre de l'Enseignement supérieur, Maurice Tchuenté. Pour le corps enseignant et les étudiants de l'Enset, l'événement est grandiose. Et pour cause : au contraire de leurs homologues de l'enseignement général formés à l'Ens, ce n'est pas souvent que les jeunes professeurs des collèges et lycées techniques accueillent le ministre à l'issue de leur formation. Bénéficier d'une sortie solennelle relève d'ailleurs pour eux de l'exception.

Sans négliger cet aspect purement protocolaire et festif, l'équipe dirigeante de l'Enset quant à elle voudrait s'appuyer sur la cérémonie de ce jour pour rappeler la place de l'institution dans le concert des grandes écoles du système universitaire national et, surtout, redire ce qui est sa mission spécifique. Créé depuis 1979, l'établissement reste en réalité mal connu du grand public. Le fait n'étonne que ceux qui n'y ont jamais mis les pieds.

L'accès aux installations retirées de l'Enset n'est en effet pas aisé. Les deux routes qui y mènent se résument parfois en une tortueuse succession de nids de poule du genre à décourager certains visiteurs. Et pourtant, la responsabilité de l'Enset est grande dans la politique de développement de la nation. L'Enset est en effet la seule grande école qui forme les enseignants du secondaire pour l'enseignement technique au Cameroun. En d'autres termes, la seule institution à pourvoir en ressources humaines qualifiées tous les lycées techniques et Cetic du triangle national, donc, l'essentiel des cadres du ministère de l'Enseignement technique et de la formation professionnelle. Depuis sa création pourtant, l'Enset n'a pas suivi l'évolution (effectifs et filières) de l'enseignement technique. Tel que l'explique le directeur de cette école, ses installations actuelles datent de 1982. A cette époque, l'établissement comptait 200 étudiants au total. Aujourd'hui, cet effectif se situe à 1300 élèves, loin des attentes du système éducatif. Le déficit infrastructurel apparaît criard

Multimédia

Le constat est le même , côté ressources humaines : un récent état des besoins dréssé par l'administration de l'Enset conclut à un déficit de plus de 40 enseignants. Sur les 75 professeurs que compte l'établissement, 52 seulement sont en poste. Les autres, pour la plupart bénéficiaires d'une bourse de formation à l'étranger, n'ont guère résisté à la tendance à ne pas revenir. Certains observateurs croient y voir la conséquence du bas niveau des salaires attribués aux fonctionnaires. Le déficit en enseignants à l'Enset pourrait s'aggraver, si des mesures adéquates ne sont pas prises. La direction de l'établissement entend en effet se mettre à la page de l'évolution de l'enseignement technique et, au besoin du marché de l'emploi; ce qui lui impose l'ouverture de nouvelles filières de formation. Depuis plus d'une décennie, les lycées techniques forment dans les filières de l'industrie de l'habillement, de l'économie sociale et familiale, pendant que l'industrie du bois prend de l'importance. Cependant, ces lycées ne disposent pas d'enseignants formés pour encadrer les élèves. Aux cinq filières de formation ouvertes depuis la création de l'Enset, vont probablement s'ajouter trois autres (voir interview).

L'Economie sociale et familiale, le Génie textile et l'habillement et le Génie forestier, associés aux branches existantes (Techniques administratives, Sciences et techniques de gestion, Génie mécanique, Génie électronique et Génie civil) vont en principe appeler des investissements en matière infrastructurel.

Bien que partiellement " sinistrée ", l'Enset se vente de disposer des meilleurs laboratoires en froid et climatisation, spécialisés dans la récupération des gaz nocifs. D'être dotée d'une salle multimédia dont la capacité en ordinateurs passera bientôt de 30 à 50. D'être équipée d'ateliers de génie mécanique, de génie électronique et de génie civil dont l'entretien, pour certains, souffrirait de procédures administratives. Mais tous ces atouts sont encore inconnus des milieux professionnels, du fait de l'enclavement de l'Enset.

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