Stéphane Tchakam
19 Décembre 2003
Ce discret secteur du commerce de la mort nourrit son homme à Douala.
"Croix en vente ici ". Cette inscription, peinte négligemment et presque subrepticement sur quelques rares murs à Douala, peut intriguer. Quels genres de croix ? Latine ? Grecque ? Egyptienne ? Papale ? La réponse : des croix pour les tombes. Celles que l'on voit dans les cimetières doivent bien venir de quelque part Il fallait y penser et certains n'ont pas hésité à Douala. Dans la capitale économique, le commerce autour de la mort est en effet très développé à cause, entre autres, de l'attention particulière que les habitants semblent porter aux disparus. Ce n'est souvent qu'après l'inhumation que l'on pense à la croix qui immortalisera -sans jeu de mots- la sépulture. De braves garçons comme Dieudonné M. sont heureusement là qui fabriquent ces ornements.
Dieudonné, un peu plus de 30 ans, n'a pas la tête d'un croque-mort. Mais il ne semble curieusement pas très fier de son petit boulot et ne paraît pas très épanoui. Le bonhomme reconnaît cependant que son job lui " sert à trouver son pain quotidien ". C'est un métier difficile qui s'est cependant imposé parce que " tôt ou tard, les gens ont besoin des croix pour les tombes de leurs parents décédés ", explique Dieudonné. Il a appris la technique autour de la morgue de l'hôpital Laquintinie, haut-lieu s'il en est du " death business ". Depuis lors, il s'y est mis. Auparavant, les artisans, mais surtout les menuisiers, utilisaient du bois blanc pas très résistant. Ils ont mis une croix sur ce bois-là et préfèrent désormais des essences plus solides. Mais comme ils ne perdent pas le sens des réalités, ils n'emploient pas de bois précieux. Cher et inutile ! Ça ne change rien au sort de celui qui est en-dessous. Juste ce qu'il faut donc.
Comptez entre 7000 et 10. 000 francs Cfa pour une croix blanche, haute d'un mètre et demi en moyenne. Le client peut à loisir choisir les formes de l'insigne. Il peut demander qu'elle soit tréflée, potencée ou même recroisetée. Ceux qui voudraient que l'épitaphe soit portée directement sur la croix iront chez le peintre du coin. La nature ayant horreur du vide, les vendeurs de croix sont discrètement visibles près des cimetières, nombreux dans la ville. Des messieurs qui travaillent surtout sur commande. L'une des raisons pour lesquelles vous trouverez rarement des croix faites à l'avance. Une croix par semaine. Le double quand la Faucheuse a ravi une plus grosse ration de macchabées. Mais comme personne n'est pressé de casser sa pipe, les temps sont durs pour nos hommes. Leurs croix sont pourtant belles. Si belles que l'on a envie de dire avec Kouokam Narcisse : " N'hésitez plus, mourez ! "
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