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19 Décembre 2003
Kinshasa — Alors que la grogne monte parmi les travailleurs de la SNEL, de plus en plus irrités contre ce qu'ils appellent privatisation rampante de la Société Nationale d'Electricité, de son côté, le ministre du Portefeuille, Joseph Mudumbi, a adressé en date du 6 décembre une lettre sévère au Président du Conseil d'Administration et ADG de la société, M. Muyumba Kalenge. Sur le tapis, la question de la prorogation du mandat de la société CONSULT Co et, au-delà, le risque de voir la ligne de crédit de 10 millions de dollars proposée par le Consortium AMB/Belgolaise/Fortis tomber à l'eau.
Joseph Mudumbi était d'autant plus fondé à tancer les dirigeants de la SNEL que, le 21 octobre dernier, la Commission Economique et Financière du gouvernement avait levé l'option de ne pas renouveler le mandat de CONSULT Co, et à la place, de relancer les contacts avec AMB/Belgolaise/Fortis. Ce consortium, il faut le rappeler, avait déjà introduit un recours par voie d'avocat le 24 juin dernier, après rupture de son mandat.
Officiellement, explique-t-on, l'engagement des dirigeants de la SNEL en faveur de CONSULT Co résidait dans la promesse de cette société d'éponger les créances de la SNEL sur son homologue brazzavilloise dans un délai de 15 jours. Aujourd'hui, non seulement ce délai est largement dépassé sans aucun résultat concret, mais en plus, la convention Snel-Consult Co est elle-même arrivée à échéance le 30 septembre dernier.
Le ministre Kalema devrait s'expliquer Que pense le ministre de l'Energie de tout ce feuilleton et comment compte-t-il contribuer à une plus grande clarification du dossier? Officiellement, on avait toutes les raisons de croire que le ministre Kalema s'inscrivait dans la démarche de la Commission Economico-Financière du gouvernement, s'il faut notamment s'en tenir à sa lettre du 1er septembre interdisant la prorogation du mandat de Consult Co au-delà du 30 septembre et se prononçant en faveur du consortium formé autour de la Belgolaise. Seulement voilà: à en juger par une autre lettre du même ministre, n°CAB.MIN-ENER/DIR518/mb/03 du 13 décembre, on nage littéralement dès lors que la lettre confirme la prorogation, depuis le 24 octobre, du mandat Consult Co, sans avoir pris la précaution de requérir l'approbation du Conseil d'Administration de la SNEL.
Quelles sont les véritables motivations de cette démarche et pourquoi celle-ci prend-elle le risque de s'opposer à la ligne prônée par la Commission Economique et Financière du gouvernement dès le 21 octobre? Pourquoi le ministre de l'Energie qui n'a que la tutelle technique, n'a-t-il pas craint d'ouvrir un front contre son collègue du Portefeuille, qui est la tutelle administrative et financière? Le cabinet de l'Energie aurait voulu esquiver cette instance qu'il ne se serait pas comporté autrement...
Dans les milieux des travailleurs de la Société Nationale d'Electricité, on ne décolère pas devant l'accumulation des preuves d'une gestion plutôt nébuleuse de ce dossier. D'aucuns accusent le ministre d'avoir laissé croire que le Conseil d'Administration de la SNEL considérait la Belgolaise comme une solution alternative, ce qu'aucun PV ne renseigne. Le ministre est également accusé d'avoir prétendu que la SNEL prenait le risque, avec la Belgolaise, de ne jamais recouvrer sa créance sur son homologue de Brazzaville. Pêle-mêle, on ajoute que pour le ministre, c'est la SNPC du Congo-Brazzaville qui a porté le choix sur Consult Co, comme si ce choix devait nécessairement s'imposer à la SNEL et au gouvernement congolais.
Bref, en confondant les rôles de la tutelle technique et de la tutelle administrative et financière; en décidant seul dans le secret de son cabinet de la prorogation du mandat Consult Co; en allant à l'encontre de la politique prônée par la Commission Economique et Financière, le ministre de l'Energie n'a pas contribué à une plus grande transparence dans la gestion de ce dossier. C'est désormais avec intérêt que l'opinion attends ses explications.
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