Anne-Marie EL KHATIB
19 Décembre 2003
L'exposition de gravures qui se tient à la Maison des arts jusqu'au 8 janvier semble une rétrospective de diverses manières et techniques de l'estampe de 1970 à 2000 mais les oeuvres ne sont pas assez présentées à part quelques titres.
On manque d'indications sur les supports, sur les artistes à part dans un catalogue unique à consulter, qui couvre un panel plus large que ce qui est présenté. La salle la plus intéressante est celle du premier étage avec des estampes présentées en triptyque ou multiples et présentant des recherches de formes et couleurs.
Le choix des multiples est une manière de bien tirer parti de la reproductibilité de la gravure.
Dans la présente exposition, on est frappé par quatre artistes graveurs qui sortent du lot et d'autres qui n'en sortent pas surtout dans la salle du bas.
On souhaite distinguer ces oeuvres et celles qui mettent à l'honneur le graphisme, d'autres qui attirent par une mise en scène facétieuse, une manière aussi d'illustrer la subjectivité.
Les graphismes et le travail rythmique
La présentation synoptique de la même estampe permet des variations rythmiques de la disposition des couleurs comme les quatre panneaux du même «grillage» à croisillons, l'artiste Daniel Degeuze tire parti de la reproductibilité et encre différemment et de façon lumineuse chaque panneau. Le travail est clair tout en étant recherché.
Olivier Mosset choisit de juxtaposer six représentations du «paysage de neige» cela permet probablement de sentir la prégnance de l'hiver.
Cet artiste choisit la représentation lisible, le travail fouillé qu'on trouve aussi avec le triptyque des fagots d'un autre artiste avec une multitude de lignes nerveuses proches de la nervure et du bois. On peut lire un travail au service du symbolisme de la destinée.
D'autres artistes préfèrent le graphisme abstrait comme Gérard Titus Carmel avec de grandes impressions.
On remarque un beau travail au double sens de la plume: le stylet paraît une plume disposant des sortes de plumes de paon dans des arcs de cercle en quatre panneaux de Najia Mehadji Souira (2000).
Certains artistes, au moins deux, aiment l'aspect collage. Dietman offre une grande palette remplie de la mer avec cinq reproductions photographiques disposées en croix, personnes de dos au centre, les autres reproduisant des pierres et on lit des inscriptions codées «1893-1993», «de quoi fâcher Strindberg». Une autre oeuvre dispose des lettres sous une gravure bleue.
François Bruetschy apporte une compression de grande joie et de mystère avec un fond bleu nuit profond traversé de filaments rouges et une autre oeuvre avec des motifs par rayés.
La facétie et la subjectivité
Ces motifs par rayés qui font penser à la technique de la BD sont prônés par plusieurs exposants. Ils s'accompagnent d'un sens de la dérision de la subjectivité particulièrement Dietman avec 16 vignettes et des dessins rudimentaires dont le titre est M.O.I. (on trouve un tee-shirt, un alcoolo, la mention «pour mal finir» ). Il se met en scène avec humour. On trouve des représentations ludiques avec le parti pris du multiple par répétition ou variation.
La jonction de l'estampe et de la BD est fructueuse mais déçoit un peu par l'esthétique comme Hervé de Rosa. On a l'impression qu'une si belle technique que la gravure doit couvrir d'autres champs, ouvrir d'autres horizons que «la découverte» de la lune avec des formes caricaturales
On n'accepte pas la réduction du travail à quatre panneaux de quatre taches primaires ou des ronds sur fond noir. Une seule proposition séduit dans la salle du bas : des milliers de points lumineux dans un fond monochrome pour signifier une «galaxie».
Et on aime assez les facéties de Jean-Michel Albérole qui représente en grand la double face du ticket de métro troué avec l'inscription rien. En effet, on peut penser au pathétique contrôleur du métro chanté par Gainsbourg. Signalons aussi une course en sac, le sac présentant un visage. On peut diversement interpréter
L'exposition manifeste plus qu'un état de la gravure la carence des arts picturaux dans la béance créée par l'abstraction outrancière.
Elle fait regretter l'absence de deux maîtres tunisiens qui illustrent la gravure sur bois en la personne de Brahim Dhahak (cette technique est oubliée dans l'exposition) et les infinies possibilités de la plaque de cuivre en la personne de Mohamed Ben Meftah. On espère donc une suite avec ces hommes illustres qui apporteraient un vigoureux complément au tableau des années 1970-2000 dans cet art majeur qui n'est pas assez apprécié.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 La Presse. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.