Youcef Salami
20 Décembre 2003
Les travaux de la 23ème session du CNES (Conseil national économique et social) ont pris fin jeudi 18 décembre au palais des Nations, Club des Pins, avec l'adoption des quatre rapports, objet de cette session : le rapport sur la conjoncture économique du premier semestre 2003, celui sur le développement humain, celui sur la steppe et, enfin, celui sur la prise en charge des actions de l'environnement au niveau des collectivités locales.
Les quatre documents ont donné lieu, au deuxième jour de travaux de cette session, à un large débat. Tour à tour, les membres de cette institution consultative ont ainsi enrichi les rapports produits par la commission d'évaluation du Conseil, en avançant une somme de recommandations mais aussi en formulant des critiques, acerbes par moments, surtout en ce qui concerne le chapitre environnement. Le délégué du groupe Communauté algérienne établie à l'étranger a, à ce sujet, décrit une situation des plus intenables sur la manière dont se fait le ramassage des ordures dans la capitale. Il impute la responsabilité aux collectivités locales : «Si l'APC met en place ce qu'il faut, le citoyen ne va pas mettre des sachets d'ordures au bas des escaliers, par exemple», a-t-il dit. Et, d'ajouter : «Les présidents d'APC ont besoin de formation en matière de gestion de la cité.» Dans le même ordre de critiques, un autre membre de cette institution a remis en question la façon dont sont posés les canaux d'évacuation des eaux usées dans certaines communes. «Il est des entreprises qui ne mettent même pas de sable devant servir de lit aux canaux d'assainissement. Ces derniers sont posés à même la chaussée», a-t-il expliqué. De même qu'il a mis à l'index un ensemble d'usines implantées de manière aléatoire en quantifiant les effets qu'elles produisent sur l'environnement, parlant de déchets toxiques.
D'autres intervenants ont souhaité que l'école se mette à contribution en y introduisant des matières se rapportant à l'environnement. Les animateurs du CNES estiment que les collectivités locales doivent trouver de nouvelles formules pour une gestion plus appropriée du secteur de l'environnement. Le groupe Entreprise publique a brossé un tableau connu de la situation dans laquelle se trouve l'entité publique. Il est à ce propos noté que le processus de restructuration des entités publiques, toutes branches confondues, ne tourne pas comme le veulent ses initiateurs. C'est un fait connu, rappelé, au détour de plusieurs interventions, jeudi dernier. Une question est posée cependant par des membres du CNES : faut-il continuer à ranimer des entreprises en mal de redressement ou alors les mettre à l'épreuve du marché ? Outre les aspects économiques, cette 23ème session a été marquée, à l'ouverture travaux, par un discours de Karim Younes, président de l'APN, à forte contenance politique. Le président de la Chambre basse a parlé de transparence et de satisfecit, deux notions à connotation politique conjoncturelle. Dans un style truffé de métaphores, il a ainsi estimé que «les pouvoirs publics ont l'occasion de faire du CNES une maison ouverte [ ] qui permette de voir sur l'extérieur et d'être vu de l'extérieur.
Il a ajouté que «décerner le satisfecit à qui le recherche n'est pas séparable de la critique quand celle-ci est justifiée». Peu attendue, peut-être, l'intervention de Karim Younes n'était pas sans faire réagir et des membres du CNES et le président de celui-ci. Benataya, chargé de la législation à l'UGTA, est revenu dans une intervention non dénué de corporatisme, en tout cas, sur le parcours du CNES, de sa création en 1994, au plus fort de crise sécuritaire, à ce jour. C'est, a-t-il dit, dans un F3, la porte soutenue avec des chaises et des tables, qu'il se réunissait, à Bouzareah.
Et c'est, a-t-il ajouté, grâce aux sacrifices d'hommes et de femmes qu'il a continué à fonctionner. De grâce, a-t-il conjuré, évitez-nous les querelles politiques dans cet espace qu'est le CNES. A la clôture des travaux, c'est au tour de Mohamed Salah Mentouri de restituer les choses, également. Il a déclaré, en substance : «Le CNES se soustrait aux interférences politiques conjoncturelles, ne s'inscrivant que dans la ligne de conduite qui est la sienne.» C'est, a-t-il appuyé, une constance qu'il essaye de préserver de toute tentation politique. Le président du CNES a estimé que l'institution qu'il dirige ne prétend pas préconiser de recettes miracles à imposer. En dix ans d'existence, le CNES n'a renouvelé sa composante que partiellement. Les rapports qu'il élabore remettent souvent en question la conduite des réformes économiques. Le contenu de ses rapports s'éloigne du contenu de ceux des gouvernements successifs, notamment sur la question de la croissance. Entre lui et les Exécutifs, les rapports ont pris, au gré des sessions, des tournures tendues. On s'en souvient, Ahmed Ouyahia, alors chef de gouvernement, sous Liamine Zeroual, n'assistait pas aux sessions du CNES.
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