Farida Belkhiri
20 Décembre 2003
«L'écrivain algérien ne vit pas de ce qu'il écrit mais meurt à cause de ce qu'il écrit. Aujourd'hui, le lecteur algérien voit en l'écrivain un symbole d'échec.»
Cette phrase lapidaire est venue dans le petit discours de Aïssa Chreyet, l'un des lauréats du prix Malek Haddad à la deuxième session du concours de littérature du meilleur roman, dont la cérémonie a eu lieu mercredi dernier à la salle El Mouggar. La poétesse Imen Beyoud, professeur d'interprétariat à l'université, est l'autre romancière récompensée par le prix Malek Haddad dont la valeur, outre sa symbolique littéraire, est de 200 000 DA. Ce prix est financé par l'ENTV et l'ONDA dont les représentants ne sont arrivés que vers la fin de la cérémonie.La commission du jury, composée seulement du critique littéraire libanaise Youmna Laïd et du romancier égyptien Dajamel Ghitani, était absente à cette cérémonie. «On voulait un jury arabe pour que la littérature algérienne s'ouvre au Monde arabe au lieu de rester cloîtrée dans son coin», affirmera l'écrivain Ahlem Moustaghanemi, l'organisatrice, avec l'association El Ikhtilef, de cette manifestation. «Avec ce prix, je me sens enfin romancier et je sens qu'on me reconnaît en tant que tel», ajoutera Aïssa Chreyet, âgé d'une cinquantaine d'années et qui n'en croyait pas ses yeux en recevant son prix, surtout après l'expérience qu'il a eue avec l'un des ses livres. «J'ai écrit un livre sur le cinéma, Comment écrit-on un scénario. Il a été jugé acceptable et édité par le ministère de la Jeunesse et des Sports, mais le problème est qu'il n'a jamais été distribué ! Apparemment, j'ai écrit ce livre pour moi-même !»
L'auteur de la Requête, qui est aussi directeur du centre culturel à Sidi Aïssa, versant dans le théâtre et le cinéma, a bien résumé la situation des écrivains et hommes de lettres en Algérie. Cependant, grâce à ce genre de prix littéraire, des jeunes écrivains se font connaître, au moins, dans le cercle littéraire. Et ce, même si c'est encore insuffisant pour réconcilier le lecteur avec l'écrivain. «Dans notre pays, on ne reconnaît pas les auteurs parce qu'ils sont trop jeunes, et on ne les reconnaîtra pas plus tard parce qu'ils ne sont plus jeunes», explique Ahlem Moustaghanemi. A la fin de la cérémonie, l'association El Ikhtilef annonce à cette occasion la sortie de tous les écrits de Malek Haddad traduits dans la langue arabe. C'est à ce moment que les représentants de l'ONDA arrivent enfin, avec des fleurs, leur cadeau pour les gagnants
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