Younes Hamidouche
20 Décembre 2003
A moins de quatre mois de l'élection présidentielle, prévue en mars ou avril prochains, la liste des postulants à la magistrature suprême s'allonge.Rachid Benyelles, général à la retraite, souligne, dans un fax transmis hier à la Tribune, avoir l'intention d'annoncer demain, dimanche, sa candidature à la présidentielle de 2004.
Il fait figure à ce propos d'une des rares personnalités de la scène politique nationale à se poser ouvertement en candidat à la candidature. Avant lui, seuls l'ex-chef de gouvernement Ahmed Benbitour et l'ancien ministre Abdeslem Ali Rachedi et dissident du FFS, ainsi que le président du FNA, Moussa Touati, avaient annoncé leur volonté d'entrer dans la course vers le palais d'El Mouradia. Est-ce pour autant ces noms-là qui occupent l'actualité liée à la présidentielle ? Non, car, en réalité, le débat préélectoral est concentré sur ceux que l'on présente comme étant les «poids lourds» de la scène nationale mais qui n'ont pas officiellement pris la décision finale de s'engager dans les starting-blocks malgré le fait que les structures qui les soutiennent n'aient pas hésité un instant à vouloir les propulser sur le devant de la scène.
Il s'agit notamment de Abdelaziz Bouteflika, présenté en Président-candidat à sa propre succession -confirmation est venue ce week-end lorsque le RND d'Ahmed Ouyahia lui a réitéré son soutien en l'exhortant à se porter de nouveau candidat- ; de son pénultième Premier ministre Ali Benflis dont le parti qu'il dirige (FLN) l'a appelé à se présenter depuis déjà plusieurs mois ; du président du RCD Saïd Sadi qui s'est hissé au rang de leader de l'opposition démocratique comme l'ont suggéré les travaux des états généraux des démocrates républicains et, enfin, du chef du MRN, Abdellah Djaballah, mis dans la peau de candidat potentiel de la mouvance islamiste. D'autre part, il y a des personnalités politiques qui restent partagées entre les deux positions résumées précédemment, ceux qui se sont déclarés candidats et ceux que les structures et cadres partisans ou autres «implorent» de le faire. L'ambition de ces mêmes personnalités (Ahmed Taleb Ibrahimi, Mouloud Hamrouche ) reste entière en dépit du fait qu'ils soient handicapés par l'absence de soutiens structurés et structurels, à commencer par des partis politiques capables de leur constituer le minima pour un matelas électoral à même de leur donner une chance d'accéder au rang des concurrents à retenir par le Conseil constitutionnel.
Donc, de ceux qui auront rempli les conditions nécessaires (collecte des centaines de paraphes d'élus ou alors des dizaines de milliers de signatures de citoyens).Une brève lecture événementielle politique du dernier week-end en date suggère une certaine réduction du jeu électoral à venir dans un duel mis sur orbite depuis plusieurs mois déjà au travers notamment du traitement médiatique : Bouteflika contre Benflis ou le «maître» à l'épreuve de son «élève». Benflis ayant été, durant la course de 1999, directeur de campagne de Bouteflika. Ce dernier part, sans nul doute, avec une marge d'avance du fait du vacarme médiatique et politique qui entoure son probable maintien à la présidence de la République. Parti détenant la majorité gouvernementale et, jusqu'à présent, à la chambre haute du Parlement, le RND en l'occurrence, «mouvement de redressement» (MR-FLN) et une pléiade de sigles des associations et organisations satellites du pouvoir (dernier en date, celui de l'Alliance pour le renouveau estudiantin national -AREN- réuni jeudi dernier en congrès en présence de Belkhadem) ne cachent plus leur soutien à Bouteflika. Il en est de même en ce qui concerne des listes entières d'«élus locaux» dont les motions de «soutien à Bouteflika» sont lues devant les caméras de l'ENTV à l'occasion de chaque visite présidentielle dans différentes et nombreuses wilayas.
Lors de sa récente visite à Tlemcen et Aïn Témouchent, l'un des ministres phares des gouvernements successifs de Bouteflika, à savoir Nouredine Zerhouni, a résumé le tableau en soulignant que «la prise en charge effective des populations touchées par les deux catastrophes naturelles montre que le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, et l'Etat ont respecté leurs engagements et leurs promesses». Dans la foulée, il évoque «la nécessité de rétablir la confiance avec les citoyens, notamment ceux qui se montrent sceptiques à l'égard de l'Etat et ses institutions».
Qu'en sera-t-il d'ici au scrutin présidentiel ?C'est justement des réponses à cette interrogation que dépendra l'issue de cette élection, surtout que la majorité des acteurs politiques qui s'y intéressent soulignent le préalable lié à la garantie d'élections crédibles.
D'autres formes de «soutien» sont également mises en branle : clubs sportifs courtisés, des zaouïas (confréries religieuses) de plus en plus structurées, réseau associatif assailli Même lors des visites officielles qu'il effectue à l'étranger, Bouteflika laisse transparaître quelques messages dans la perspective de l'élection présidentielle.Pendant ce temps, Benflis continue son périple -couvert également par l'unique chaîne de télévision nationale. A Sétif, où il a animé un meeting jeudi dernier, le secrétaire général du FLN a appelé les militants de ce parti à rester attachés à l'autonomie de décision de sa formation. Il a évoqué, en outre, la préparation par le FLN d'un programme global sur les conditions du déroulement des prochaines élections dans la transparence et le libre choix des citoyens, rapporte l'APS. Rejoignant les personnalités de l'opposition, Benflis et son parti demandent la «neutralité de l'administration» et la «séparation des pouvoirs».
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