La Tribune (Algiers)

Algérie: Dialogue pouvoir - arouch, l'éternel recommencement

Mahmoud Mamart

20 Décembre 2003


Les structures du mouvement des arouch, nées des événements du printemps noir 2001, sont entrées de plain-pied dans une phase de déliquescence avancée.

Après avoir été les porte flambeaux d'une jeunesse révoltée n'aspirant qu'à en découdre avec un système générateur de mal-vivre et de crises itératives, le doute s'installe de nouveau dans les rangs des animateurs médiatiques des arouch, et les populations qu'ils sont censés représenter ne savent plus à quel saint se vouer. Sur fond d'interminables réunions-conclaves, de préalables, d'ultimatums et de moult esbroufes pour occuper encore la scène médiatique, une guerre de communiqués et des accusations mutuelles rendent l'atmosphère politique dans la région des plus malsaines. Ayant rompu depuis belle lurette avec les populations qu'ils représentent, les «délégués» se retrouvent aujourd'hui et malgré eux au centre des batailles politiciennes dont ils ne maîtrisent même plus les tenants et aboutissants. Un leader de parti est à ce propos assez éloquent lorsqu'il dira que les arouch ne font pas de politique mais ils sont plutôt utilisés par les politiques. La décantation qui s'est opérée dans les structures du mouvement ces derniers jours est des plus édifiantes. D'un côté, des non dialoguistes ou des «délégués-partisans», comme aiment à les désigner leurs détracteurs, par allusion à des animateurs proches d'un parti qui vraisemblablement refusent le dialogue actuel pour permettre au président du parti d'être l'unique interlocuteur du pouvoir en Kabylie en contrepartie d'une participation aux prochaines élections présidentielles d'avril 2004.

La dernière sortie médiatique de cette aile de l'interwilayas des arouch a fait ressortir une démarche offensive s'inscrivant dans une logique de sabordage du dialogue actuel et le non rejet des présidentielles. Toutefois, quoique composée de militants actifs de ce parti pour la plus grande partie, il n'en demeure pas moins que leur discours donne l'apparence d'être globalement cohérent et facile à faire admettre vu qu'il est en symbiose avec les positions antérieures des arouch faites de refus systématiques du dialogue, hormis la question du rejet des élections dont la Kabylie est en passe de se distinguer. Pour ce qui est de la tendance dialoguiste, ses figures de proue, dont la plupart ont connu la prison pendant des mois, sont aujourd'hui revenus à de meilleurs sentiments après avoir été des maximalistes inégalables. En acceptant le dialogue avec le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia, moyennant la satisfaction de quelques «incidences» à connotation plus technique que politique, ils se retrouvent piégés par leur propre discours, poussant leurs détracteurs à crier à la «trahison» en indiquant qu'un «deal» a été passé entre ces animateurs et le chef du gouvernement.

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Intervenant à quelques mois d'une échéance électorale décisive, le dialogue en cours s'apparente, selon les détracteurs de ces dialoguistes, à un soutien déguisé à un deuxième mandat du président Bouteflika, en permettant à Ahmed Ouyahia, l'un de ses meilleurs soutiens, de le débarrasser de «l'os» kabyle. Sur fond d'accusations mutuelles, la Kabylie, qui autrefois aiguillait le débat politique national, se retrouve aujourd'hui marginalisée et sans réelle emprise sur les événements. Dans le meilleur des cas, elle sera appelée à choisir entre les candidats du pouvoir à défaut de candidature sérieuse du camp dit démocratique et, au pire, elle se résignera au boycott en accentuant le particularisme kabyle. De piètres choix pour une région ayant été autrefois le bastion des luttes démocratiques et qui vient de donner en offrande 124 martyrs, en plus des milliers de blessés et d'estropiés à vie pour des lendemains meilleurs.

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