Didier Depry
19 Décembre 2003
Élection, courage politique, lutte contre le terrorisme, patriotisme
La prestation de serment de Laurent Gbagbo , le 26 octobre 2000, dans la salle des "Pas perdus" du palais présidentiel de Côte d'Ivoire, fut un événement de forte émotion. Les larmes de Simone, l'épouse et la vaillante camarade de lutte en ont constitué le point culminant. Émotion, mais aussi douleur parce qu'il a fallu le sang du peuple versé par les sbires du général-putschiste Robert Guéi et la témérité de la Commission électorale indépendante (CEI) pour que le chef de la junte militaire au pouvoir (24 décembre 1999-26 octobre 2000) cède son fauteuil au vainqueur des élections présidentielles. C'est donc à juste titre que le président de la république de côte d'ivoire, SEM Laurent Gbagbo, soutient qu'il a prêté serment dans des conditions calamiteuses. A des milliers de kilomètres d'Abidjan, un scénario aussi difficile est arrivé à un candidat aux élections présidentielles, l'américain George W. Bush, opposé à son compatriote Al Gore. La proclamation des résultats a été un parcours du combattant .La victoire officielle de George W. Bush est intervenue après plusieurs semaines de contestation concernant le résultat de l'État de Floride dont l'incertitude a entraîné des (re) dépouillages et des recours judiciaires auxquels a mis fin un arrêt de la cour suprême des États- Unis rendu le 12 décembre 2000.
Bush est devenu le 43ème président des États-Unis en remportant 271 grands électeurs contre 267 pour son rival , Al Gore. Aujourd'hui encore, les adversaires "outre-Atlantique" du chef d'État américain crient désespérément à qui veut les entendre qu'il a été "mal élu."
Une rengaine tenue curieusement aussi à l'endroit de Laurent Gbagbo par des observateurs sulfureux. Arrivé au pouvoir dans les conditions qu'il n'avait jamais souhaitées, le chef de l'État ivoirien a organisé un forum pour la réconciliation nationale afin de rassembler tous les fils du pays autour de la mère-patrie. Il a aussi mis en branle sa politique révolutionnaire de refondation et formé un gouvernement de large ouverture avec les partis politiques d'opposition. Comme Laurent Gbagbo, Georges Bush a encouragé le dialogue politique entre les Républicains au pouvoir et les Démocrates de Al Gore. Après son élection, Bush s'est retrouvé quelques mois plus tard confronté au terrorisme. Un dangereux ennemi qui a fait 2981 morts et disparus (hommes et femmes originaires de 78 pays).Les tours jumelles du World Trade Center et les locaux du Pentagone (ministère américain de la défense) ont subi, le 11 septembre 2001, une attaque terroriste sans précédent attribuée à Oussama Ben Laden et son réseau terroriste Al-Qaida. Le terroriste d'origine saoudienne se dit investi d'une mission divine de défendre le peuple palestinien et le monde arabe. Une bien curieuse mission méconnue pourtant des intéressés eux-mêmes. Cependant, Ben Laden bénéficierait, soutiennent les services de renseignements occidentaux, de soutiens inestimables, dont celui de l'Irakien Saddam Hussein. Qui constituerait avec le Libyen Muammar Kadhafi, l'un des parrains mondiaux de terrorisme. C'est au su de toutes ces réalités que Bush s'est lancé dans cette croisade contre le terrorisme dont la guerre en Irak est une étape importante.
Le 19 septembre 2002, le terrorisme frappe aux portes de la Côte d'Ivoire. Alors qu'il était en visite officielle à Rome (Italie), le chef de l'Etat ivoirien apprend que son pays est attaqué dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 par des individus armés (des soldats ivoiriens proches de l'ex-junte militaire "exilés" et des mercenaires dont feu Sam Bokari), que soutiennent le Burkina Faso de Blaise Compaoré, le Liberia de Charles Taylor et la Libye de Kadhafi. Avec la bénédiction de la France au profit d'Alassane Dramane Ouattara, jugé favorable au monopole de la France sur l'économie ivoirienne.
Cette agression terroriste des rebelles-mercenaires a fait des milliers de morts, des femmes violées, des enfants traumatisés et d'énormes pillages au nord, au centre et à l'ouest de la Côte d'Ivoire. Sur ces tristes réalités, la presse française s'est "sagement" tue. Mais il a fallu l'agence de presse britannique Reuters pour mettre à nu les accointances entre cette rébellion armée et le mouvement terroriste Al-Qaida. Cela à travers la publication d'une photo d'un rebelle-mercenaire arborant un tee-shirt à l'effigie de Oussama Ben Laden. L'une des nombreuses milices de la rébellion porte d'ailleurs le nom Al-Qaida. on se souvient même que le chef rebelle Tuo Fozié, devenu aujourd'hui ministre du gouvernement de réconciliation nationale arborait une barbe hirsute à la "moudjahidine". Bush a capturé Saddam Hussein et porté ainsi le glaive au coeur du terrorisme mondial. Laurent Gbagbo réussira-t-il à faire autant pour "son" Ben Laden ? Le danger qui guettait la Côte d'Ivoire et son président le 19 septembre 2002 était grand, mais, en dépit de cela, Laurent Gbagbo a fait preuve d'un courage politique inouï en rentrant à Abidjan le 21 septembre, alors que le président français, Jacques Chirac, conscient de ce qui se tramait contre Laurent Gbagbo, l'avait joint au téléphone pour l'en dissuader. Armé de son patriotisme, Gbagbo a rejoint ses compatriotes pour organiser la résistance contre le terrorisme.
c'est avec ce même courage qu'il s'est rendu au front à M'Bahiakro pour rencontrer les Forces armées nationales de Côte d'ivoire (FANCI) en colère contre leur hiérarchie qu'elles soupçonnaient de retarder la libération des zones assiégées par la rébellion où étaient détenus des éléments des FANCI. Le dimanche 30 novembre 2003, au moment même où le président était au front, des soldats ont investi les locaux de la télévision nationale pour réclamer la démission du chef d'État-major de l'armée. La tension était donc vive et les risques sécuritaires évidents. En dépit de cela, le chef d'État ivoirien n'a pas reculé. Le président américain George Bush a, sous une autre forme, encouru les "mêmes" risques sécuritaires. Le jeudi 27 novembre dernier, Bush s'est rendu dans le plus grand secret à Bagdad pour passer le Thanksgiving (fête de la dinde) avec les quelques 130.000 soldats américains présents dans la capitale irakienne. Une telle visite hautement risquée le courage politique du chef d'Etat américain. comme des guerriers, Gbagbo et Bush sont allés vers leurs soldats.
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