22 Décembre 2003
L'annonce, tombée après la capture de Saddam Hussein, laisse penser que les images «humiliantes» du raïs déchu ont eu raison de la pugnacité du leader de la Jamahirya. Que non. C'est depuis décembre dernier qu'Anglais et Américains ont commencé, en secret, à travailler Khadafi au corps. Petit à petit, preuves à l'appui, ils l'ont poussé à lacher du lest.
- Des allées et venues secrètes en Libye agrémentées de rencontres en pleine nuit avec Mouammar Kadhafi ainsi que la prise de conscience de l'étendue des connaissances des programmes d'armements libyens par les Etats-Unis ont amené Tripoli à renoncer à ses armes non conventionnelles, témoignent de hauts responsables des services de renseignement américains. Plusieurs agents secrets anglo-américains se sont rendus clandestinement en octobre et décembre en Libye pour des séjours allant jusqu'à deux semaines qui leur ont permis d'inspecter des sites où leurs hôtes leur ont montré une partie de leurs programmes d'armes chimiques, nucléaires et de fabrication de missiles. Ces experts étaient accompagnés vingt-quatre heures sur vingt-quatre par des «guides»-espions officiels, les chauffeurs changeaient continuellement de véhicules en chemin et les visiteurs eurent droit à plusieurs rencontres organisées à la nuit tombée avec le Guide de la Révolution dans des bâtiments officiels. «Au plan opérationnel, nous avons entouré toutes ces discussions du plus grand secret possible. L'annonce faite par Tripoli a vraiment été le fruit d'une série de rencontres secrètes menées en Europe, puis bien sûr de visites clandestines en Libye», a raconté aux journalistes un membre de la délégation américaine sous couvert de l'anonymat.
Pour la partie américaine, le colonel Kadhafi semble bien avoir été le principal instigateur et maître d'oeuvre du processus qui a débouché, vendredi dernier, sur la promesse de la Libye de renoncer à son arsenal d'armes de destruction massive (Adm). «Les Libyens s'intéressent énormément à la question de l'extrémisme et ont apporté leur contribution à la guerre contre le terrorisme», souligne un responsable américain. «Nous espérons que nous serons un jour en mesure de collaborer d'une façon ou d'une autre (avec la Libye) pour contrer certains groupes extrémistes qui menacent toutes sortes de gens».
Les mandataires du dirigeant libyen ont enclenché le processus à la mi-mars, juste avant le déclenchement de la guerre en Irak, en demandant aux Britanniques de jouer les intermédiaires sur les discussions avec les Etats-Unis sur son programme d'Adm. «Tout au long des rencontres, Kadhafi a été tout à fait cohérent dans son intention de reconnaître d'abord l'existence de cet arsenal interdit, puis de s'en débarrasser», a souligné l'un des participants américains aux réunions. Lors de chaque réunion, le dirigeant libyen a envoyé un message à Londres et Washington. «Cela se passait généralement en pleine nuit mais chaque fois, il avait préparé son dossier, était prêt et ne nous a pas mesuré son temps». C'est en se rendant compte du degré de connaissance par les Américains de leur programme d'armement que les Libyens ont finalement décidé de renoncer à leurs arsenaux. Les visiteurs américains et britanniques ont été conduits sur des dizaines de sites où ils ont vu des centrifugeuses et des pièces de centrifugeuse qui semblaient être en état de fonctionner. Ils ont également vu des tonnes de soufre fabriqué il y a une décennie. Bien que Londres ait affirmé qu'avant l'accord de renonciation, les Libyens étaient en passe de fabriquer une bombe atomique, les spécialistes américains n'ont pas voulu en dire plus sur la question. «Il suffit de dire que les Libyens étaient beaucoup plus avancés qu'ils ne l'avaient auparavant affirmé en public en matière d'enrichissement d'uranium», a commenté un analyste en matière de prolifération nucléaire.
Les Libyens ont aussi montré aux experts anglo-américains des missiles modernes livrés par la Corée du Nord dans les années 1990. «Ils nous ont autorisé à prélever des échantillons, et à prendre des photos. Ils nous ont donnés des facilités d'accès qui paraissent assez extraordinaires encore à nos yeux». L'équipe a pu rencontrer des scientifiques et des sites utilisés à des fins médicales et pharmaceutiques. Elle n'a pas, en revanche, rencontré de preuves de l'existence d'un quelconque programme d'armement biologique.
LEGENDE Khadafi : sa volonté à collaborer avec les enquêteurs a même surpris Londres et Washington.
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