Ibrahima Anne
22 Décembre 2003
On n'en a parlé ni à Londres ni à Washington, mais pour le ministre des Affaires étrangères, le président sénégalais n'a pas été absent des tractations entre les Américains, les Libyens et les Anglais.
Alors que la Libye a toujours nié entretenir des programmes d'armes de destruction massive, elle a surpris tout le monde en annonçant l'abandon de ses programmes, sous le contrôle des États-Unis et de la Grande-Bretagne (voir page 3). Et dans cette décision qui résulte d'un processus entamé depuis neuf mois, le ministère des Affaires étrangères révèle que le président Abdoulaye Wade a eu à jouer un rôle. Dans un communiqué diffusé hier, le ministère souligne que «le président Wade avait remis, le lundi 15 décembre 2003, à l'émissaire du Colonel Khadafi, leader de la Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste, un important message sur les relations entre les États-Unis et la Libye». Toujours est-il que depuis mars dernier les négociations entre Américains, Anglais et Lybiens avaient démarré. Dans ce communiqué, le ministère des Affaires étrangères souligne que «le Sénégal se réjouit d'autant plus d'une telle évolution positive que beaucoup d'observateurs bien informés connaissent les efforts (...) fournis ces derniers mois par Abdoulaye Wade pour contribuer, sur la demande des autorités libyennes et en bonne entente avec l'administration Bush, à l'intensification du dialogue et au rapprochement des positions entre les États-Unis et la Libye».
C'est en mars dernier que le colonel Kadhafi avait pris lui-même l'initiative de contacter le Royaume-Uni, afin d'engager des négociations directes pour l'abandon de ses programmes d'armes de destruction massive. Des négociations en coulisses et des inspections inopinées est née cette décision de la Libye de renoncer à ce programme nucléaire.
L'intervention de Me Wade dans ce dossier sonne comme un retour d'un bon climat entre Dakar et Tripoli. Après une sorte de «lune de miel» au lendemain de l'alternance, qui avait poussé le président de la République à effectuer plusieurs séjours en Libye, un coup de froid était venu s'installer. Marqué notamment par l'affaires des «mannequins» qui devaient aller défiler en Jamahirya, et à propos de laquelle le ministère des Affaires étrangères subodorait un trafic de femmes. Mais ces derniers mois on a senti un dégel, avec la multiplication des émissaires de Wade en direction de Tripoli. Parmi lesquels Ahmed Khalifa Niasse. Des personnalités libyennes ont aussi eu à séjourner à Dakar.
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