22 Décembre 2003
L'archevêque catholique Paulin Pomodimo a incité le leader de la République centrafricaine, François Bozizé, à exercer un contrôle plus rigoureux sur ses anciens combattants, incluant ceux provenant du Tchad, à la suite de rapports relatant des atrocités commises à l'encontre de la population.
"Nous refusons le culte du couteau," a affirmé Monseigneur Pomodimo à l'occasion de la messe d'enterrement dans la cathédrale de Bangui, de l'ancien président David Dacko, décédé le 20 novembre à Yaoundé, la capitale du Cameroun.
"Quand un chien dangereux mord vos visiteurs, vous le mettez en laisse," a affirmé M. Pomodimo aux fidèles, dont faisaient partie M. Bozizé, le vice-président Abel Goumba,le Premier ministre Célestin Gaombalet ainsi que des ministres et autres responsables.
L'assemblée avait applaudi les remarques de M. Pomodimo qui faisait référence aux anciens combattants de M. Bozizé et à des Tchadiens réputés pour être des mercenaires. Ils avaient combattu aux cotés de François Bozizé au cours de son insurrection d'octobre 2002 à mars 2003 contre le président Ange-Félix Patassé. Ce dernier avait été renversé du pouvoir le 15 mars par M. Bozizé. Depuis lors, ses anciens soldats et les Tchadiens sont accusés de perpétrer des violations des droits de l'homme contre la population.
S'exprimant vendredi sur les ondes de Radio France Internationale, M. Bozizé expliquait que les exactions commises par ses anciens combattants "étaient un des problèmes à régler urgemment".
Le tribunal militaire permanent est par ailleurs actuellement saisi de plusieurs dossiers impliquant des militaires dans différents crimes. Ce tribunal a été réactivé lundi après huit années de suspension.
La messe de funérailles de Dacko est le dernier hommage après trois jours de cérémonie. Dacko avait été président de 1959 à 1965 et de 1979 à 1981. Il sera enterré dans son village natal à Mokinda, à 100 km au sud de la capitale Bangui.
Dans le même temps, les routiers travaillant sur l'axe routier reliant Bangui au port camerounais Douala, ont suspendu leur mouvement de grève après quatre jours afin de pousser le nouveau gouvernement transitoire à prendre des mesures concernant leurs revendications sur les extorsions de la police, a rapporté jeudi la radio officielle centrafricaine.
"Nous avons suspendu la grève pour permettre aux ministres récemment nommés de prendre leurs responsabilités et de commencer à discuter avec nous," a rapporté la radio en citant El Hadj Bachir, le président du Syndicat des Transporteurs centrafricains. Les routiers reprendront leur travail jusqu'au 10 janvier 2004, a-t-il ajouté.
Les transporteurs ont débuté leur mouvement de grève lundi pour protester contre des prétendues extorsions de la police. Ils ont stoppé leurs véhicules de Douala jusqu'à Bossembele, à 157 km au nord de Bangui.
"Les forces de sécurité extorquent beaucoup d'argent en enregistrant tous les camions aux points de contrôle," a dit M. Bachir. Sur les 602 km qui séparent Bangui de la frontière camerounaise, il existe 58 barrages militaires, a-t-il précisé.
Le syndicat des transporteurs, a-t-il poursuivi, avait adressé plusieurs lettres au gouvernement concernant ces prétendues extorsions, mais n'avait jamais reçu de réponse.
"Si le 10 janvier [2004] le gouvernement n'a pas entamé de discussions avec nous, nous lancerons une grève illimitée," a prévenu M. Bachir.
L'axe Bangui-Douala est vital pour l'économie du pays. Toutes les importations et exportations transitent par cette route. Le gouvernement avait fait état des fortes pluies qui ont endommagé la route et entraîné une perte dans le volume des taxes encaissées. Ce manque à gagner avait engendré des retards dans le paiement des fonctionnaires. Néanmoins, le gouvernement a été en mesure de payer les salaires jusqu'au mois d'octobre.
Les routiers protestent contre la mauvaise conduite des forces de sécurité, alors qu'un tribunal militaire permanent est saisi de dossiers impliquant des autorités militaires dans des violations des droits de l'homme.
Les organisations de défense des droits de l'homme ont accusé des militaires et des Tchadiens, tenus pour mercenaires, de commettre des exactions contre la population.
Cinq militaires de l'ancienne unité de renseignement présidentielle sont soupçonnés d'avoir commis, en octobre, un viol collectif sur une femme dans une caserne de Bangui, alors qu'en décembre, d'autres gardes présidentiels ont été accusés d'avoir tué trois personnes appartenant à des groupes d'autodéfense. Quelques jours plus tard, un groupe de Tchadiens tuait un officier de l'armée en le poignardant.
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