Le Patriote (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Dissensions entre les chefs de guerre : encore des coups de feu à Bouaké

Charles Sanga

20 Décembre 2003


Encore des tirs dans les rues de Bouaké. Il y a longtemps que la population du quartier général des Forces Nouvelles n'avait pas vu un tel scénario.

Vivant dans une psychose d'une attaque annoncée par les «jeunes patriotes» et les soldats qui leur sont proches, les populations ont cru faire face à la charge des miliciens venant d'Abidjan. Il n'en était rien. Les tirs sporadiques entendus étaient le fait de combattants d'unités de l'ex-rébellion basée à Bouaké. Il s'est agi de tension entre chefs militaires. Que s'est-il passé ?

Selon les informations, un chef militaire de l'ex-rébellion, le Caporal Kassoum Bamba dit «Kass», adjoint au Commandant du secteur Nord de Bouaké, serait passé le mercredi dans la soirée sur les ondes de la télévision locale, «TV Notre patrie» pour y lire un communiqué d'allégeance au sergent-chef Ibrahim Coulibaly dit «IB». Dans ce communiqué dont une large partie de la presse d'Abidjan a eu copie, il est écrit entre autres : «Les compagnons de tous les jours, d'hier et d'aujourd'hui, combattants des Forces Nouvelles, déclarant avec la dernière énergie que le Major Ibrahim Coulibaly est, à compter de ce jour, s'il ne l'était déjà, le président des Forces Nouvelles. Ce faisant, toute négociation, toute décision entre les Forces Nouvelles et des tiers, ne peuvent avoir lieu sans sa présence effective. Par conséquent, toute démarche contraire est nulle et de nul effet. Le retour au gouvernement des ministres issus de nos rangs ne serait possible que si notre président y apporte sa caution».

Beaucoup d'observateurs ont vu en ce communiqué une défiance vis-à-vis de l'autorité du Secrétaire général des Forces Nouvelles. Même si ce texte soulignait clairement, «nous soutenons fermement notre Secrétaire général, Soro Guillaume, dans sa difficile quête de sortie de crise malgré la mauvaise foi de quelques-uns de ses interlocuteurs dans les négociations».

Cette déclaration, semble-t-il, est passée inaperçue. Dans la nuit de jeudi, trois autres chefs militaires sont montés au créneau pour lire la même déclaration. Ce sont les Caporaux Kolo, Koné et Doukouré.

Ce communiqué, précisons-le, selon le service de communication des Forces Nouvelles, n'émane pas de l'Etat-major du mouvement. Il serait le fait «d'un groupe isolé de soldats qui ne représentent qu'eux-mêmes». Du côté du sergent-chef «IB», la paternité du communiqué n'est pas non plus réclamée.

Le patron de la sécurité de la zone, le sergent Chérif Ousmane n'a pas apprécié ce «dérapage» de ses hommes. Dans la matinée d'hier, la tension est montée d'un cran. Selon nos informations, «Kass» et ses camarades recherchaient Guillaume Soro pour l'éliminer. Dès les premières heures de la matinée, les hommes de la Compagnie «Guepard» de Chérif Ousmane, visiblement la mieux équipée et la plus aguerrie ont pris position dans les différents points stratégiques de la ville. Les hommes de «Kass» prennent eux aussi position du côté du quartier «Djamourou». Apeurées, les populations ont déserté les rues. Les boutiques ont baissé pavillon. Il n'y a pas eu d'affrontement direct. Mais, des tirs nourris à l'arme automatique ont fait croire qu'il s'agissait d'une réelle bataille entre les chefs de guerre. La situation est restée confuse durant de longues heures. Mais, aucun blessé ni aucun mort n'a été signalé selon nos sources.

Au moment où semble engagé, de manière irréversible, le processus de sortie de crise, on se demande ce qu'il serait advenu si la ville de Bouaké plongeait à nouveau dans la violence. Selon nos sources, les soldats français postés dans la ville n'ont pas bougé de leur position, observant de loin les tiraillements entre différents chefs de guerre. Dans tous les cas, les événements d'hier posent à nouveau la récurrente question de positionnement du sergent-chef Ibrahim Coulibaly vis-à-vis de l'ex-rébellion. Ce n'est pas la première fois, en effet, que des soldats demandent une plus grande implication de sa part dans le combat qu'ils ont engagé. L'action engagée par «Kass» et ses hommes illustre, selon certains observateurs, les dissensions au sein des Forces Nouvelles notamment entre la branche politique et une partie de la branche militaire. IB, soulignons-le, est encore en France sous contrôle judiciaire, depuis son arrestation et sa libération dans l'affaire du présumé coup d'Etat contre Laurent Gbagbo.

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