Oumar Ngatty Ba
20 Décembre 2003
Fatick est l'une des régions où le taux de mortalité maternelle est assez élevé, malgré les multiples actions menées dans le cadre global de la promotion de la Santé de la Reproduction. La région manque de personnel qualifié, d'infrastructures, trop de femmes y accouchent encore à domicile et beaucoup de Fatickoises enceintes n'effectuent pas les consultations prénatales.
Au cours d'un entretien avec la coordonnatrice régionale de la Santé de la Reproduction à la région médicale, Mme Seynabou Diaïté note que Fatick connaît des difficultés : « parce qu'elle fait partie des régions où le ratio de mortalité maternelle est assez élevé, avec 850 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes ». Selon Mme Diaïté, les hémorragies, l'hypertension, le paludisme, l'anémie constituent les principales causes de ces décès. D'autres causes sont actuellement incriminées, mais elles ne peuvent pas être très spécifiées au plan régional, parce que cela demande des investigations. Dans la même lancée, Mme Diaïté soutient que les difficultés liées à l'insuffisance des infrastructures sanitaires et du personnel constituent des « facteurs favorisants ». Elle a ajouté que la région de Fatick est loin des normes requises, notamment en ce qui concerne les ressources humaines. Mme Diaïté précise, à ce sujet, que la région compte seulement 18 sages-femmes. « Ce nombre n'est pas encore réactualisé, parce qu'il y a eu cette année des départs et cela pose des problèmes pour assurer une bonne prise en charge des femmes. Fatick, selon les normes admises, devrait avoir au minimum 48 sages-femmes », a-t-elle affirmé.
La coordonnatrice régionale de la Santé de la Reproduction à la région médicale a, par ailleurs, indiqué qu'il y a un certain nombre de déterminants qui sous-tendent la mortalité maternelle. Parmi ces déterminants, a-t-elle relevé, il y a ce qu'on appelle la prise en charge, la consultation prénatale que beaucoup de femmes n'effectuent pas durant leur grossesse. Ainsi, de l'avis de Mme Diaïté, les données récentes ont montré que pour la consultation prénatale, moins de 60 % des femmes en état de grossesse attendues ont effectivement eu un contact avec le personnel de Santé. 43 % de celles-ci ont fait leurs trois consultations prénatales. Cela pose le problème du suivi de la grossesse qui est un élément important dans la lutte contre la mortalité maternelle. De plus, elle a expliqué que le taux d'accouchements dans les structures sanitaires tourne autour de 21 %. Cela montre que le nombre des accouchements à domicile est élevé. Ces accouchements, souligne Mme Diaïté, se passent « dans des conditions que les techniciens ignorent ». Pour elle, il y a des risques d'hémorragie, de crise liée à l'hypertension et aussi d'infections après l'accouchement qui peuvent être fatals à la mère et à l'enfant. Ainsi, Mme Seynabou Diaïté pense que les accouchements à domicile sont légion dans la région à cause des tabous ou des pesanteurs sociales.
ACCOUCHEMENTS A DOMICILE Notre interlocutrice est revenue sur le problème de l'accessibilité qui se pose avec acuité dans les îles, surtout dans le département de Foundiougne, avec ses 10 postes de Santé dont cinq se trouvent sur la terre ferme. « Evacuer une femme sur la terre ferme s'avère très difficile, compte tenu des problèmes de marée et d'utilisation de barque », a-t-elle noté. Mettant l'accent sur la sensibilisation, elle soutient que des actions ont été menées dans le cadre global de la promotion de la Santé de la Reproduction et de la sensibilisation. Dans ce cadre, de 1989 à nos jours, il y a eu beaucoup de relais communautaires de base qui ont été formés. Selon elle, ces relais sont formés au niveau de la communauté sur toutes les questions relatives à la Santé de la Reproduction, c'est-à-dire : la planification familiale, la consultation prénatale, l'accouchement assisté, les consultations postnatales. Pour le suivi de l'enfant, il y a la vaccination, la nutrition de l'enfant, la prise en charge de certaines maladies de l'enfant à domicile.
SOINS OBSTETRICAUX D'URGENCE Mme Diaïté est d'avis que pour réduire la mortalité maternelle, il y a un certain nombre d'actions qui devront être menées dans la région. Entre autres, ajoute-t-elle, il faudrait qu'il y ait suffisamment de sages-femmes, d'infirmiers et d'infirmières, d'équipements nécessaires, du matériel adéquat. L'hôpital régional de Fatick devrait ouvrir ses portes. Toutefois, elle reconnaît qu'il y a d'énormes progrès à faire, parce qu'il y a ce qu'on appelle les soins obstétricaux d'urgence qui sont souvent fournis dans les structures qui ne sont pas des hôpitaux, précisant que certaines interventions chirurgicales pourraient être faites au niveau des structures sanitaires érigées en centres de Santé en soins obstétricaux d'urgence. C'est le cas de Gossas, Sokone et Foundiougne qui ont des centres de Santé en cours de construction. Dans la même lancée, la coordonnatrice régionale de la Santé de la Reproduction a souligné l'importance de la fréquentation de ces structures par les populations. Pour cela, elle pense que de nombreuses activités de sensibilisation doivent être menées en direction de la population : « mais il faudrait aussi qu'il y ait un changement de comportements ».
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