Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Sévir contre ces surfeurs du désastre

Moustapha Sene

20 Décembre 2003


Dans la nasse des facteurs incriminés par la quasi-totalité des experts comme étant les causes principales de la chute de la biomasse halieutique, il y a certes exploitation intensive, abusive et incontrôlée des ressources côtières et marines, l'utilisation d'engins de pêche non réglementaires, mais aussi et surtout la pratique de méthodes et techniques de pêches illicites parce que peu soucieuses de la préservation de la ressource, au déplorable chapitre duquel il faut compter la capture par des pêcheurs mal intentionnés (notamment dans les petits fonds et au moyens d'engins prohibés comme les sennes de plage ou les sennes tournantes à maillage très faibles) des alevins et des juvéniles.

C'est-à-dire les tout petits bébés de poissons ayant dépassé à peine la phase post-larvaire pour la première catégorie citée et ceux d'entre eux qui n'ont pas encore atteint l'age de la reproduction pour ce qui concerne les seconds De l'avis du ministre de la Pêche, Pape Diouf, qui a réitéré son diagnostic du secteur, il y a quelques semaines au siège de l'organisation « Océanium » en procédant au lancement officiel de la campagne d'information et de sensibilisation pour la lutte contre la pêche des alevins et les juvéniles, tous ces problèmes sont symptomatiques d'un état de fait qui ne saurait perdurer. Il faut sévir. Et l'Etat ne lésinera désormais plus sur les moyens pour ce faire, ainsi qu'il l'a rappelé à Ngor lors de la clôture de la campagne « Leegi doyna » que la première dame du Sénégal, Mme Viviane Wade, a tenu à rehausser de sa présence, portant à l'occasion le message du président de la République aux acteurs de la pêche réunis comme pour marquer tout l'intérêt qu'au plus haut sommet de l'Etat, on accorde à la saine gestion de la ressource halieutique dont dépend pour beaucoup l'avenir du pays.

L'actuel Code de la pêche, s'est expliqué le ministre Pape Diouf, prend en compte la quasi-totalité des questions relatives à l'aménagement des pêcheries dans notre pays, mais c'est son application pas toujours « avisée » qui restait jusqu'ici à poser problème en raison d'une série de facteurs négatifs dont ceux énumérés plus haut et auxquels il urge de trouver, sans attendre, une solution radicale. Pour le Ministre Pape Diouf, le secteur de la pêche connaît des mutations profondes qui en appellent à une implication responsable de l'ensemble des acteurs de la filière en vue de l'instauration d'un dialogue permanent sur les principes et les normes de respect des mesures de gestion de la ressource halieutique. Ce dialogue (une autre variante du travail d'introspection collective s'il en est) est rendu impératif par cette évidence rappelée par le ministre : « la surexploitation des ressources côtières, les modifications de l'écosystème marin dans certaines zones, les pertes économiques considérables, les conflits concernant l'exploitation et la commercialisation des produits halieutiques menacent la durabilité de la pêche et compromet sa contribution à l'alimentation des populations et à la résorption du sous-emploi »

Convaincu que la sensibilisation et la formation des acteurs à la base constituent le socle même de la réussite de toute initiative en matière de gestion durable de la ressource, Pape Diouf a souligné la nécessité de la mise en oeuvre de la campagne contre la pêche des alevins et des juvéniles qui, en partenariat étroit avec son département, a été menée durant ces deux derniers mois par le Fonds mondial pour la nature WWF (World wild fund) et Océanium (une association de protection de la nature et aussi un centre école de plongée sous-marine basée à Dakar). Cette campagne s'est déroulée dans la région de Dakar, mais également sur l'ensemble des 13 autres localités de pêcheurs sur toute la frange littorale du pays autour du slogan suivant ; « leegi doyna », du wolof « maintenant ça suffit » Une façon de répéter à l'envi le même message qu'avant le ministre de la Pêche, tour à tour, hier, les différents panélistes de la cérémonie de lancement ont relayé avec force d'arguments. Confortant ainsi leur hôte du jour, Mme Wade, dont le propos est en phase à bien des égards avec ceux de M. Haidar El Ali. Constant et sans équivoques, le message du président de Océanium pour cette campagne l'est resté qui porte la pragmatique estampille de l'homme de terrain et agitateur militant comme on ne peut : « Il ne faut pas accuser les navires étrangers seulement. Nous avons environ 50 à 60.000 pêcheurs nationaux qui ont 11.000 pirogues.

Donc il ne faut pas croire que la mer est détruite par la pêche industrielle seulement. Aujourd'hui elle est menacée par la pêche artisanale. Résultat, nous avons atteint des seuils critiques de surexploitation. Le poisson n'a plus le temps de se reproduire encore moins d'atteindre la taille adulte. On l'agresse dans les zones où il est censé grandir. Prenez le cas d'un crevettier ; ce bateau pêche avec un filet qui a un maillage plus petit et pendant deux mois non loin de la côte ; ensuite il va rejeter en mer tout ce qui n'est pas crevette. Résultat, la mer ne peut plus les supporter. Le cas du Sénégal est spécifique. On prend le petit pélagique, 75 % de cette espèce est débarquée, donc destinée à la consommation. 50 % des démersaux sont débarqués par la pêche artisanale au Sénégal. C'est clair les techniques de pêche se sont développées à une époque de surabondance, pendant laquelle la mer pouvait recevoir tous les bateaux industriels hautement destructeurs aussi bien du fond marin, l'habitat du poisson, que de la faune. Les impacts ne sont pas seulement négatifs, mais il y a des craintes de disparition. Plusieurs espèces aujourd'hui sont sur cette voie. Cette année, les pêcheurs n'ont pas encore vu les corvines et les mérous se font rare . Ce sont des signes évidents !

On autorise la pêche et l'exportation des Thiofs immatures normalement interdits par la loi. Le gouvernement vous donne la licence tout en sachant que vous ne pouvez pas avoir mieux que cela. Il n'y a plus de poissons qui dépasse ces tailles. Allez au marché Kermel, vous achèterez des langoustes dont la taille ne dépasse pas les 10 cm. Le mono filament est interdit par la loi, et pourtant il est pratiqué partout » conclut Haidar Afin que tous les acteurs de la filière comprennent ce qui suit et agissent en conséquence avant que ce ne soit trop tard : il y a une menace réelle qui pèse sur la pérennité de ce secteur vital qu'est la pêche. Mais aussi sur ressources, notamment les ressources démersales côtières dont les biomasses actuelles représentent moins du cinquième de ce qu'elles étaient en 1950 ; et que les principales raisons de cette chute tiennent à un effort de pêche excessif et sans cesse en augmentation, la non-application de certaines dispositions de la réglementation de la pêche et surtout aux mauvaises pratiques de pêche, parmi lesquelles la pêche aux alevins et aux juvéniles

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