Fraternité Matin (Abidjan)
Marc Yevou
20 Décembre 2003
Abidjan — Processus de désarmement, démobilisation et réinsertion: " enjeux et réalité ". Tel est le thème du débat qu'a animé hier le président de la Commission national du désarmement, démobilisation et réinsertion (CNDDR), Alain Donwahi, dans le cadre du press-club de l'UNJCI (Union nationale des journalistes de Côte d'Ivoire). Il s'est agi pour le conférencier de faire l'état des lieux du processus et de se prononcer sur les perspectives.
Le président de la CNDDR a, d'entrée, rappelé avec satisfaction les différentes avancées dans la recherche de résolution de la crise, qui du reste, sont des conditions préalables à la mise en œuvre du processus DDR. Il s'agit notamment de la signature des différents accords depuis l'éclatement de la crise, la promulgation de la loi d'amnistie, la déclaration conjointe du 4 juillet entre les FANCI et la branche armée de la rébellion, marquant la fin des hostilités. Et récemment, le retrait effectif des armements lourds de la ligne de front et bien d'autres initiatives - Toutes choses qui créent les conditions de la mise en œuvre du programme DDR, qui se fera en quatre étapes - du regroupement des combattants à la réinsertion, en passant par la démobilisation et le cantonnement.
Au niveau du regroupement, plusieurs sites ont été identifiés de part et d'autre de la zone de confiance.
Pendant que les FANCI retournent en caserne, les ex-combattants rebelles seront regroupés dans les sites identifiés. Toutefois, dira le président de la CNDDR, la sécurité des hommes et des biens sera assurée sur toute l'étendue du territoire, d'une part par les forces régulières en zones sous contrôle gouvernemental, et d'autre part par les ex-combattants constitués en police dans les zones occupées. Les séances de sensibilisation à la citoyenneté seront organisées à l'intention des ex-combattants regroupés. Cette étape, selon M. Alain Donwahi devait démarrer le 26 décembre. Il y aura ensuite le désarmement qui va consister à stocker les armes légères et regrouper les armes lourdes dans les sites de regroupement et dans les casernes pour les FANCI d'une part et séparer les armes des munitions d'autre part. Aussi, il sera procédé à un exercice de contrôle tripartite sur les armes stockées. Le président de la CNDDR indique par ailleurs que le désarmement ne concerne pas uniquement les belligérants. Les populations civiles seront soumises au processus. La CNDDR initiera une campagne de sensibilisation au ramassage des armes. Une commission technique se chargera de la planification du programme de ramassage des armes. Qui se fera soit par volontariat, soit par incitation ou par coercition.
Pour prévenir toute détention illégale d'arme à feu, la CNDDR envisage de procéder au renouvellement et à l'attribution des permis de port d'arme. Au niveau de la démobilisation des ex-combattants, tant du côté des loyalistes que des rebelles, il sera pris un acte juridique pour leur conférer le statut de militaires démobilisés. A ce jour, le président de la CNDDR n'a pas l'effectif exact des combattants. Il entend procéder par recensement pour savoir le nombre de personnes concernées par la mesure. Une fois démobilisés, les concernés passeront dans les sites de cantonnement sans leurs effets militaires, où ils se verront délivrer une carte de démobilisé. Le clou de tout ce processus est la réinsertion qui, selon le président Donwahi, est l'étape la plus longue. Il s'agit à ce niveau d'assurer la réinsertion sociale des ex-combattants. A ce sujet, des initiatives seront prises pour la prise en charge des démobilisés. Il sera mis en place un filet de sécurité pour l'aide à la santé, à l'alimentation, au logement et à la scolarisation. Les démobilisés percevront une prime, et feront des services civiques adaptés pour certains. L'expérience du regroupement, selon M. Donwahi, a commencé à Bouaké, par les enfants soldats avec l'appui de l'UNICEF.
Toutefois, le président de la CNDDR indique que le programme qu'il pilote nécessite d'énormes moyens. C'est pourquoi il n'est pas sans savoir difficultés qu'il peut rencontrer dans la mise en œuvre du processus DDR. Et c'est à juste titre qu'il souhaite la participation de tous. D'où cet appel: " Désarmons nos cœurs, nos langues et nos plumes pour une réconciliation vraie ".
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